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La maison natale - français / anglais

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LA MAISON NATALE

 

À Gajanan Madhav Muktibodh

 

Au seuil de la vieille maison natale

Poussent aujourd'hui quelques herbes sauvages,

Touffes d'azur où se reflète l'univers,

Petites étoiles frêles souriant,

Vivant mystérieusement

En compagnie d'une très ancienne tristesse.

 

Entrer, rôder, tout transfiguré par le chagrin,

Dans les chambres couleur d'anémone, vertigineux royaume

D'une enfance pleine de regards doux,

De cris de joies et de pleurs silencieux !

 

L'horloge fatiguée, arrêtée depuis des années

À sept heures et demi du soir ! Le chat qui n'est plus,

Le bon chat câlin qui tenait compagnie

Au chant rythmé de ses aiguilles pressées à effacer le temps,

Consolant de ses tic-tac serein mon cœur

Qui voulait, en dépit des minutes écoulées, vivre heureux à jamais.

 

Ah, les syllabes sonores du vent inquiet

Franchissant avec allégrité l'abîme transparent des heures,

M'entraînant dans les hauteurs de ses aériens voyages !

 

Entre deux barreaux rouillés, à l'étroite fenêtre

Qui m'unissait avec les merveilles du monde,

Le pot de géranium sec, jadis éclairant la maison

De sa généreuse lumière rouge !

 

Ici, près du mur décrépit, coule toujours le ruisseau,

Celui qui nourrit encore de fraîcheur mes veines,

Le vigoureux bougainvilliers respire encore,
Toujours calme, accueillant, en frissonnant,

L'armée de petits insectes agitées

Avec fidèle piété et tendresse délicate  !

 

Je vois encore ma mère, une coiffe verte

Sur le chaleureux fleuve de ses cheveux blancs.

 

Père est assis, comme à l'accoutumée, près de l'âtre,

Tenant dans ses doigts laborieux

Sa pipe amicale dont la douce fumée m'émeut et me rend fébrile !

 

Dans la vapeur irisée du soir,

Sous la musique exaltée des rayonnantes envolées des oiseaux,

Je viens, humble et recueilli, visiter mes morts aimés.

 

Ö maison natale, maison natale,

J'embrasse souvent ta douloureuse image

Et te chuchote, le long des nuits,

Les mots d'amour que tu déversais dans mon âme blanche !

 

J'aime jusqu'aux sanglots,

J'aime avec une déférence étonnée,

L'immobilité féerique

De ton magique souvenir !

 

Prenant ma tête dans mes mains, je me répète, ému et apaisé,

Les mots miraculeux que me disait grand-père : :

 

Acriter et fideliter !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Marrakech, le 29 octobre 2017

 

Glose :

 

Gajanan Madhav Muktibodh (गजानन माधव मुक्तिबोध) (13 november 1917 – 11 september 1964) : un des plus grands poètes de l'Inde. Bien que né dans une famille maharashtrian, Muktibodh a écrit presque entièrement en hindi. Maharashtrian est un adjectif faisant référence à: Maharashtra, État de l'Inde; Résidents du Maharashtra où la langue est le marathi et le hindi. ·

 

ENGLISH :

 

The House Where I Was Born

To Gajanan Madhav Muktibodh

 

On the threshold of the old family home

a few wild grasses now grow,

azure clumps reflecting the universe,

smiling fragile little stars

mysteriously living

in the company of a very ancient sadness.

 

To enter, to wander, wholly transfigured by sorrow,

through rooms the colour of anenomes, the dizzying realm

of a childhood full of gentle looks,

shouts of joy and silent tears!

 

The tired old clock, stopped for many years

at seven thirty in the evening! The long dead cat,

that good affectionate cat who kept us company

to the rhythmical song of the hands of the clock hurrying to erase time,

consoling my heart with its unruffled ticking,

my heart which wanted, despite the minutes that had already elapsed, to live happily for ever.

 

Ah, the loud voice of the unquiet wind

blithely crossing the transparent abyss of the hours,

transporting me to the heights of its aerial journeys!

 

Between two rusted bars, at the narrow window

that was my link to the marvels of the world,

the dried out geranium pot, that once lit up the house

with its generous red light!

 

Here, near the tumbledown wall, the stream still flows,

the stream that still nourishes my veins with freshness,

the vigorous bougainvillea still breathes,

still quiet, welcoming with a shiver

the army of small restless insects

with faithful piety and delicate tenderness!

 

I can still see my mother, a green cap

worn over her expansive river of white hair.

 

As usual, Father is sitting by the hearth,

holding in industrious fingers

his friendly pipe whose gentle smoke both stirs and agitates me!

 

In the iridescent evening mist,

beneath the exalted music of the radiant flights of birds,

I come, humble and contemplative, to visit my dead loved ones.

 

O home of my childhood, my home,

I often kiss your sad picture

and whisper to you through the night,

the words of love you poured into my untried soul!

 

I love until I am near to tears,

I love with an astonished deference,

the enchanting stillness

of your magical memory!

 

Taking my head in my hands, I repeat to myself, moved and now at peace,

the wonderful words my grandfather said to me:

 

Acriter et fideliter!

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

 

Acriter et fideliter : expression latine qui signifie : « Courage et fidélité ». C'est aussi la devise des gardes suisse du Vatican.

Mis à jour ( Mercredi, 15 Novembre 2017 14:52 )