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ATRAHASIS - français / anglais

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ATRAHASIS

 

À Muḥammad Mahdī al- Ǧawāhirī

 

Je lis, tout émerveillé, la légende d'Atrahasis,

Le très sage, le super sage, l'immortel,

Le sceptre de l'ingéniosité !

 

Quelle vie abondante, quelle force pure

Elle donne à mes pensées ! Ô la terre,

Plus terrible et plus vraie dans ses paroles !

 

Si ancienne, cette vertigineuse légende

Rédigée mille deux cents ans avant la Bible !

 

L'oubli inassouvi n'a pu engloutir sa gloire,

Lui, l'homme à la fois haï et aimé des dieux,

Seul dans l'innocence de sa solitude

Le digne représentant de la race akkadienne

Qui savait que la prière livre au cœur

La beauté du monde dans sa totalité

Et qu'il est doux de répéter

Les mots de beauté dans son langage –

Ainsi plus légère à sa bouche était le nom

Des esprits célestes !

 

Le soc brillant creusait la terre

Et les roses embellissaient sa face fertile !

Le temps assombrissait le miroir des eaux douces

D'un souffle vert. La lumière se promenait sur son front

Avec ses doigts chargés de rubis

Et le monde tombait sur sa poitrine inspirée

Comme une grande étoile,

Alors que la fluide hirondelle, preste et aimante

S'abattait sur la neige de son visage !

 

L'aurore rendait à sa peau la splendeur de de ses vagues roses

Et à ses doigts pâmés la douceur de la langue akkadienne !

Il chérissait la vigueur, les lois tranchantes

De ses syllabes, la musique fluviale de ses voyelles impériales,

Source de tant d'éblouissement et d'émotions retenues.

 

Lui qui a survécu au Déluge

Longtemps antérieur à celui décrit par les Hébreux

Suspendait ses mots à la pointe du stylet

Comme des petits cris du destin !

 

Ainsi ses yeux reflétaient de tout l'Empire akkadien

La grâce universelle !

Et le silence recousait de ses mains agiles

Les blessures de l'air fatigué.

Et les dieux bienveillants éclairaient ses nuits

De don généreux de leurs songes !

 

Ô tendre vision d'une monde toujours palpitant,

Qu'il m'est doux de répéter, face au feu du soleil

Le nom des villes immortelles : Akkad, Haskovo,

Paris et Moscou !

 

Que je me lève, que je boive l'eau bleue de l'air !

Ô âme de l'écriture, accueille la triple inquiétude

De mon cœur patricien !

 

Fais que l'été apporte aux paroles

Gravées dans les tablettes sacrées

Toute l'incandescence de son radieux sourire !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Marrakech, le 20 novembre 2017

 

Glose :

 

Atrahasis : de l'akkadien ḫaṭṭu ḫasīsu, « sceptre de l'ingéniosité »). Personnage de la mythologie mésopotamienne qui aurait survécu au déluge et obtenu des dieux l'immortalité. Sa légende est contée dans l’épopée d'Atrahasis, dite aussi Poème du Supersage ou Poème du Très Sage. Dans les versions antérieures en langue sumérinne, il correspondait à Ziusudra, littéralement « Jours à la vie prolongée ». L'histoire de  Noé, le personnage de la Genèse écrite des siècles plus tard évoque celle d'Atrahasis dont le mythe était conté par deux sources principales : l'Épopée de Gilgamesh sous le nom d'Uta-Napishtim et l'Épopée d'Atrahasis

L'épopée d'Atrahasis ou Poème du Supersage

Rédigée en langue akkadienne, elle date probablement du XVIIIe siècle av. J.-C. C'est une sorte de compilation des mythes traditionnels mésopotamiens de la Création et du Déluge.

Contenu

Le récit se compose de 1200 vers environ. Ce récit est notamment à rapprocher du mythe summérien d' « Enki et Ninhursag » En particulier, la version du Déluge qu'il relate est similaire à celle de l'Épopée de Gilgamesh, écrite chez les Sumériens à peu près à la même époque, et elle sera ensuite reprise dans la Bible (rédaction s'étendant du VIIe ou VIe siècle av. J.-C.

