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RIVAI APIN - français / anglais

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RIVAI APIN

Pada njanjiku kau selalu ada

kedamaianku hanja dalam merindu.

Didalam telukmu jang menjambut kelam

kau sepi menanti, kau sepi menjanji

Dan njanjimu gemuruh didalam laut mendjadi kelam.

 

(Vous êtes toujours présent dans ma chanson,

Ma seule paix est dans le désir.

Dans votre baie qui accueille le brouillard.

Vous attendez dans la solitude, vous chantez dans la solitude

Et votre chanson est un tonnerre dans la mer qui devient sombre.

Rivai Apin

I.

Rivai Apin, Ami, toi qui sais répondre

A la houle par la houle,

A la lumière par la lumière,

J’aime ton chant baigné par les eaux subtiles de la mer

Et les nostalgiques mélopées des mouettes

Qui résonnent le soir au rythme des courants des marées.

 

Ah, ton cœur qui entre sans frapper dans ma mémoire !

 

Couverte des blessures de la vie,

Ton âme téméraire admire et exalte

Les fulgurations de la pensée pure et précise

Et l’affectueuse poésie des tendres petits riens familiers.

 

Les sens allumés, l’esprit étendu,

Pris dans le filet imperceptible de l’amour pour ta patrie,

Tu révèles au monde ses splendeurs et ses ombres

Dans des vers bien ciselés et dans un style si artistement serré.

 

Ah, ton cœur qui entre sans frapper dans ma mémoire !

 

 

II.

 

Ô temps, toi qui est à tout le monde et à personne

Tu as admirablement su moduler

Les tremblements du cœur aimant du poète,

Ses ivresses et ses effusions

Son royaume aux raffinements et élégances les plus exquis.

Ses tristesses pareilles à tristesse qui règne

Dans le noir tableau Le Jardin de Gethsémani

Du peintre flamand Jan Gossaert.

Ô heures, ô mois, ô espaces taciturnes

Qui appesantissez la profondeur de nos noms !

 

Oui, Rivai Apin, il est des beautés

Auxquels les mots se refusent,

Il y  a aussi la chaude éloquence des actes pieux.

 

Nous sommes tous complices silencieux ou dépités,

Des viols du temps qui couvre nos corps de cicatrices profondes.

 

Ah, l’appel d’un corps à un autre corps,

Le libre cours de l’amour,

Élégance minutieuse des gestes,

Peaux à la couleur d’amandes dorées !

III.

S’abandonner à la danse amoureuse

Des doigts brûlant de désir,

Respirer l’odeur du corps aimé,

Tressaillir sous les voix salées de la mer,

Faseiller comme des voiles

Sous la respiration discrète du vent tissé de douceur !

 

Et que les fleurs et les arbres de l’aquatique Indonésie

Emplissent de leurs floraisons somptueuses

Ton regard d’enfant solitaire, ô Rivai Apin :

 

Héliconia, orchidées, bégonias et lotus,

Couronnes du roi et anémones,

Frangipaniers, kapokiers et palmiers…

 

Yeux des mots perdus dans le ciel,

Cris noyés par le chant des sources,

Poèmes égarés dans la brutale obscurité des tombes !

IV.

 

Mais il nous faut vivre, Rivai Apin,

Vivre et respirer avec volupté l’air de l’aurore

Et l’arôme enivrant des arbres tremblant de lourdeur

Dans les bras de l’automne..

 

Il nous faut garder dans les trésors

De notre chancelante mémoire

La lumière des jours silencieux,

Accueillir avec humble joie et claire gratitude

Les saisons qui nous couvrent de roses

Et les années qui nous habillent

D’aimables brises printanières

Et nous font offrande généreuse

Des abondantes récoltes de la terre !

 

Navires des sourires dans le ciel où croisent

Les hommes faiseurs de demain !

 

V.

 

Ce sera encore septembre

Et tu te dresseras immensément solitaire,

Rompu par la douleur meurtrière

Au milieu de la grande simplicité du soir ultime !

 

Et tu es de nouveau ce que tu es !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Château de Chamarandes, le 11 août 2017

 

Glose:

Rivai Apin (1927-1955) : un des trois poètes majeurs de la poésie indonésienne. Rivai est né à Padang Pandjang à Sumatra. Dès son adolescence, il vient vivre à Djakarta.

Mélopée (n.f.) : du bas latin melopœia, du grec melopoia. Chant, mélodie, musique assez monotone et triste.


Jan Gossaert dit Mabuse (1478-1532) : peintre, dessinateur, graveur flamand romaniste de style maniériste de l’École d’Anvers.

