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DES YEUX - français

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DES YEUX

« Je voudrais à nouveau m’appuyer au rebord

Du balcon

De l’école de Morioka »

Takuboku Ishikawa 

 

I.

 

Tes yeux bleus dans leur innocence printanière,

Le poème de l’eau dans le calme du lac

Et ton cœur, tendre fleur du théier,

Qui se débat comme un frêle oiseau

Pris dans le filet d’un oiseleur !

 

II.

 

La douleur du matin

Qui se brise comme le cristal d’un vase

Contre le mur éblouissant des rayons du soleil !

 

Le vent qui boit le parfum des herbes folles

Écrasé sous les sabots des biches,

Ah, toute cette verte immensité de l’amour !

 

III.

 

La libre musique des arbres, à midi,

La joie éblouissante dans son ivresse neuve.

Rappelle-toi des mots justes des rivières,

Rappelle-toi de moi, de nous !

IV.

 

Et la nuit, une luciole dans tes cheveux

Comme une petite étoiles tombée de l’éther.

Le frisson de la chair là, sous les tilleuls, pur, intact,

Une émotion en sa vive subtilité !

 

Et cet espoir qui a besoin d’air !

V.

 

Toi, sur tous les dimanches

Du brûlant calendrier de mon cœur !

Ne frappe pas contre la porte ouverte de mon âme,

Mon âme, mon Ange, un palinod permanent !

VI.

 

Des mots de poussière d’or,

Nos corps sans ombre

Par amour de l’amour

Sous les amandiers en fleur d’Agrigente !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 25 février 2018

 

Glose :

 

Takuboku Ishikawa (石川 啄木, Ishikawa Takuboku) est le pseudonyme du poète japonais Hajime Ishikawa (石川 ), né le 20 février 1886 et mort de tuberculose le 13 avril 1912 à l'âge de vingt-six ans. Surnommé « le Rimbaud japonais » et « le poète de la tristesse », il est plus connu sous la signature de son seul prénom, Takuboku.

En 1912, ayant perdu son fils et sa mère et lui-même gravement malade, il charge son ami Toki Zemmaro de trouver un éditeur pour son dernier recueil de tanka. Début avril, un éditeur accepte le manuscrit ; une semaine plus tard, Takuboku meurt à Tokyo. Son recueil Kanashiki gangu (« Tristes jouets ») paraît ainsi à titre posthume en juin.

 

Palinod (n.m.) : du grec palin, « de nouveau », et ôdê, « chant ». Le palinod était, autrefois, un poème en l’honneur de l’Immaculée Conception de la Vierge dans lequel on devait introduire la répétition du même vers à la fin de chaque strophe, récité à l’occasion de la fête aux Normands, célébrée le 8 décembre.

 

À la fin du Moyen Âge, confrérie littéraire de Normandie, analogue à ce qu'était le puy du nord de la France. On y composait des pièces à forme fixe aux principales fêtes de la Vierge.

Le puy (ou pui) est une société littéraire pieuse dans les provinces romanes des Pays-Bas, en Picardie et en Normandie aux XIIIe et XIVe siècles.

Le palinod est l'ancêtre de la chambre de rhétorique et du Meistersinger allemand. La plupart des puys étaient dédiés à la Vierge Marie. Au début plus religieux que littéraires, ces cercles devinrent petit à petit plus littéraires que religieux.

Les chambres de rhétorique étaient à l'origine des lieux de réunions, chambres ou camerae où se retrouvaient des professionnels d'un même métier ou des habitants d'un même quartier urbain au xve siècle pour échanger des informations et causer sous un patronage religieux.

Un Meistersinger (allemand pour « maître chanteur ») était un poète lyrique allemand des xive, xve et xvie siècles, qui a perpétué et développé les traditions du Minnesang médiéval. Sont considérés comme leurs maîtres et fondateurs de la corporation douze poètes du haut Moyen Âge allemand, dont Wolfram von Eschenbach, Konrad von Würzburg, Reinmar von Zweter et Heinrich Frauernlob. Ce dernier aurait fondé la première école de maîtres chanteurs à Mayence au début du xive siècle.

Minnesang, «chanson d'amour», était une tradition de poèmes lyrique.

Agrigente (noms antiques : Acragas, Girgenti) : ville d’environ 60 000 habitants, située en Sicile. Ses amandiers sont les plus beaux d’Italie.