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Poème funéraire - français / anglais

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POÈME FUNÉRAIRE

(les guerriers de l’éternité)

I.

Soldats immortels, guerriers de l’éternité,

Veillez sur le gigantesque tombeau du Qin Shi Huang Di,

Le premier empereur de Chine !

 

Et toi, tumulus sacré,

Garde les trésors ensevelis du souverain :

Cercueil de bronze posé dans sa chambre mortuaire

Remplie de mobilier somptueux, des splendides répliques de son palais,

Des rivières de mercure liquide, des ustensiles d’une beauté éblouissante

Et mille milliers autres objets merveilleux.

 

Sima Qian, c’est ainsi que tu as chanté

Toutes ces merveilles englouties par les ténèbres.

 

II.

 

Ô  magnitude de la profondeur

De l’âme coriace de l’Empire du Milieu !

 

Aube, berce toutes ces vies restées légères

À la surface du monde !

III.

 

Le vent est à présent le seul hôte zélé

Des superbes corps sculptés ensevelis,

Qui reposent dans un sommeil transparent

Sous le luxueux linceul de lune

Brodé d’étoiles.

Le matin, les abeilles laborieuses brodent l’azur de fils d’or

Et unissent l’infinie solitude des cœurs

Au tremblement doux de l’air !

 

IV.

 

Dormez, ombres antiques,

Dormez dans le gouffre amer du temps,

Participez au double vertige des noces

De la lumière et de la nuit.

Que les hauts exploits et les songes

Vous guident parmi les dédales de l’obscurité

Vers le monde de la félicité perpétuelle.

 

V.

 

Ô brise amicale, chasse de tes mains d’aurore

Les tristes années des pages de ma mémoire.

Saisons délicieuses recouvrez

Ce poème funéraire de lys

Et de pampres de vignes vierges.

 

Âme,

Rien n’est définitif ni irrémissible,

Tout est ouvert aux flamboiements des étés

Et la vie des hommes reste figée

En aveuglants faisceaux de lumière !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Château de Chamarandes, le 14 juillet 2017

 

Glose :

Qin Shi Huang Di (259 av. J.-C. – 210 av. J.-C.) : en chinois : 秦始皇 ; pinyin : Qín Shǐhuáng premier empereur de Chine. Il fut d'abord le roi de Qin de 247 à 221 av. J.-C. Il mit fin à la période féodale en conquérant un à un l'ensemble des Royaumes combattants entre 230 et 221 et devint l'unificateur de l'empire de Chine, et par conséquent l'empereur fondateur de la dynastie Qin (221-207). Shi Huang Di signifie littéralement « premier empereur », de huang, « suprême, auguste » et de di, « souverain ».

Il standardisa l'écriture, la langue, la monnaie, les poids et les mesures et est vu comme le père de la Grande Muraille de Chine. La tradition lui attribue également l'invention de la coiffe impériale mianliu à rideau de franges dissimulant partiellement le visage, visible sur les portraits des souverains. Pourtant, si son œuvre posa les bases de la période impériale chinoise, c'est pour le caractère cruel et autoritaire de son règne inspiré par la philosophie légiste, que l'on se souvient surtout de lui. Sa dynastie lui survécut moins de trois ans, à la suite de quoi le pays replongea dans une guerre civile que seul le fondateur de la dynastie Han (206 av. J.-C.-220 ap. J.-C.) parvint finalement à éteindre. On le connaît principalement par les Annales historiques de   Sima Qian (Ier siècle av. J.-C.) La redécouverte en 1974 de son monumental mausolée à Xi’an et de ses milliers de soldats en terre cuite fascine aujourd'hui encore les archéologues autant que le public du monde moderne.

Le gigantesque tombeau

Le mausolée funéraire de Qin Shi Huang Di occupe environ 98 km². Au cœur du complexe se dresse un imposant monticule de terre de 115 m. de hauteur qui recouvre le tombeau de l'empereur, lequel reste scellé. De nombreuses autres personnes ont été inhumées sur les lieux. Des archéologues ont mis la main sur des fosses communes où reposeraient les restes des artisans, des ouvriers, mais aussi de criminels condamnés et enchaînés, morts au cours des trois décennies nécessaires à la construction du mausolée royal. D'autres inhumations de masse évoquent les sombres récits d'une lutte violente d'accession au trône.

Statues de soldats remontées sur place

Plusieurs fosses contenant quelque 7 000 statues de soldats et de chevaux en terre cuite. Ne voulant pas être seul après la mort, l'empereur ordonna que toute son armée soit reproduite en terre cuite et enterrée avec lui. Il fit donc fabriquer des milliers de soldats, chevaux et chars, tous différents les uns des autres (physionomie, vêtements, position des bras) et un peu plus grands que nature, un soldat mesurant entre 1,72 m et 2 m.

Rivière de mercure : symbole de la vie éternelle. Mercure (n.m.) : métal argenté brillant, le seule se présentant sous forme liquide.

Sima Qian : chinois traditionnel : 司馬遷, simplifié : 司马迁, pinyin : Sīmǎ Qiān – 145 av.J.-C.- 86 av. J.C. : historien chinois, le premier à avoir tenté de décrire l’histoire de la Chine depuis sa création. Tous les historiens impériaux chinois se sont par la suite inspirés de son œuvre, le Shiji (史記 / 史记, Shǐjì).

Irrémissible (adj.) : du bas latin irremissibilis. Qui ne mérite pas de rémission, de pardon. Qui est implacable, fatal.

 

 

ENGLISH :

Funerary Poem

(The Warriors of Eternity)

 

1.

Immortal soldiers, warriors of eternity,

watch over the vast tomb of Qin Shi Huangdi,

the first emperor of China!

 

And you, sacred sepulchral mound,

guard the buried treasures of the sovereign:

the bronze casket placed in his mortuary chamber

filled with sumptuous furniture, splendid replicas of his palace,

rivers of liquid mercury, utensils of a dazzling beauty

and thousands of other wonderful objects.

 

Sima Qian, this is how you sang

of all these miracles engulfed in darkness.

 

2.

O the magnitude of the depth

of the hard heart of the Middle Kingdom!

 

Dawn, lull all these lives that remained lightly

on the surface of the world!

 

3.

Now the wind is the only eager host

of the proud, buried, sculpted figures,

resting in a transparent sleep

beneath the luxurious shroud of a moon

embroidered with stars.

In the morning, industrious bees embroider the azure with golden threads

and join the infinite solitude of hearts

with the soft trembling of the air!

 

4.

Sleep, ancient shadows,

sleep in the bitter gulf of time,

attend the doubly vertiginous wedding

of light and night.

May noble exploits and dreams

guide you among the mazes of darkness

towards the world of perpetual bliss.

 

5.

O friendly breeze, chase away with your hands of dawn

the sad years of the pages of my memory.

Delightful seasons cover

this funerary poem with lilies

and with branches of virgin vines.

 

Soul,

nothing is definitive or unpardonable,

everything is open to the blaze of summers

and the life of men remains frozen

in blinding beams of light!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Mardi, 15 Août 2017 15:44 )