Faseiller ou faseyer : du néerlandais faselen, « agiter ». Flotter au vent.

Héliconia : genre de plantes à fleurs originaire de l'Amérique tropicale et de certaines îles du Pacifique. Les Héliconias sont une importante ressource de nourriture pour certains oiseaux-mouches qui puisent, grâce à leur long bec, le nectar nécessaire à leur survie ; certains, comme l’ermite hirsute, utilisent également la plante pour leur nid.

Couronne du roi - Euphorbia milii - petit arbuste dont la taille peut atteindre, environ 1,50 m de hauteur. Les tiges brunes, charnues et très ramifiées, sont recouvertes de nombreuses épines acérées, pouvant dépasser 3 cm de long. 

Frangipanier (n.m.) : du terme frangipane (n.f.), lui-même du nom de  Mauritius Frangipani, un moine italien pionnier de la parfumerie. Arbre et arbrisseau originaires d’Amérique centrale et des Caraïbes au bois flexible et dont les fleurs de couleur rouge, jaune ou rose exhalent un parfum rappelant celui de l’amende.

 

Kapokier - Ceiba pentandra - (n.m.) : appelé également Fromager. Grand arbre tropical. Il est remarquable par son fruit qui contient des fibres cotonneuses appelées « kapok » et par son tronc qui développe à sa base des contreforts très importants.

 

ENGLISH :

Rivai Apin

Pada njanjiku kau selalu ada

kedamaianku hanja dalam merindu.

Didalam telukmu jang menjambut kelam

kau sepi menanti, kau sepi menjanji

Dan njanjimu gemuruh didalam laut mendjadi kelam.

 

(You are always present in my song,

my only peace is in desire.

In your bay that welcomes the fog

you wait in solitude, you sing in solitude

and your song is like thunder in the darkening sea)

 

Rivai Apin

 

1.

Rivai Apin, my Friend, you who know how to answer

the swell of the ocean with the swell of your verse

and light with light,

I love your song bathed by the subtle waters of the sea

and the nostalgic chants of the gulls

echoing in the evening to the rhythm of the tides.

 

Ah, your heart that enters my memory without knocking!

Covered in life’s wounds,

your reckless soul admires and exalts

the lightning flashes of pure and precise thought

and the warm hearted poetry of small tender domestic things.

 

Senses aflame, spirit unfurled,

caught in the imperceptible net of love for your country,

you reveal to the world its splendours and its shadows

in well sculpted lines and in a style artistic and compact.

 

Ah, your heart that enters my memory without knocking!

2.

O time, you who belong to everyone and no one,

you have been able to modulate so admirably

the trembling of the poet’s loving heart,

his ecstasies and his effusions,

his kingdom with its most exquisite refinement and elegance,

his sadness like the sadness that reigns

in the darkness of The Garden of Gethsemane,

the painting by the Flemish painter Jan Goosaert.

O hours, O months, O taciturn spaces

that add weight to the depth of our names!

Yes, Rivai Apin, there are beauties

from which words turn away

and there is the warm eloquence of pious acts.

We are all accomplices, silent or resentful,

of the violations of time that covers our bodies with deep scars.

 

Ah, the call of one body to another,

the free course of love,

the precise elegance of gestures,

skin the colour of golden almonds!

3.

To abandon yourself to the dance of love

your fingers burning with desire,

to breathe in the scent of the beloved body,

to shudder at the salt voices of the sea,

to float on the wind like sails

swollen by the discreet breathing of the wind woven with gentleness!

 

And may the flowers and trees of Indonesia, the country of waters,

fill with their sumptuous blooms

your lonely child’s eyes,  O Rivai Apin:

 

Heliconia, orchids, begonias and lotus,

Crown of Thorns and anemones,

frangipani, kapok and palms…

Eyes of words lost in the heavens,

cries drowned by the song of springs,

poems lost in the brutal darkness of tombs!

4.

But we need to live, Rivai Apin,

to live and breathe with pleasure the air of the dawn

and the intoxicating fragrance of trees trembling with their heavy loads

in the arms of the autumn…

 

We need to keep among the treasures

of our faltering memory

the light of silent days,

to welcome with humble joy and manifest gratitude

the seasons that cover us in roses

and the years that clothe us

in pleasant spring breezes

and make us a generous gift

of earth’s abundant harvests!

 

Ships of smiles in the sky, crossing

place of the men who will make tomorrow!

5.

Soon it will be September again

and you will stand in your immense solitude,

broken by deathly sorrow

amid the great simplicity of the last evening!

 

And you will be again what you already are!

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Dimanche, 13 Août 2017 18:14 )