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Cyrille de Scythopolis - français

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CYRILLE DE SCYTHOPOLIS

À L.M.

 

I.

 

Un amour aussi suréminent

Qu’il nous est immanent !

Un chant de foi dont rien de meilleurs

Ne peut être pensé !

 

Ainsi parlaient les saints

Dans leurs révélations extatiques !

 

Ainsi, dans les pures élévations de son âme,

Parla, dans un style sublime,

Saint Cyrille de Scythopolis !

 

II.

 

Âme, il nous faut

Retrouver la liberté originaire,

Participer à l’ordre divin,

À l’harmonie transcendante de l’univers !

 

III.

 

Je marche dans l’allée de tilleuls

Portant ces pensées dans la main heureuse

De mon âme !

 

J’ouvre les yeux sur la beauté du matin

Et vois, vêtu d’une tunique d’arcs-en-ciel,

L’Ange de l’Aurore

Tenant dans ses bras éthérés

Les voluptueux bouquets mauves

Des dernières étoiles de la nuit !

IV.

 

Seigneur, est-il possible que tout

Reste comme avant, mais sans nous ?

 

Nous, tombés de l’arbre de la vie éternelle

Comme des oisillons précipités

Hors du nid familier,

Comme des gouttes de pluie qui,

Quittant la splendeur du ciel,

Embrassent la froideur du granit !

 

Nous, pâles voyageurs,

Marchant sans répit

Sur des routes enneigées de ravissements !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 27 janvier 2018

 

Glose :

Cyrille de Scythopolis (né vers 525, mort après 559) fut un moine et hagiographe byzantin dont l’œuvre est consacré aux moines de Palestine.

Cyrille naquit à Scythopolis (aujourd’hui Beïsan/ Bêt Shéân en Israël) en Palestine vers 525 dans une famille cultivée. Son père, un avocat du nom de Jean, veilla à son éducation religieuse. Tout jeune, il rencontra saint Sabas (439-552), fondateur de la Grande laure portant son nom, monastère qui devait devenir le centre intellectuel et spirituel du monachisme en Palestine. Cette rencontre le décida à se faire moine. Il reçut la tonsure  en 543 et partit pour Jérusalem où il rencontra Jean l’Hésychaste dont il devait écrire la vie plus tard. L’année suivante, après quelques mois comme ermite près du Jourdain, il entra au monastère de saint Euthyme,  près de Jéricho, où il resta une dizaine d’années.

La vie littéraire connut un grand développement de 518 à 610, notamment sous le règne de Justinien (règne : 527-565) en même temps qu’une profonde transformation dans son volet religieux. Le milieu du Ve siècle vit la fin de l’ère des Pères grecs qui s’étaient servis de la philosophie et de la rhétorique profanes pour développer leurs arguments théologiques. Le Concile de Chalcédoine (451) avait fixé la doctrine officielle sur la nature du Christ mais n’avait pas mis un terme aux disputes théologiques. Les écrivains religieux abandonnèrent progressivement l’ancienne rhétorique ; n’ayant pas la même érudition que leurs prédécesseurs et ne croyant pas pouvoir les imiter, ils se tournèrent vers la Bible et des auteurs moins célèbres que les grands Pères cappadociens : Basile de Césarée, Grégoire de Nysse, Grégoire de Nazianze. Toutefois, Cyrille de Scythopolis échappa à cette tendance et devint l’hagiographe le plus original du VIe siècle.

Cyrille s’attaqua à la rédaction de la vie de saints moines de Palestine vers l’âge de vingt ans. Son but était manifestement d’écrire un corpus qui aurait illustré l’association entre la sainteté et le désert chez les moines de Palestine. La mort semble l’avoir empêché de compléter son projet. Néanmoins, plusieurs de ces vies sont parvenues jusqu’à nous, y compris celles de saint Euthyme et de saint Sabas qui jouèrent un rôle important dans les disputes théologiques qui suivirent le Concile de Chalcédoine. La compréhension qu’avait Cyrille de la vie monastique, la simplicité de son style et l’exactitude des informations sont une source précieuse sur l’histoire culturelle byzantine de cette période, notamment sur les origines des trois grandes hérésies que furent l’arianisme, le nestorianisme et l’origénisme.