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LES YEZIDIS - français / anglais

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LES YÉZIDIS

À Levan Kleri

« Au commencement l’Invisible fit sortir

de Son Âme précieuse une perle blanche.

Et Il créa un oiseau sur le dos duquel Il plaça la perle,

et là Il reposa durant quarante milles ans ».

Livre sacré yézidi

 

Vous, anges des Yézidis porteurs de lumière,

Aidez mon cœur blessé de pure miséricorde

À exalter ce  peuple sur mon cithare tricorde

Avec des mots d’azur fluide comme l’âme de l’air !

 

Je déposerai des lis au temple de Lalesh

Et demanderai aux dieux d’offrir leur paix céleste

Aux héroïques enfants de ce pays agreste

Plus beau que le ciel et plus agiles qu’une flèche

 

Pour dire que j’aime leurs yeux et que j’adore leur rire,

Leurs jeux ensoleillés et leurs paroles sincères

Et le bonheur de vivre, libres comme les eaux

 

Sans bornes des océans. Eux qui apprennent à lire

Les dits du Zodiaque et les poèmes des fleurs,

Le vol des oiseaux et les morsures des pleurs !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 27 août 2017

Glose :

Yézidis : l’origine de yézidi est incertaine. Le mot viendrait du kurde Êzidîtî ou Êzidî, ou du mot persan ایزدized, izad,  « ange ou Être suprême », mais certains affirment qu’il provient du nom du calife Abû Khalid Yazid ben Muawiya ou Yazid Ier (né en 645 et mort en 683 ap. J.-C.).

 

Le mot yézidi a une double signification : membre du peuple yézidi et adepte de la religion qu’est le yézidisme. Depuis leur fondation en Mésopotamie, il y a des milliers d’années, on connaissait ce peuple comme « Ezidis » ou « Yazidis ». Selon des chercheurs, le nom est dérivé de Xwede Ez da (Men da), signifiant « j’ai été créé par Dieu ». Certains Ezidis maintiennent qu’il se traduit comme « les Disciples du vrai chemin ». Le terme yézidi est aussi très proche du mot persan/zoroastrien Yazdan, signifiant « Dieu » et Yazata, signifiant « divin » ou « angélique ». Les lettres YZD en écriture cunéiforme, trouvées sur une tablette mésopotamienne, confirment l’existence ancienne de leur croyance et de leur peuple.

Le yézidisme, ou religion des sept anges, est une religion kurde qui est présentée par ses pratiquants comme plongeant ses racines dans l’Iran antique.

Les Yézidis forment une minorité confessionnelle. Ils sont adeptes d’un monothéisme issu d'anciennes croyances kurdes. On retrouve en effet de nombreuses similitudes entre le yézidisme actuel et les religions de l’Iran ancien. Ainsi le yézidisme est-il considéré par ses pratiquants comme une survivance du mithraïsme iranien authentique qui s'est adapté à un environnement hostile en absorbant des éléments exogènes notamment les enseignements de Cheikh ‘Adî, un savant soufi qui s'est installé dans la vallée de Lalesh au xiie siècle. Cependant d'autres études (européennes ou celles de théologiens musulmans) le considèrent comme un mouvement hétérodoxe de l'islam sunnite apparu au XIIe siècle et sur lequel des éléments pré-islamiques ont par la suite été greffés, en utilisant des pratiques anté-islamiques conservées dans le Kurdistan notamment postérieurement à Cheikh ‘Adî ibn Musâfir al-Umawî (1073-1162).

Les Yézidis font remonter leur calendrier religieux à 6 766 années (en 2016). Par rapport à d'autres religions majeures, le calendrier yézidi a 4 750 années de plus que le calendrier chrétien, 990 années de plus que le calendrier juif et a 5 329 années de plus que le calendrier musulman.

Les Yézidis sont souvent confondus avec les Zoroastriens, qui eux, sont surtout présents en Iran.

La religion des Yézidis exige de ses disciples le secret et interdit l'écrit. Les textes sacrés sont transmis oralement de père en fils par les qewel, les bardes religieux.

Leurs croyances sont un mélange d’éléments chrétiens, islamiques, gnostiques et zoroastriens. On doit donc comprendre les Yezidis comme étant les adorateurs de l’Ange plutôt que du démon, même si l’Ange qu’ils adorent est bien Lucifer sous la forme de Melek Taus, le Démiurge issu de l’Inconnaissable et Invisible Un. Melek Taus n’est, cependant, pas l’ange déchu de la tradition chrétienne, mais bien plutôt un Archange.

Les Yezidis révèrent Melek Taus ou l’Ange Paon que certains associent à Lucifer, cependant, il convient de ne pas confondre ce Lucifer avec l’imagerie chrétienne car les Yezidis le considèrent comme le chef des anges et le créateur du monde matériel. Melek Taus est figuré sous la forme du Paon, dont une représentation en bronze est conservée dans le Sanctuaire et dévoilée aux fidèles durant les fêtes sacrées. D’ailleurs, il est intéressant de noter l’utilisation du Paon comme symbole de leur divinité, car cet oiseau est inconnu dans le Moyen-Orient et semble avoir des origines indiennes.

 

Les Yezidis adorent également la figure du Serpent au travers d’une statue qu’ils noircissent de suie, noircissement qui se réfère, selon Idris Shah, au mot FEHM (charbon).

Ce serpent est loin d’être le symbole du mal, comme dans nos traditions, mais se réfère à l’antique doctrine de la régénération par la mue. En arabe, serpent se dit « hayyat » qui se rapproche du mot « hayyat », vie. Le sens du serpent noir serait donc : « Sagesse de la vie ».

La société des Yezidis se répartit en sept classes différentes :

– Le Sheikh qui est le gardien de la tombe de Sheikh ‘Adî et qui descend de l’Imam Hasan-al-Basri. Rien dans la société yezidi ne peut se faire au niveau légal ou administratif sans la signature du Cheikh. Son signe distinctif réside dans une ceinture qu’il porte, ainsi que par des gants blancs.

– L’Émir qui descend de Yazid. La qualité d’Émir repose sur l’existence d’un arbre généalogique qui se transmet de père en fils et qui remonte à Yazid lui-même. Ce sont les Émirs qui sont chargés des affaires mondaines de la société yezidie.

– Le Kawwal qui est chargé de la garde des tambours, des flûtes, des chants et des hymnes sacrés.

– Le Pîr qui est chargé des fêtes.

– Le Kochack qui enseigne les choses religieuses, qui est chargé des sépultures et de l’interprétation des rêves.

– Le Fakir qui instruit les enfants dans les choses religieuses. Il sert le Cheikh ‘Adî.

– Le Mulla qui instruit les enfants, garde les livres et les mystères de la religion.

 

Lalesh, ou Lalish, est un lieu saint du yézidisme situé en Irak dans la province de Ninive,  sous contrôle du Gouvernement régional du Kurdistan et abritant le tombeau du réformateur Cheikh ‘Adî.

 

Agreste (adj.) : du latin agrestis, de ager, « champ ». Qui appartient à la campagne, qui est d'une simplicité rustique : Mœurs agrestes.


Mithra ou Mithras est originellement un dieu indo-iranien, fils d’Anahita (ancienne divinité perse). Son culte connut un important développement dans la Rome antique aux iie et iiie siècles de notre ère.

Plusieurs documents hittites attestent son existence dès le IIe millénaire av. J.-C. Il fait l'objet, dans la Perse antique, d'un culte important qui commence à être un peu mieux connu. Les travaux de Georges Dumézil ont montré que les dieux Mithra et Varuna (Contrat et Serment) forment un couple dans le panthéon indo-iranien. Ils sont les représentants de la fonction souveraine et à Mitra-Contrat revient la souveraineté juridique, Varuna disposant de la souveraineté magique. Tous deux ont pour fonction de veiller sur la vérité et sur le cours du monde.

