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Moi qui reste ici - français / anglais

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MOI QUI RESTE ICI

À Oreste Macrì

 

I.

 

Assis dans l’ombre, j’attends ton arrivée !

Entre les minutes qui passent et tremblent

Flottent la vespérale odeur de capucines,

Le rose parfum de temps auspicieux,

La bleue fraîcheur de source

Et la grise vibration de l’air silencieux.

 

Turquoise, la brise audacieuse

Sa faufile en souriant

Entre la hauteur des astres

Et les émeraude vallées des tempes.

 

II.

 

L’automne est là déjà

Qui brunit en sifflotant le satin des feuilles

Et rompt la tendre paix des arbres solitaires.

 

Le mauve mouvement de l’âme

Et l’infrangible quiétude des mots

M’élèvent avec douceur

Au-dessus de l’angoisse de cet instant.

 

III.

 

Moi qui reste ici, dans cette maison abandonnée

Qui attend le dernier Jugement,

Moi, dans la profonde pénombre

D’une simple chambre plus nue que la pluie.

 

Ah, ce regard des murs jadis si blancs

Est-il le seul à m’instruire,

À ordonner ma vie, à me guider ?

 

Bruit suave de pages qui tournent

Et délicatement m’unissent

À leur inépuisable profondeur !

IV.

 

Âme,

Est-il vrai que d’autres songes,

D’autres mots inattendus

Viendront de l’estuaire du fleuve

Jusqu’aux lèvres des poèmes timides !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 29 juillet 2017

 

Oreste Macrì (1913-1998) : un des grands poètes de l’Italie. Il faisait partie du groupe des hermétiques  florentins, avec Mario Luzi et Piero Bigongiari.

 

Auspicieux (adj.) : relatif aux auspices (n.m.pl.) : du latin auspicium, « présage ».
nom masculin pluriel. À Rome, présages qui se tiraient du vol, du chant des oiseaux ou de la manière dont ils mangeaient. Toute personne avait le droit de consulter les auspices pour s'assurer de l'avis de certains dieux sur une action projetée.

 

ENGLISH :

 

I Who Remain Here

to Oreste Macri

I sit in the shadows awaiting your arrival!

Between the trembling minutes that pass

float the evening odour of nasturtiums,

the pink perfume of auspicious weather,

the cool blue of a spring

and the grey vibration of the silent air.

 

Turquoise, the audacious breeze

slips smiling

between the starry heights

and the emerald valleys of the temples.

 

2.

Autumn is already here,

whistling as it turns the satin leaves to brown,

disturbing the tender peace of the solitary trees.

 

The mauve movement of the soul

and the inviolable stillness of words

elevate me gently

above the anguish of the moment.

 

3.

I who remain here in this abandoned house

waiting for the Last Judgement,

I who wait in the deep half-shadow

of a simple room more naked than the rain.

 

Ah, the walls once so white look at me,

is it the only way to instruct me,

to put my life in order, to guide me?

 

Sweet sound of turning pages

that delicately bind me

to their inexhaustible depth!

 

4.

Soul,

is it true that other dreams,

other unexpected words

will come from the river’s estuary

to touch the lips of shy poems!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges