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ARCHEIROPOIETE (français)

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Achéiropoiète

«Ô Trinité consubstantielle, ô Unité en trois Hypostases,
Nous te célébrons, glorifiant le Père, exaltant le Fils,
Et adorant le Saint-Esprit, Dieu véritablement un par nature,
Vie de toutes vies, dont le règne n’aura pas de fin ! »

       Grand Canon de saint André de Crète

Tout ce que Tu m’as donné,
Je l’ai éparpillé !
Palais de neige, or, félicité.

Ô Face, ô splendeur !
 
Mers sous le Tropique du Cancer,
Sourires d’hellébore, livres de résédas,
Aurores boréales, trésors de savoir et de rimes.

Ô Face, ô splendeur !

Ici, cette libre respiration de la nuit,
La Vérité ivre du Chant,
L’Harmonie incréée
Au plus profond des entrailles !
 
Ô Face, ô splendeur !

Maintenant que Tu troubles mes songes,
Que faire de ce corps spontané recouvert
De clair de lune ?
Maintenant que Tu abreuves la terre réticente
De Ton incandescence !
Pourquoi suis-je si fatigué !

Ô Face, ô splendeur !

Ton Visage de gloire
Eternellement mémorable,
Quel souffle pourrait le fixer
Dans l’incessant mouvement de l’éther ?

Ô Face, ô splendeur !

Ô Beauté ! Quel feu dans le sang !
Obscurité, silence, vision !
Quel égarement dans l’entendement des fleurs,
Quelle grâce
Dans la permanence des arbres,
Dans le scintillement des légendes !

Ô Face, ô splendeur !

Cette Foi d’azur, quand
Me l’accorderas-Tu ?
La joie de mourir pour vivre,
Ces roses rouges comme
Des prolégomènes,
Quand les aurai-je ?

Ô Face, ô splendeur !
 
Te voir ?
Mais je n’ai plus de prunelles,
Les doigts qui me restent
Suffisent-ils pour palper l’air
Où tu passes ! Pour serrer Ta chaleur
Dans la sécheresse des sanglots ?

Ô Face, ô splendeur !

Rends-toi à la caresse,
Ô cécité de ma mémoire !
Inscris  ton frisson
Dans l’indescriptible regard
De l’Ami, du Jour
Dans son jaillissement amoureux !

Ô Face, ô splendeur !

 Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce dimanche 5 décembre, Anno Redemptoris MMIV

Glose :

Achéiropoiète (adj.) : mot grec qui signifie « qui n’est pas fait de main d’homme ». Comment
faire le portrait de Dieu ? Cette question a beaucoup préoccupé les premiers chrétiens. La
Bible interdisait l’image ; l’Eglise formulait des injonctions allant dans ce sens. C’est alors
que surgit l’icône acheiropoiete, la vera icona, ou l’image spontanée, celle qui n’est pas
peinte par la main d’un homme. Il s’agit au fait de l’empreinte du visage du Christ sur un
tissu. Cette empreinte a l’avantage de satisfaire aux critères théologiques parce qu’elle est
aussi une image « en négatif », une image exposée qui rend présent l’absent et visible,
l’invisible. Appelée Mandylion ou « Sainte Face » en Orient, l’empreinte divine se devait
d’avoir un pendant en Occident : ce fut la Véronique, selon un jeu de mot sur la vera icona.
Cependant, alors que le Mandylion (attesté depuis le VIe siècle) est un visage du Christ en
gloire, la trace laissée sur le linge de sainte Véronique est celle du Christ souffrant. Comment
est apparu le Mandylion ? Cette icône, selon la tradition rapportée par Nicéphore Caliste
(auteur du XIVe siècle), remonte à l’original qui fut envoyé par le Christ Lui-même au roi
Abgar V Oukhama, prince d’Osroeme, dont la capitale était Edesse (auj. Urfa, ville de
Turquie en Anatolie orientale, près de la frontière syrienne, ne pas confondre avec la ville
d’Emèse – Homs aujourd’hui, ville de Syrie). Le roi Abgar V étant lépreux, demanda à son
archiviste Hannan de lui amener le Christ. Ce dernier ne pouvant se déplacer, Hannan essaya,
mais en vain, de réaliser le portrait de Jésus. Alors le Christ lui-même prit un linge et
l’appliqua sur Son Visage. Sur le linge s’imprima alors le visage du Seigneur. On appelle ce
linge Mandylion, c’est-à-dire « mouchoir ». A la vue de ce visage, le roi Abgar V guérit.
Abgar : nom de neuf rois ou toparques (du grec top(o)-archos, « celui qui commande dans un
lieu ») d’Edesse, de 92 av. J.-C. à 216 ap. J.C. Abgar V Oukhama : il régna de 4 av. J.-C. à 7
ap. J.-C. et de 13 à 50. Abgar VIII le Grand (il régna de 179 à 214) fut un allié de
l’empereur romain Septime Sévère et le premier roi chrétien d’Edesse.

Consubstantiel, le (adj.) : du latin consubstantialis, « de la même substance ». Terme qui
caractérise la consubstantialité, c’est-à-dire l’unité et l’identité de substance des trois
personnes de la Trinité : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Hypostase  (n.f.) : du grec ypostasis, ypostaseôs, « action de se placer dessous », d’où
« action de supporter » et, dans une autre signification, « substance, réalité matérielle ».
Chacune des Trois Personnes de la Trinité en tant que substantiellement distincte des deux
autres.

Saint André de Crète (vers 660 – 740) : saint, archevêque, surnommé aussi « Saint André de
Jérusalem ». Né à Damas, il était moine de Mar Saba (monastère situé au Nord-Est de
Bethléem), puis de Saint-Sépulcre à Jérusalem. Ensuite, il devint diacre de Sainte-Sophie
(littéralement « La Sainte Sagesse de Dieu ») à Constantinople et, finalement archevêque de
Gortyne (ville de Crète au pied du mont Ida) en Grèce. Il excella comme auteur d’homélies et
de panégyriques de saints. Il est également l’initiateur du canon de la liturgie byzantine. Son
Grand Canon compte 250 strophes.

Prolégomènes (n.m. pl.) : du grec prolegomena , lui-même de pro, « devant », « avant » par
opposition à epi, « à la suite » et legômenon, « oracle ». Ample préface contenant les notions
préliminaires nécessaires à l’intelligence d’un livre.