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Plus fragile que l'aurore - français

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PLUS FRAGILE QUE L'AURORE

 

À Jean de Sponde

 

I.

 

Il est tard en décembre à rêver à l'amour,

Jean de Sponde, très tard,

Si fragile est déjà l'aurore !

 

Nous sommes près du catafalque,

Symbole de la présence morale de l'homme

Qui part vers les prairies sombres de l'au-delà !

 

Ah, il y a cette hésitante, cette troublante lumière

Dans les rapides soirées de l'automne

Sur le triste sourire des arbres nus

Et les six prières journalières

Qui réchauffent de leur douce chaleur céleste

Nos âmes légèrement glacées :

Complies, minuit, prime, tierce, sexte, none.

 

II.

 

La lune, boucle d'oreille de diamant jaune

Suspendue aux ivres branches des ifs,

Veille patiemment sur nos longs travaux nocturnes.

 

L vent froid a emporté depuis longtemps

Dans ses bras transparents

Les vigoureux enthousiasmes du bel été

Et chérit à présent le chant liquide qui coule

Sous l'écorce protectrice des trembles.

 

Les gouttes de cire glissent et tombent

Sur les dociles feuilles blanches

Qui attendent patiemment la discrète venue

De l'inspiration divine

Pour que l'océan de l'amour circule librement

Dans les mots précieux de nos poèmes !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Marrakech, le 3 novembre 2017

 

Glose :

 

Jean de Sponde (Joanes Ezponda, en basque), né en 1557 à Mauléon  et mort le 18 mars 1595 à Bordeaux, est un poète baroque basque français. Jean de Sponde est le fils d'un réformé basque espagnole, Inigo, et de sa seconde épouse. Lié à la cour de Navarre, élevé dans un milieu protestant austère, brillant élève, il reçoit de Jeanne d'Albert, mère de Henri IV, une bourse d'étude. De 1570 à 1579, il va au collège de Lescar, où se dispense un enseignement anti-aristotélicien. Il acquiert une parfaite connaissance du grec et apprend la théologie réformée. Il se met à voyager en 1580. Il étudie à l'université de Bâle où il rencontre François Hotman. Son maître est alors Théodore de Bèze. Il se tourne vers la littérature profane, produit une édition d'Homère, accompagnée d'un commentaire en latin, qu'il termine en 1583. Il s'intéresse particulièrement à la musique de Paschal de L'Estocart, et sa première œuvre poétique connue est un sonnet liminaire aux Octonaires sur la vanité du monde d'Antoine de La Roche-Chandieu mis en musique par L'Estocart.

 

En 1582, il rédige une préface en latin aux six traités de l'Organon d'Aristote, dédiée à l'éditeur Episcopius, dans laquelle il fait la louange du philosophe grec. Aristote était bien connu de Théodore Zwinger, un de ses professeurs à Bâle, qui venait de faire éditer les Politiques avec des commentaires. Sponde et Zwinger ont entretenu une correspondance, dont nous avons conservé huit lettres. Ces lettres - parmi elles sept de 1582, traduisent la variété des préoccupations de Sponde : musique de L'Estocart, auteurs grecs, alchimie. Dans une de ces lettres, il affirme à Zwinger avoir obtenu de l'or transmuté d'un marc d'argent.

Henri de Navarre lui donne un poste à sa cour.

En 1582, il lit les Psaumes et en est profondément marqué. Sa vie prend une orientation religieuse et il rédige ses œuvres majeures : Méditations sur les psaumes et Essai de quelques poèmes chrestiens.



Catafalque (n.m.) : le catafalque désigne une estrade funéraire, supportant le cercueil, érigée provisoirement ou définitivement dans une église. Le terme provient de l'italien catafalco, signifiant échafaudage.