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Se lever le matin - français

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SE LEVER LE MATIN

 

I.

 

Montagnes et sources,

Corps et âmes

Suspendus au poème de la terre,

À la justesse de son souffle !

 

Je suis l’unique héritier de mon être,

Du monde et des cieux

Qui coulent dans mes veines

Et font frémir mes doigts bleus d’affection.

 

II.

Se lever le matin,

Sourire au platane

Richement orné de nids d’oiseaux,

Penser soudain

À la vertigineuse érudition

De Hugo de Groot,

Au clair quiétisme de Madame Guyon.

 

III.

 

Si dilatoire est le cœur

Fiancé à la volupté

Des bruits sylvestres de l’été,

Si fidèle aux raisons éternelles

Que Dieu a déposées en lui.

 

IV.

 

Êtres vivants toujours en mouvement,

Choses indicibles en vérité,

Pensées absolument ineffables !

 

Toutes ces vies intègres qui voguent

Sur les vagues de l’obscurité

Emportées par le navire de la divine simplicité !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 20 février 2018

 

Glose :

Hugo de Groot (également Huig de Groot) dit Grotius (1583 – 1645), est un poète, dramaturge, humaniste, diplomate, avocat et juriste né dans les Provinces-Unies (aujourd'hui Pays-Bas). Figure majeure dans les domaines de la philosophie, de la théorie politique et du droit durant les XVIIe et XVIIIe siècles. Deux de ses livres ont eu un impact durable dans le domaine du droit international : Le De Jure Belli ac Pacis (Le Droit de la guerre et de la paix) dédié à Louis XIII de France et le Mare Liberum (De la liberté des mers).

Grotius est aussi un des grands apologistes chrétiens.

Jeanne-Marie Bouvier de La Motte, appelée couramment Madame Guyon (1648-1717), est une mystique française. Mariée à seize ans à Jacques Guyon âgé de trente-huit ans, elle aura cinq grossesses ; deux fils et une fille atteindront l'âge adulte. À dix-huit ans, elle s’éveille à la vie intérieure « sous l’influence de la grâce divine » à la suite de sa rencontre avec le « bon franciscain » Archange Enguerrand. Elle est alors conseillée par la supérieure des bénédictines de sa ville natale, la mère Geneviève Granger. Cette dernière la présente le 21 septembre 1671 à Jacques Bertot (1620-1681), qui fut membre du cercle mystique de Normandie, puis confesseur à l’abbaye de Montmarte (Paris). Bertot dirige ensuite Madame Guyon « sur le sentier de l'amour divin ».

Laïque, dont l’influence sur les ducs et duchesses de Chevreuse et Beauvilliers et sur Fénelon fait jaser la Cour et apparaît dangereuse à Madame de Maintenon, elle ose prétendre obéir avant tout à l'impulsion de la grâce. Cela provoque l'incompréhension puis la colère de Bossuet qui s'exprime violemment lors du séjour volontaire de Madame Guyon à la Visitation de Meaux, à la fin de l'année 1695. De son côté, Fénelon est écarté de la Cour, et vit par la suite exclusivement à Cambrai où il est nommé archevêque.

Tombée en défaveur, Madame Guyon tente de se réfugier dans l’isolement et le silence. Emprisonnée le 27 décembre 1695 sans raison précise, elle sera suspectée de mauvaises mœurs par une campagne de calomnies odieuses (menée semble-t-il par le cardinal Le Camus, détracteur de la cour de Versailles) et d’avoir fondé une « petite Église » secrète. Mais les pressions violentes du pouvoir judiciaire royal ne mèneront à rien.

Lavée de tout soupçon, elle sort de la Bastille à cinquante-cinq ans, le 24 mars 1703, et consacre le reste de sa vie à former des disciples – catholiques et protestants - dans une discrétion totale. Elle meurt le 9 juin 1717.

Le « Quiétisme » est le nom que prend au XVIIe siècle la résistance de nombreux mystiques dans le monde catholique au primat exagéré des pratiques extérieures. Il est symétrique de « Piétisme » dans le monde protestant. Des liens s’établiront d’ailleurs entre ces deux mouvances convergeant vers un « christianisme intérieur » sans structure humaine de pouvoir. En témoigneront les échanges entre disciples  guyonn  iens catholiques ou protestants, français, suisses, hollandais, écossais.