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Plus blanche que la vérité - français

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PLUS BLANCHE QUE LA VÉRITÉ

I.

Le temps manorial

A mis de la neige dans nos cheveux.

Notre vie n’a été qu’un songe,

Notre vie –

Des liens de cristal que nous avons tissés

Avec nous-mêmes,

Des blasons de haute noblesse !

 

Nos yeux sont restés inaltérés, purs

Comme le ciel spacieux d’un bel été

Où volent, enivrées de liberté, alouettes,

Pinçons et cigognes,

Où sous un soleil radieux

Ondule la mer de blé mûr.

II.

 

Et c’est déjà le soir cramoisi

Les chevaux des vents galopent

Vers le crépuscule

Et ouvrent la voie dominicale

Aux constellations, aux mots vrais,

Aux caresses ardentes.

 

III.

 

Assis sous la lueur de la lampe,

Interdits, émerveillés,

Nous lisons à haute voix,

En brûlant d’admiration

Les divins sermons du père jésuite

António Vieira !

 

Et plus blanche que la vérité

Luisent nos âmes !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 6 mars 2018

 

Glose :

 

Manorial, e (adj.) : qui concerne le pouvoir terrien au Moyen Âge, caractérisé par la domination du seigneur sur les paysans.

Vieira António (1608-1697) : célèbre jésuite portugais du XVIIe siècle, Vieira est la figure à la fois la plus extraordinaire et la plus représentative de son temps au Portugal. On le trouve partout au premier plan, dans l'éloquence sacrée, la politique, l'apostolat, dans la défense des esclaves et des nouveaux chrétiens, dans la littérature et le messianisme. Intransigeant sur la foi, il est un apôtre de la tolérance. Son sens pratique est étonnant et cependant il croit le monde à la veille du second avènement du Christ. Ce visionnaire courageux a une ampleur de vues étonnante pour son époque, sa pensée est à l'échelle du monde.

Né à Lisbonne, António Vieira va très tôt au Brésil où il entre dans la Compagnie de Jésus à Bahia. Il veut évangéliser les Indiens ; on en fera un professeur. La lutte contre les Hollandais le lance dans la politique. À partir de 1641, il est au Portugal où une profonde amitié le lie bientôt au nouveau roi Jean IV. Il devient son conseiller et son prédicateur attitré. En 1653, il retourne au Brésil et peut enfin évangéliser et protéger les Indiens. Les colons, furieux, le réexpédient en Europe. L'Inquisition ouvre alors son procès qui dure de 1663 à 1667. La politique le sauve ; il va prêcher à Rome, y triomphe et retourne au Brésil en 1680. Il meurt, ses illusions intactes, à Bahia, dans sa quatre-vingt-dixième année.

Vieira a revu et publié deux cent quatre de ses sermons. Pour l'entendre on réservait sa place à Lisbonne et on se bousculait à Rome. Il a parlé devant les rois et les cardinaux aussi bien que devant les esclaves.

 

Voici l’extrait d’un sermon :

 

« Voyez en été ces places couvertes de poussière : qu'une rafale se mette a souffler, aussitôt la poussière s'élève dans l'air, et que fait-elle ? Ce que font les vivants, nombre de vivants. La poussière, loin de s'apaiser, ne peut rester tranquille ; elle s'agite, court, vole ; elle entre par cette rue, sort par celle-là ; tantôt elle avance, tantôt elle recule ; elle emplit tout, recouvre tout, enveloppe tout, voile tout, s'attache à tout, aveugle tout, pénètre tout ; elle se mêle à tout et se met partout, sans se calmer ni reposer un moment tant que dure le vent. Le vent s'est-il calmé, aussitôt la poussière retombe et demeure là où le vent l'a laissée. »