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CIEL - français

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CIEL

« Я Север люблю, я сроднился с тоскою
Его миловидных полей и озер. »

«J'aime le Nord, je me sens si proche de l’angoisse

De ses magnifique champs et de les lacs. "

 

Igor Severianine

I.

Le ciel s’ouvre doucement

Avec la provocation d’une page pure

Et jamais pleine sur laquelle s’alignent

Mes divagations poétiques

En lettres bleues, or, lumière, mauve, sang ou encre noire.

 

Ange, la vraie poésie n’est-elle pas

Une palpitation incessante de lumière,

Même quand elle touche aux choses

Les plus innocentes de la vie ?

 

Ô douloureuse, ô impalpable

Clarté de la création !

II.

 

Splendeur et azur, théophanies parfaites du ciel

Qui absorbe en profondeur les effusions du soleil !

 

Splendeur, transparence de la matière céleste,

Éclat d’équilibre juste et absolu,

Musique et perfection accomplie

Où profusion de lumière et tempête de feu

S’harmonisent en tempérance amoureuse,

En triomphe d’équinoxe resplendissant.

Ô Seigneur, apprends-moi à aimer, à chanter,

À avancer en souriant

Dans l’innocence de mon âme !

III.

 

Soleil, pendule flamboyante du temps

Et toi, ciel de l’intangible nuit, cadran gémellaire

Sur lequel la lune voyageuse et le cercle des constellations

Inscrivent de leur clarté l’insondable la tragédie de la durée.

 

Ah, comme saint Ephrem, je veux, ô Seigneur,

Être la harpe de l’esprit !

IV.

 

Voici à quoi je pense, Ange de l’aurore,

Quand, les pieds-nus lavés de rosée,

J’avance bienheureux dans les plaines densément vertes du Nord

Caressant du regard la rondeur placide des arbres,

Admirant les lignes fuyantes des collines !

 

Quand j’écoute, inspirant l’haleine envoûtante du vent,

Les voix du matin

Qui flottent et répandent leurs sonorités pures

Au cœur de la nitescence diaphane.

 

C’est ainsi que le monde palpable

Vient à moi si divers et riche

Pour me remplir de sa présence solennelle,

Pour abolir les enclos et les murs

Qui enferment les invincibles élans de mon âme !

Ô cet été infini endormi sur le cœur de la Terre !

Le souffle parfumé des pierres !

V.

 

Oui, Ange, c’est mon népenthès,

Le baume qui donne l’oubli de mes maux,

Moi le poète, l’ondoiement du zéphyr

Vêtu du voile léger des cantiques de lumière !

 

Et la nuit ralentit

Les flux et les reflux du sang de mes paroles !

 

Ange,

Tout est temps et tout redevient temps !

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, juillet 2017

Glose :

Igor Severianine (en russe : Игорь Северянин), né Igor Vassilievitch Lotarev (Игорь Васильевич Лотарев) le 16 mai 1887 à Saint-Pétersbourg (Russie) et mort le 20 décembre 1941 à Tallin (Estonie) est un poète, essayiste et traducteur russe.

Son père, Vassili Petrovitch Lotarev, est capitaine ingénieur militaire pétersbourgeois à la  retraite et époux de Natalia Stepanova Chenchine issue d'une famille noble qui avait compté parmi ses membres le grand poète Afanasi Fet et l’historien et homme de lettres Nikolaï Karamzine. Il choisit plus tard, pour signer ses écrits, le pseudonyme Severianine qui signifie « homme du Nord ». Sa mère et lui avaient aussi un lien de parenté avec Alexandra Kollontai, la première femme de l'Histoire contemporaine à avoir été membre d'un gouvernement et ambassadrice dans un pays étranger.

Gémellaire (adj.) : du latin gemellus, « jumeau ». Relatif aux jumeaux.

Saint ÉphremÉphrem le Syrien ou Éphrem le syriaque (en syriaque : ܐܦܪܝܡ ܣܘܪܝܝܐ, Afrêm Sûryāyâ ou Afrem Suryoyo ; en grec : Ἐφραιμ Συρος, Ephraim Syros ; en latin :  Ephraem Syrus), (né à Nisibe /actuelle ville turque de Nusaybin / vers 306 et décédé en 373 à Édesse / l'ancien nom de Urfa en Turquie, capitale d’Osroène), était un diacre syrien et un théologien dans la région de l'Assyrie. Les Églises catholique et orthodoxe le vénèrent comme un saint, et il est reconnu en tant que docteur de l'Église par l'Église catholique. Il est l’auteur de plusieurs hymnes et poèmes.

Le diacre Éphrem était chargé de l'École théologique de Nisibe lorsque surgirent les Perses. Il se réfugia avec ses élèves à Édesse, où il mourut. Il mena une vie de contemplation, qu'il a entretenue par une austérité extrême. C'est de cette flamme intérieure que jaillit ce lyrisme qui a fait de lui la « harpe du Saint-Esprit ».

Il est fêté le 28 janvier dans les Églises orthodoxes et les Églises catholiques orientales et le 9 juin dans le reste de l'Église catholique. De plus, il est fêté le 7e samedi avant Pâques dans l’Église syriaque orthodoxe, le 18 juin dans l'Église maronite et le 22 juillet dans l’Église copte orthodoxe.

Nitescence (n.f.) : du latin  nitescere « devenir luisant, se mettre à briller ». Terme soutenu pour désigner une forte lueur ou une chose qui brille avec éclat.

Népenthès (n.m.) : du grec ancien : νηπενθής, formé à partir du préfixe négatif νη- / nê, « non » et du nom πένθος / pénthos, « tristesse, chagrin ». Ce terme désigne chez Homère la boisson que Pâris donna à boire à Hélène après son enlèvement pour lui faire oublier son pays natal. Les femmes de la ville égyptienne de Thèbes passaient pour détenir le secret de sa composition.

Les apothicaires chimistes du xviie siècle, comme Joseph du Chesne, Jean Béguin ou Angelo Sala avaient l'habitude de nommer indifféremment Laudanum ou Nepenthes, une préparation à base d'opium. Exemple : Le Laudanum ou Nepenthes plus excellent que celuy d'Homere de Béguin est à base d’opium et de jusquiame (plante Hyoscyamus) « tirée selon l'art avec l'esprit de vin (eau-de-vie), rendu acide par l'esprit de vitriol (acide sulfurique) ou le soufre », de la teinture de safran et de corail, de l'ambre. (Livre : Tyrocinium chymicum, série de cours de chimie publiée en latin par Jean Béguin en 1610). Dans la pharmacologie « moderne », les pilules de népenthès contiennent de la jusquiame, de la myrrhe et de l'opium. L'opium est une préparation psychotrope obtenue à partir du latex du pavot somnifère.