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L'air envoûtant des saisons - français

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L’AIR ENVOÛTANT DES SAISONS

 

 

I.

 

Voici que la grande nuit cherche

Une issue vers l’aube !

Toi, la plus brillante des étoiles

De la Voie lactée,

Tu te baigneras bientôt,

Toute enchantée,

Dans l’eau rose du matin.

 

II.

 

Ouvrir les narines

À l’air envoûtant du jour,

Respirer le parfum

Des sommets de l’esprit

Sans sombrer dans le désarroi

Des fleuves bouillonnants

De la conscience émue !

 

Sourions, nous qui savons

Que la douce patience des pâquerettes

Couronne de sa blancheur la Création !

 

C’est plus clair que jamais,

Je ne peux vouloir être,

Je suis déjà là, seul, chevalier héroïque

Chevauchant parmi les vertiges

Et les fureurs de la vie quotidienne,

Envoûtante par ses plaisirs,

Par ses empressements et sa dureté,

Confuse, inégale, irrégulière,

Piétinant le sumac vénéneux

Des heures ordinaires !

 

III.

 

Ose, parle, mon âme,

Donne  corps solide aux ombres timides.

Exalte les dits érémitiques qui disent

Que tout est signe sacré

Dans les choses taciturnes !

 

IV.

 

Le temps s’envole derrière moi

Et allège le cœur de ses larmes

Et de ses délires d’euphuisme !

 

Je sais, âme,

Avec humilité et tremblement,

Qu’il est mortel de se risquer le matin

Hors du sourire !

 

Je sais :

Rien ne fut,

Rien n’est vain !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 9 mars 2018

 

Glose :

 

Sumac vénéneux : le sumac grimpant, herbe à puce, bois de chien, sumac vénéneux (Toxicodendron radicans, anciennement Rhus radicans) est une liane de la famille des Anacardiaceae, comme les anacardiers et les pistachiers. C'est une plante sauvage originaire d'Amérique du Nord, où elle est commune dans une grande partie des États-Unis et du Canada. Il est aussi possible de la voir en Amérique du Sud et en Asie tempérée.

 

Érémitique (adj.) : qui est propre à un ermite. Il n'est guère usité que dans cette locution, Vie érémitique, Vie que mènent les solitaires dans le désert, par opposition à Vie cénobitique.

 

Euphuisme : du grec ευϕυης, élégant, de bon goût. Euphuès est le nom que prirent, en Angleterre, à la fin du xvie siècle, le bel esprit et le style précieux qui furent en si grande faveur, à cette époque, dans toute l’Europe.

 

L’euphuisme est le précurseur du gongorisme espagnol mis à la mode dès 1580 par John Lyly dans son premier livre d’Euphuès, ou l’Anatomie de l’esprit, continué, l’année suivante, par Euphuès et son Angleterre, récit des voyages et aventures de son héros. Euphuès est le type du beau parleur, du pédant mondain qui prétend n’avoir rien de commun avec celui de l’école, quoiqu’il jette sans cesse dans son discours, sous forme d’allusions et d’images, toutes sortes de souvenirs de la fable, de l’histoire, du roman et de la science, tant il enveloppe le tout de grâce, d’afféterie, de politesse.

 

Toute la cour d’Élisabeth Ière adopta ces savantes élégances de style qui rivalisaient avec les concettis italiens et devançaient le jargon des précieuses françaises. « Notre nation, dit Edward Blount, doit à Lyly d’avoir appris un nouvel anglais. Toutes nos dames furent ses écolières. Une beauté à la cour qui ne savait parler l’euphuisme, était aussi peu regardée que celle qui aujourd’hui ne sait point parler français. »

 

Taine a caractérisé ainsi cette langue nouvelle : « Les dames savaient par cœur toutes les phrases d’Euphuès : singulières phrases, recherchées et raffinées, qui sont des énigmes, dont l’auteur semble chercher de parti pris les expressions les moins naturelles et les plus lointaines, toutes remplies d’exagérations et d’antithèses, où les allusions mythologiques, les réminiscences de l’alchimie, les métaphores botaniques et astronomiques, tout le fatras, tout le pêle-mêle de l’érudition, des voyages, du maniérisme, roule dans un déluge de comparaisons et de concettis. »