Dans la première partie de l'Épopée d'Atrahasis, il est expliqué comment les  dieu étaient à l'origine divisés en deux groupes ; les divinités de second ordre (Igigi) travaillant pour celles de premier ordre (Annunaki), qui vivaient tranquillement dans l'oisiveté. Mais comme les premiers avaient du fait de cette inégalité décidé de cesser leur travail – en ayant même fini par briser leurs instruments de travail – jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée, les grands dieux s'étaient réunis sous la menace de la famine, par leur roi Enlil, furieux, menaçant de tuer les Igigi. Son frère Ea (nom akkadien du dieu sumérien Enki), se rendant compte que cela ne résoudrait évidemment rien, et cherchant à le calmer, proposa alors, pour résoudre le problème, de créer l'Homme. Celui-ci serait semblable aux dieux, sauf qu'il ne serait pas immortel ; les hommes travailleraient pour nourrir (au moyen de sacrifices) les Annunaki à la place des Igigi, et accessoirement aussi ces derniers, mais en ayant moins de pouvoir qu'eux. L'idée fut acceptée à l'unanimité. L'Homme fut conçu avec de l'argile, de manière à pouvoir le façonner, argile à laquelle on ajouta le sang du dieu (Wé-ilu) qui donna le nom awîlu(m), l'« homme (libre) »), pour rendre l'argile plus malléable. Puis la déesse-mère Ninmah  insuffla la vie à l'être ainsi créé en crachant dans cette mixture. Le Panthéon retrouva son calme.

La seconde partie dit que les hommes exécutent leur tâche à la perfection, mais qu'ils sont cependant très gênants pour les dieux maintenant tous oisifs, qui ne peuvent plus trouver de repos dans le vacarme que font les hommes, d'autant plus que ces derniers ne cessent de se multiplier et que leur nombre croît sans cesse. Pour résoudre ce nouveau problème, Enlil, le dieu suprême, envoya d'abord de terribles épidémies, puis la famine pour décimer ses serviteurs. Mais Ea, dieu des eaux douces, protecteur des humains – son œuvre – déjouait toujours ses plans par l'intermédiaire de son protégé Atrahasis, le « très sage », un homme qui prévenait les siens à chaque danger. Enlil, de plus en plus exaspéré, décida d'en finir une fois pour toutes avec les humains en déclenchant le Déluge , et en interdisant à Ea de communiquer avec quelconque d'entre eux en tête à tête, afin qu'Ea ne puisse cette fois encore les avertir. Mais ce dernier contourna la difficulté en s'adressant à Atrahasis en songe, et en lui parlant à travers une palissade, lui enjoignant de construire une arche étanchée au bitume et d'embarquer avec lui des spécimens de tous les êtres vivants. À peine l'écoutille avait-elle été fermée, que Nergal arrachait les étais des vannes célestes, et que Ninurta se précipitait pour faire déborder les barrages d'en haut. Adad étendit dans le ciel son silence de mort, réduisant en ténèbres tout ce qui avait été lumineux. Les dieux Anunnaki enflammèrent la Terre tout entière. Les flots couvrirent même le sommet des montagnes. Six jours et sept nuits durant, bourrasques, pluies battantes, tonnerre, éclairs et ouragans brisèrent la Terre comme une jarre. Les dieux eux-mêmes étaient épouvantés : prenant la fuite, ils escaladèrent jusqu'au ciel d'Anu où, tels des chiens, ils demeuraient pelotonnés. Le septième jour, la mer se calma et s'immobilisa, et l'arche accosta au mont Nishir. Dix jours plus tard, ayant retrouvé ses esprits, Atrahasis prit une colombe et la lâcha ; la colombe s'en fut, mais elle revint. Ensuite, il prit une hirondelle et la lâcha ; l'hirondelle s'en fut, mais elle revint. Enfin, il prit un corbeau et le lâcha ; le corbeau s'en fut, mais ayant trouvé le retrait des eaux, il picora, croassa, s'ébroua, et ne revint pas. Alors, Atrahasis dispersa aux quatre vents tous les spécimens des êtres vivants qui se trouvaient encore dans l'arche, et fit un sacrifice : disposant le repas sur le faîte de la montagne, il plaça de chaque côté sept  vases rituels à boire et, en retrait, versa dans le brûle-parfum, cymbo, cèdre et myrte. Les dieux, humant la bonne odeur, virevoltaient comme des mouches autour du sacrificateur.

