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AL'AZI et Maydân - français / anglais

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AL’AZI ET MAYDÂN

À Saif al-Rahbi,

au grand poète du sultanat d’Oman

 

I.

 

Des voix, des voix, des voix sublimes

Viennent sur les lèvres humides des brises

Jusqu’aux luxuriantes palmeraies

De ton splendide pays.

 

Toi, Saif al-Rahbi, tu tends les mains vers l’azur

Et cueilles leur amoureuse sérénité

Pour habiller ton cœur de la lumière de la mer.

 

II.

 

Radieux, tu exaltes, dans une transe magique,

Les jeunes gens d’Oman merveilleux de souplesse et d’élégance !

Tes vers les accueillent tous pour que ton amour

Sculpte leur visage scintillant de joie

Dans le jade précieux de tes mots !

 

Ah, tous ces faucons qui tissent des fils vibrants

Entre les grains de sable et les voiles bleu du ciel,

Entre ton cœur et les guirlandes d’années illisibles !

 

III.

 

Ô ces vents rapides qui couvrent de friselis

La face amoureuse de la mer !

Ce soleil immense qui danse

Sur le tapis émeraude des cimes des palmiers

Et ces doubles flûtes de l’air qui frétillent dans les notes aiguës !...

 

IV.

 

Tu connais le chant

Du sable parfumé du désert,

Des dunes d’or troussées par les tempêtes

Et les grandes nuits qui font force moulinets

Avec le sabre de leur silence.

 

Les cytises, changés en lyres dithyrambiques,

Font tomber la pluie argentée

De leurs fleurs jaunes dans tes poèmes

Et comme les anciens Chinois,

Tu fais des chauves-souris le signe joyeux du bonheur.

V.

 

Ô tes prières, Saif, vêtements éthérées de ton âme.

Pense à moi, mon Frère,

Je te le demande en grâce !

 

Tout se fait si lentement dans la plus pure intimité,

Parfois ou toujours nos pensées donnent

De si beau, de si suaves fruits !

 

 

VI.

 

Comme sont fascinantes

Les somptueuses métamorphoses de tes poèmes

Faite de cristal, de sang et de cicatrice ocre !

 

Comme est vertigineuse cette paix céleste

Qui dépasse toute intelligence !

 

Venir chez toi, à l’heure où s’évanouit le crépuscule,

S’asseoir en face de toi pour partager,

Dans la haute musique des étoiles,

Le pain chaud, les dates, le lait et le beurre

Offert à ta table par les valeureux laboureurs de ta terre.

 

Et, sans parler, découvrir l’énigmatique bonté de ton âme

Et le mouvement secret de tes pensées

En attendant que force, mouvement et émotion

Viennent à toi le soir, tendrement entrelacés.

 

VII.

 

Ta grande maison aérienne parle avec le ciel

Et l’armée de libellules magiciennes

 

Et voici que tu entres en toi

Avec la nuit soyeuse

 

Toi qui clames

Que Dieu apporte Dieu !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 4 septembre 2017

 

Glose :

Saif al-Rahbi ( né en 1956 à Suroor, en Oman) : il est l’un des plus grand poète du pays.

Al ‘azi est un genre de poésie chantée, exécuté dans les régions du nord du sultanat d’Oman, qui représente l’une des principales expressions de l’identité culturelle et musicale omanaise. Il prend la forme d’un concours de poésie ponctué par des mouvements d’épée et des pas ainsi que par des échanges poétiques entre un poète chanteur et un chœur. Il peut impliquer un grand nombre de participants d’un village ou d’une tribu, guidés par le poète qui récite des poèmes improvisés et mémorisés en arabe.

 

Les artistes interprètes doivent prêter attention à ses mouvements et à son récit et répondre par des mouvements et des répliques appropriés. Les poèmes expriment la fierté d’appartenance et peuvent rendre hommage à la tribu, à des personnages importants ou à des moments historiques.

Al ‘azi enrichit le côté intellectuel et culturel de la communauté grâce à la réinvention créatrice de poèmes existants et joue un rôle important dans la conservation de la mémoire orale de la société. Il promeut l’unité et la communication et met l’accent sur la nécessité de surmonter les désaccords entre les membres de la société. Al ‘azi est joué à toutes les occasions nationales et sociales comme un emblème de l’unité, la force et la fierté sociales. À l’heure actuelle, il est pratiquée par plus d’une centaine d’ensembles.

