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La langue merveilleuse des mésanges - français

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LA LANGUE MERVEILLEUSE DES MÉSANGES

 

À Antagoras

 

Assis à la terrasse devant

La spacieuse chambre d''hôtel

Où le bon destin a voulu que je passe quelques jours,

Je regarde, admiratif, les splendides citronniers du jardin

Et les magiques parterres de fleurs

D'un fabuleux bleu éclatant.

 

Une espiègle volée de minuscules mésanges

Dansent, lançant des bouquets cristallins

De fervents cris brefs entrent les grasses feuilles des buissons.

 

Je leur jette, heureux comme un enfant en liberté,

De maigres morceaux de pains encore chaud.

 

Attirées par ce modeste festin, elles viennent,

Tournoient précautionneusement,

Emportées par leur vif instinct de fuite,

Approchent en remuant leurs délicieuses petites têtes fragiles,

S'éloignent en sautillants sur leurs frêles pattes

Et reviennent tout près, de plus en plus courageuses et décidées.

 

Une d'elles, brave la peur qui agite son cœur fiévreux,

Se pose au bout de la table et me regarde avec confiance

De ses yeux humides, on dirait deux grêles bourgeons noirs.

 

Je lui donne une miette, elle la prend et, ô miracle,

La mange sur place avec un raffinement exquis.

 

Puis, elle s'en va et reviens quelques instants plus tard

Sur la table de marbre noir

Encouragée par sa festive mémoire, et s'approche doucement,

Prends la miette et la mange délicatement

Perchée à deux doigts de moi.

 

Ah, comme cette petite mésange aérienne,

Avec sons sens précieux d'équilibre et son chant diphonique

Fais briller la lumière du ciel et les feuilles des arbrisseaux

Noyant la joie de l'air dans la paix  !

 

Enchanté et comme touché soudainement

Par l'éblouissante clarté d 'une apocatastase divine,

Je jubile et ne crois plus

Que tout se termine dans l'absence, l'abîme

Et le silence absolu du monde !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Marrakech, le 6 novembre 2017

 

Glose :

 

 

Antagoras, en  grec ancien Ἀνταγόρας, né à Rhodes vers 270 av. J.-C., est un poète grec de l'Antiquité. Il était connu aussi pour son art de la  gastronomie.

Diphonique adj.) : le chant diphonique est une technique vocale permettant à une personne de produire un timbre vocal caractérisé par deux notes de fréquences différentes. Il s'agit donc de faire du chant polyphonique (à plusieurs voix) au moyen d'un seul organe vocal combinant d'une part divers types de voix (de poitrine, de tête, etc.) et d'autre part divers positionnements de la langue ou des lèvres. La seconde voix, ou harmonique, est dans un rapport exact de fréquences avec celle de la voix de base, le bourdon ou encore le fondamental. Elle peut être égale à deux fois la fréquence du bourdon, trois fois, quatre fois, etc.

 

Apocatastase (n.f.): le terme apocatastase désigne la restauration finale de toutes choses en leur état d'origine.

 

Cette notion diversement envisagée dans des écrits apocalyptiques, platoniciens ou stoïciens de l'Antiquité, est surtout connue pour ses développements dans la théologie chrétienne où le terme se rapporte en premier lieu à des positions sur la restauration finale de toutes choses en Dieu développées à partir du Traité des principes d'Origène . Dix propositions issues de ce traité ont été condamnées en 542 par l'empereur Justinien , condamnation validée par Ménas, l'évêque de Constantinople et reprises par le deuxième concile de Constantinople en 553.

Il était reproché à l'apocatastase origénienne d'annuler la liberté et la responsabilité des créatures, car suivant cette position, la restauration en Dieu de tout ce qu'il a créé dans son état de bonté originelle, état antérieur à tout péché et à tout mal, se fait indépendamment des dispositions et des actes de chacun. Contre cela, le Concile affirme : « Si quelqu'un dit que les Vertus célestes, tous les hommes, le diable, les Puissances du mal seront unis pareillement au Dieu Verbe et de la même manière que Christ, qu'il soit anathème. »

En fait, Origène n'a pas lui-même soutenu les thèses condamnées mais il a exposé dans ses écrits des idées répandues dans la culture hellénistique de son temps, et en a discuté en rapport aux écritures chrétiennes. Néanmoins, ce sont les écrits d'Origène qui inspirèrent à Grégoire de Nysse, Évagre le Pontique et Didyme l'Aveugle, les positions semblables à celle jugées hétérodoxes depuis 542 et 553.