Lorsqu'il constata après le désastre que ses plans avaient été une fois de plus déjoués, Enlil retrouva néanmoins son calme, car il avait fini, enfin, par réaliser que la disparition des hommes ramènerait à la situation qui avait entraîné leur création. Pour le récompenser, il accorda alors l'immortalité à Atrahasis, mais fit en sorte que les humains troublent moins sa quiétude, en exigeant d'Ea qu'il diminue la durée de vie des hommes, et en introduisant la maladie, la stérilité, etc.

Par la suite, Atrahasis alla s'établir à l'embouchure des Grands Fleuves, dans le Jardin de Dilmun où demeure Ea. Selon la légende mésopotamienne, il y vit toujours.

 

Muḥammad Mahdī al- Ǧawāhirī (1899-1997) : un des plus belles voix de la poésie Poète, journaliste, nseignant. Diplomate sous le règne du roi Fayçal I. - Fondateur du quotidien « Al-furāt" (1930), rédacteur en chef des quotidiens « Al-inqilāb" et « Al-raʼy al-ʿām" (1937-1953). Député de Karbala (en 1947). Délégué syndical des journalistes irakiens et président de l'Union des écrivains irakiens

Atrahasis

to Muḥammad Mahdī al- Ǧawāhirī

With amazement, I read about the legend of Atrahais,

the very wise, the exceedingly wise, the immortal,

the sceptre of ingenuity!


What a full life, what purity of strength

it gives to my thoughts! O the earth

is more terrible and more true in his words!


So ancient is this dizzying legend

written twelve hundred years before the Bible!

Unappeased oblivion could not swallow his glory,

this man whom the gods both hated and loved,

alone in the innocence of his solitude

the worthy representative of the Akkadian race

who knew  that the prayer conveys to the heart

the beauty of the world in its totality

and that it is a fine thing to repeat

the words of beauty in its language-

making lighter in the mouth the names

of the celestial spirits!


The shining ploughshare dug into the earth

and the roses embellished its fertile face!

The weather darkened the mirror of the sweet waters

with a green breath. The light walked across its forehead

with fingers heavy with rubies

and the world fell on his inspired breast

like a huge star,

while the fluid swallow, nimble and loving

came crashing against the snow of its face!


The dawn gave to its face the splendour of its pink waves

and to its swooning fingers the gentle Akkadian language!

He cherished the vigour, the trenchant laws

of his syllables, the fluid music of his imperial vowels,

the source of so much amazement and retained emotions.


He who survived that Flood

from a long time before the one described by the Hebrews

hung his words from the end of his stylus

like little cries of destiny!


Thus did his eyes reflect universal grace

from the whole of the Akkadian Empire!

And silence sewed back with its agile hands

the wounds of the tired air.


And the benevolent gods lit up his nights

with the generous gifts of their dreams.


O tender vision of a world always in motion,

how sweet it is to me to repeat, faced with the fiery sky,

the names of the immortal cities: Akkad, Haskovo,

Paris and Moscow!

May I get up and drink the blue waters of the air!


O sole of the written word, welcome the triple disquietude

of my patrician heart!

Make the summer bring to the words

engraved on the sacred tablets

all the incandescence of his radiant smile!

 


Translated into English by Norton Hodges

Mis à jour ( Vendredi, 08 Décembre 2017 15:59 )