Le Maydân est un autre genre poétique considéré par les Omanais comme exclusivement national. Il met en jeu la poésie, la musique avec des instruments spécifiques, des danses et des costumes. Ces manifestations se déroulent d’une manière codifiée et dans un temps réglé.
La poésie obéit elle aussi à des règles strictes et clairement énoncées qui se complexifient selon la longueur du poème, et qui s’expriment au moyen de termes techniques. Par ailleurs, une des caractéristiques de cette poésie est son recours fondamental à l’énigme.

Force (adverbe) : employé au sens de beaucoup. Force ne prend jamais de « s ». Exemple :Force moulinets.

Moulinet (n.m.) : mouvement circulaire comme celui des ailes d’un moulin à vent. Mouvement que l'on fait avec une épée, avec un bâton, en les maniant en rond autour de soi. Exemple : « Le meunier, d’un côté, tenant son bâton par le milieu et le faisant tourner au-dessus de sa tête, en exécutant ce que les Français appellent le moulinet, s’écria d’un ton vantard : … »

Dithyrambique (adj.) : du latin dithyrambicus, du grec dithurambikos. Qui appartient au genre du dithyrambe. Très élogieux, d'un enthousiasme emphatique, outré : Louanges dithyrambiques. Dithyrambe (n.m.) : du grec ancien διθύραμϐος / dithúrambos, (étymologie obscure) est un hymne religieux chanté par un chœur d'hommes accompagné d'un aulos et d'une danse représentant à l'origine l'emprise de Dionysos sur les hommes.

Aulos (n.m.) : du grec ancien αὐλός. Instrument à vent, ancêtre du hautbois, très répandu  dans la Grèce et la Rome antiques, souvent joué par paires, alors appelées auloi-jumeaux ou simplement auloi. On appelle aulète le joueur de cet instrument.

Friselis (onomatopée). Littéraire. Frémissement doux et faible.

 

 

ENGLISH :

 


Al’Azi and Maydân

for Saif al-Rahbi

the great poet of the Sultanate of Oman

1.

Voices, voices, sublime voices

arrive upon the moist lips of the breezes

and travel to the luxuriant palm groves

of your splendid land.

 

Saif al-Rahbi, you extend your hands towards the azure

and gather together their loving serenity

to clothe your heart with the light of the sea.

 

2.

Radiant, in a magical trance, you exalt

the young people of Oman, marvellous in their litheness and elegance!

Your verses welcome them all in so that your love

can sculpt their faces glistening with joy

into the precious jade of your words!

 

Ah, all these falcons weaving vibrant threads

between the grains of sand and the blue veils of the sky,

between your heart and the garlands of unreadable years!

3.

O these swift winds that cover with ripples

the loving face of the sea!

This vast sun that dances

on the emerald carpet of the tops of the palm trees

and these double flutes of the air that shiver with high notes!...

 

4.

You know the song

of the scented sands of the desert,

of golden dunes bared by storms

and the great nights that sweep through the air

with the sabre of their silence.

 

The laburnums, now hymnal  lyres,

let the silver rain fall

from their yellow flowers into your poems

and, like the ancient Chinese,

you make the bat the joyful sign of happiness.

 

5.

O your prayers, Saif, are ethereal vestments of your soul.

Think of me, my Brother,

I ask you in grace!

 

Everything happens so slowly in the purest inner self,

sometimes, always our thoughts produce

such beautiful, such sweet fruit!

 

6.

How captivating

are the sumptuous metamorphoses of your poems

wrought from crystal, blood and ochre scars!

 

How dizzying is this heavenly peace

that passes all understanding!

 

O to come to your house, at the hour when twilight is disappearing,

to sit opposite you and share,

beneath the lofty music of the stars,

the warm bread, dates, milk and butter

offered to your table by the brave toilers of the earth.

 

And, in silence, to discover the enigmatic goodness of your soul

and the secret movement of your thoughts

in the hope that strength, movement and emotion

will come to you with the evening, tenderly entwined.

 

7.

Your great open house speaks to the sky

and the army of dragonfly magicians

and here you are, entering your self

with the silky night

 

you who proclaim

that God will bring God!

 

translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Mercredi, 13 Septembre 2017 14:30 )