Le zoroastrisme est une religion monothéiste de l'Iran ancien. Elle est une adadaption du mazdéisme et tire son nom de son « prophète » ou fondateur Zarathoustra (XIe siècle av. J.-C.), dont le nom a été transcrit en Zoroastre par les Grecs (Ζωροάστρης, Zōroastrēs). Cette réforme est intervenue au cours du Ier millénaire av. J.-C.

La reforme religieuse de Zarathustra a pour principal effet d'orienter la religion mazdéenne vers le monothéisme au bénéfice du dieu Ahura Mazdâ (en pehlevi : Ohrmazd) entouré d'un certain nombre d'entités. Ahura Mazda est seul responsable de l'ordonnancement du chaos initial, le créateur du ciel et de la Terre.

Le zoroastrisme a fait fonction de religion officielle de l'empire perse à trois reprises (sous le roi Hystaspès (père de Darius Ier – VIe siècle av. J.-C.), sous les Achéménides (550-330 av. J.-C avec pour capitale Babylone) et sous les Sassanides (224 ap. J.-C. - 651 ap. J.-C. avec comme capitale Istakhr).

Malgré l'arrivée de l’islam, il a réussi à se maintenir dans le patrimoine culturel iranien, afghan et d'Asie centrale. En effet, les Iraniens, les Kurdes et les Afghans, indépendamment de leur religion, accordent beaucoup d'importance aux fêtes zoroastriennes, en particulier celle de Nowruz, le nouvel an zoroastrien, célébré le 21 mars.

Les zoroastriens, aussi appelés guèbres, respectent le feu comme symbole divin. Zoroastre prêchait un dualisme apparent, qui reposait sur le combat entre le Bien et le Mal, la Lumière et les Ténèbres. Le principe de Zoroastre est qu'il existe un esprit saint (Spenta Mainyu), fils d'Ahura Mazdâ, et un esprit mauvais (Angra Mainyu) (en pehlevi : Ahriman)  son jumeau, tous deux opposés car représentant le jour et la nuit, la vie et la mort. Ces deux esprits coexistent dans chacun des êtres vivants. Toutefois, le zoroastrisme est bel et bien un monothéisme, puisque seul Ahura Mazda conserve la prééminence céleste et que seul ce dernier triomphera du mal à la fin des temps.

Mazdéisme : religion iranienne qui doit son nom à son dieu principal, Ahura Mazdâ. Le livre sacré du mazdéisme est l'Avesta. Le Panthéon mazdéen : « Ahura Madâ était adoré en tant que divinité suprême. ». Les divinités qui entouraient Ahura Mazdâ étaient : Vohu Manah, Asha, Xshathra, Aramati, Haurvatât, et Amaratât. Ces noms signifient : Bonne Pensée, Ordre juste, Royaume, Modération, Santé et Immortalité.

ENGLISH :

The Yazidis

for Levan Kleri

‘In the beginning, the invisible brought forth

from Its precious Soul a white pearl.

And it created a bird on whose back it placed the pearl

and there it remained for forty thousand years’

Sacred Book of the Yazidis

 

You, angels of the Yazidis, bearers of light,

aid my heart assailed by pure mercy

to exalt this people on my three-stringed cittern

with words of azure, fluid as the soul of the air!

 

I will lay lilies at the temple of Lalesh

and call on the gods to offer their celestial peace

to the heroic children of this rural land

who are more beautiful than the sky and swifter than an arrow

 

because I love their eyes and adore their laughter,

their sunlit games and their truthful words

and their happiness at being alive, free as the limitless

 

waters of the oceans, they who learn to read

the teachings of the Zodiac and the poems of flowers,

the flight of birds and the teethmarks of tears!

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges