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NIKOLAY ZABOLOTSKI - français

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NIKOLAY ZABOLOTSKI
 
« Не позволяй душе лениться!
Чтоб в ступе воду не толочь,
Душа обязана трудиться
И день и ночь, и день и ночь! »
 
(« Ne permets pas à ton âme d’être paresseuse
Ne la laisse pas s’occuper de choses vaines,
L’âme doit travailler
Jour et nuit, nuit et jour »)
 
               Nikolay Zabolotski
 
I.
 
Quel effroi, Nikolay, de voir le ciel se vider,
Quelle douleur de perdre la clarté qui nous vient des dieux
Et la douce lumière séraphique qui tient dans sa main immortelle
Le bout de nos souffles !
 
Toi, Nikolay, et moi
Nous aimons tant l’angélisme
De la moralité kantienne,
Son idéalisme teinte d’une candeur aurorale !
 
Nous, ami de la parole
Qui donne un sens au quotidien,
À toutes ces merveilles à peine palpables
Qui nous entourent !
 
II.
 
La Bonne Nouvelle, Ami, n’est-ce pas
Le corps périssable devenu esprit
Et cette Croix sans laquelle il n’y a rien,
Absolument rien !  
 
Ô clarté foudroyante des voix amoureuses,
Oiseux cristal des rivières,
Cinabre vermeil du crépuscule
Entre les feuilles dansantes des saules pleureurs.
 
III.
 
J’erre dans mon jardin en pensant à toi,
Mon jardin où chaque fleur 
Est une date mémorable du calendrier céleste.
Je serre  les tiges des giroflées contre mon cœur
Comme si je serre toute la patrie de mon enfance dans mes bras.
 
Étranger à toute acrasie,
J’aime, Nikolay, j’aime la gaze rose pâle de l’air matinal
Brodée par les ailes des oiseaux divinatoires
Qui flottent avec une élégance solennelle
Au-dessus du sourire des féeriques échinopsis.
 
C’est ici que je vis, Ami,
Elle est à moi cette humble maison, 
Cette demeure enchantée – 
Pava sed apta mihi ! – 
Mon foyer, Nikolay,
Blotti sous les bractées irisées des glycines.
 
               Athanase Vanthev de Thracy
 
Paris, le 10 septembre 2017 
 
Glose :
 

Nikolay Zabolotski (en russe : Никола́й Алексе́евич Заболо́цкий) – (1903-1958) : poète et traducteur russe.

Moralité kantienne : la morale de Kant se lit principalement dans deux ouvrages majeurs :

 

– La Métaphysique des Mœurs

– La Critique de la raison pratique

 

Kant cherche, après la critique de la raison pure, à fonder une science a priori de la conduite et de la morale, répondant ainsi à la question : Que dois-je faire ?

 

Kant et la bonne volonté : La pureté des intentions

Kant part du concept de “bonne volonté”. Pour le philosophe allemand, l’intelligence, le courage, etc. ne sont pas des choses absolument bonnes ; leur valeur dépend de l’usage qu’on en fait. Il en est de même du bonheur : il n’est pas un bien en soi, puisqu’il peut être source de corruption celui qui n’est pas animé de bonne volonté.

 

Qu’est-ce qu’une bonne volonté ? Ce n’est pas une volonté qui atteint ses objectifs, c’est une volonté dont les intentions sont pures. Qu’est-ce qu’une volonté pure ? Une volonté qui obéit au concept du devoir. Ainsi, la bonne volonté c’est agir par devoir.

 

Emmanuel Kant (1724-1804) : philosophe allemand, fondateur du criticisme et de la doctrine dite « idéalisme transcendantale ». Son œuvre, considérable et diverse dans ses intérêts, mais centrée autour des trois Critiques, à savoir la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique et la Critique de la faculté de juger.

Cinabre n.m.) : le cinabre est une espèce minérale composée de sulfure de mercure. Il a été décrit pour la première fois par le philosophe et botaniste grec Théophraste (376 -288 av. J.-C.)

Le vermillon, de même formule chimique que le cinabre, est par contre un pigment minéral artificiel produit par synthèse. Le terme grec κιννάβαρι (kinnabari) et le terme latin cinnabaris désignent tous les deux ce minéral. Son usage ancien a également été attesté en Chine, la dynastie Shang (1570-1045 av. J.-C.) en faisant usage lors des divinations (scapulomancie) pour faire apparaître et interpréter les craquelures sur les carapaces de tortues.

Acrasie (n.f.) : l’acrasie ou encore akrasia, translittération du grec ancien ἀκρασία, est le fait d'agir à l'encontre de son meilleur jugement. Ce concept philosophique est aussi souvent traduit en français par le terme « incontinenece ».

On parle aussi souvent, pour qualifier l’acrasie, de « faiblesse de la volonté » : ainsi, l'acrasie se manifesterait quand nous nous engageons dans des résolutions que nous n'arrivons pas à tenir. Toutefois, cette traduction comme faiblesse n'est qu'en partie exacte, car elle constitue déjà une interprétation de ce qu'est l'acrasie, sous l'angle de la volonté. En effet, selon certains philosophes (par exemple, Spinoza), si nos actes suivent spontanément "ce que nous avons jugé bon de faire" alors la volonté, comprise comme faculté distincte de la raison, n'a pas lieu d'exister ; pour d'autres, l'acrasie serait, au contraire, ce qui prouve l'existence d'une volonté distincte de la raison, et pouvant soit exécuter celle-ci soit s'opposer à elle selon sa force d'auto-détermination. La question, dans ce dernier cas, est de savoir d'où la volonté tire cette force, et s'il y a un sens à dire que la volonté s'autodétermine indépendamment d'une délibération.

Gaze (n.f.) : étoffe légère, ajourée et transparente. Son nom provient de son lieu de fabrication originelle : la ville de Gaza en Palestine. Importée depuis la fin du Moyen Âge, elle est tissée en France à Lyon et à Paris. La gaze connaît une grande vogue aux XVIIIe et XIXe siècles.

Echinopsis (n.m.) : un des principaux genres de la famille des Cactacées avec près de 180 espèces. Les Echinopsis sont parfois dénommés cactus-oursins ou cactus lys de Pâques.

Les espèces vont de la taille d'un arbre à de petits cactus globuleux. Le nom Echinopsis découle du grec echinos, « hérisson ou oursin », et opsis, « apparence », par référence à ces plantes couvertes d'épines.

Pava sed apta mihi : expression latine qui signifie ici « Petite mais elle me suffit »

Bractée (n.f.) : en botanique une bractée est une pièce florale en forme de feuille faisant partie de l’inflorescence. L'ensemble des bractées s'appelle involucre. Intermédiaire entre la feuille et la fleur, la bractée est souvent similaire à une feuille (on parle alors de « bractée foliacée »), mais elle peut aussi ressembler à une fleur ou à un pétale de fleur, notamment par ses coloris. Beaucoup de bractées, dites membraneuses, ont une consistance particulière, translucide et coriace, et une couleur cuivrée, argentée ou dorée. C'est cette dernière particularité qui est à l'origine du nom : en latin, le terme bractea (également écrit brattea) désigne en effet une feuille de métal, notamment une feuille d'or. Une petite bractée est appelée bractéole. Les bractéoles peuvent être assemblées en un épicalice, et chaque pièce se nomme alors épisépale.

Irisé, irisée (adj.) : qui s’apparente à un arc-en-ciel. Qui a des reflets irisés.

Mis à jour ( Lundi, 11 Septembre 2017 10:05 )