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Le livre magique de la mémoire - français

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LE LIVRE MAGIQUE DE LA MÉMOIRE

 


«
Nu vil han gå hjem og dikte

seg sin første poesi ».

(« Maintenant, il va rentrer à la maison et il composera
sa première poésie »).

Arnulf Øverland

I.

Sur la table modeste,

Une photographie, une enveloppe et un vase
Où sourient quelques perce-neige

Cueillis dans le jardin !

 

Je regarde la photo

Et m’agrippe une fois de plus à l’amour

Qui ouvre avec une délicatesse bleue

Le livre magique de la mémoire.

 

Non, il n’y a pas de temps en Dieu,

Ni de vide dans le cœur des anges !

 

II.

 

Une petite ville d’acacias et de lilas

Et, tout endimanchés, mes parents

Qui sourient à ce jour du printemps.

Ils semblent vouloir ouvrir leurs bras

Et s’envoler vers les cimes du bonheur.

 

Une journée plus blanche que l’espoir

Et toute la vérité est là :

Le mur ocre de la façade,

Le cornouiller, le chat et deux poules.

Tout ce simple paysage

Qui vient se blottir dans leurs âmes !

 

Ô mémoire magique qui garde dans tes replis

La vie de ceux qui jadis étaient là,

Et qui ont laissé un peu du parfum de leurs âmes.

Visions éphémères, visages évanescents,

Regards en voyage vers les mystères

D’une nuit illisible.

Ô mémoire vive, laisse-moi pleurer comme ça,

Sans avertissement, soudainement !

 

III.

Mes parents !

Ils ne savent pas encore que l’âme de leur fils,

Le poète,

Sera plongée, comme les saints, dans l’extase des larmes.

Que sa poésie va broder, dans les palais

De son silence,

La toile de l’éternité,

Seule épilogue de la vie

Où, omniprésente, veille l’immortelle Essence !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 5 mars 2018

 

Glose :

 

Ole Peter Arnulf Øverland (1889-1968) est un poète norvégien.

Arnulf Øverland est né à Kristiansund et a grandi dans la pauvreté à Bergen. Son père est mort quand il était très jeune. Lorsque Arnulf avait douze ans, la famille déménage à Christiania. En 1911, une tuberculose est diagnostiquée et il est admis au sanatorium Gjøse Gaarden à Kongsvinger. La même année, il fait ses débuts en tant qu'écrivain avec son recueil de poésies Le Parti seul. Il était au cœur de l'environnement de poète norvégien dans la période entre les deux guerres, en particulier dans le cercle de la revue communiste Mot Dag.

Il préside l'Association des écrivains de Norvège de 1923 à 1928. Arnulf Øverland adhère au communisme au début des années 1920 et s'en écarte en 1937 par opposition au stalinisme.  Farouche opposant du nazisme, il entre dans la Résistance norvégienne et écrit des poèmes de guerre exaltant le combat et la résistance qui sont distribués clandestinement.

Après la guerre, il s'oppose à la réforme de la langue norvégienne. Il reçoit le prix Dobloug en 1951. Il a été président de Riksmålsforbundet de 1947 à 1956 et de la Société des Auteurs de 1952 à 1953. Arnulf Øverland était partisan d'une poésie traditionaliste et a critiqué la poésie moderne à plusieurs reprises.

Il est enterré au cimetière de Notre-Sauveur à Oslo.

Cornouiller (n.m.) : le cornouiller mâle ou cornouiller sauvage (Cornus mas) est une espèce de cornouiller originaire du sud de l’Europe et de l’Asie.

L'espèce doit son nom latin cornu, « corne » au fait que son bois est dur comme la corne.

Il est parfois appelé cornier ou fuselier. Largement utilisé par les Géorgiens, Arméniens, Turcs et Iraniens, on lui prête de nombreuses vertus. Les fruits, appelés cornouilles sont des drupes rouges de 15 à 35 mm de long contenant un gros noyau. Elles ont un goût acidulé, sont comestibles et parfois commercialisées. On les consommera de préférence blettes comme les nèfles, par exemple quand les fruits viennent de tomber sur le sol. Elles ont un goût rappelant celui de la griotte.