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DESANKA MARKOVIC - français / anglais

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Desanka Maksimović

 

« Ô Christ ! Tu es Royaume Céleste, tu es terre des humbles, tu es demeure de ceux qui espérent en toi, tu es boisson parfaitement nouvelle, tu es le vêtement et la couronne des bienheureux, tu es la couche du repos des saints ! C’est à toi qu’appartient la glorification : Alléluia ! »

Prière de l’Église orthodoxe pour les morts

 

I.

 

Desanka, lucernaire du Verbe,

Toi qui t’es offerte en holocauste à la divine poésie,

Puisse des fleurs blanches orner ton éternel repos !

Puisse le peuple que tu as tant aimé respirer le parfum de tes larmes

Et boire, le jour de grande désolation, l’eau lustrale de tes vers !

 

II.

 

Comme l’écorce fatiguée des arbres tombe sous le souffle du vent,

Ainsi ton corps de lys léger s’est évanoui

Sous l’haleine odorante des anges

Pour libérer la brillante beauté de ton âme faite de lumière matinale.

 

III.

 

Ô lune, oiseau du ciel nocturne aux ailes couvertes d’étoiles,

Verse ta clarté liquide sur le sépulcre de celle

Qui a chanté les mystères de la splendeur de la vie.

 

Non, tu ne quitteras pas un soir de novembre ni ta maison

Ni ta patrie ensanglantée, accrochée au fer des croix

Et aux brûlants luminaires des églises.

Tu ne boiras pas la tristesse éternelle des exils !

 

Assises près des sources,

Tu parleras la chuintate langue des insectes

Et le dialecte enchanteur des mésange de ta rue.

 

« Maître de toute Bonté, que s’ouvrent à la défunte les portes ensoleillées du Paradis, que viennent à sa rencontre dans l’allégresse les assemblées des justes et des saints, la foule de ses proches et de ceux qui l’aiment, que se réjouissent pour elle tes Anges porteurs de lumière, qu’il voit aussi la Théotokos, là où résonne victorieusement : Alléluia ! »

IV.

 

À présent, la nuit est ta céleste verité, ta cathédrale primatiale

Que le vent de toute part, visage céleste du mouvement,

Garde en fidèle et bienveillant compagnon de ta séraphique solitude.

Le puits où viennent s’abreuver

Ta langue assoiffée de baisers,

Arrosera ton pur esprit, vastes jardins de mots cardinaux.

 

Ô colones vertébrales des routes,

Ne déchirez pas, en ce jour solitaire,

Le linceul mortuaire de la servante des Muses à l’endroit de son coeur !

 

V.

 

Plus de blandices, plus de pensées peccamineuses !

Comme les rois de France guérissaient,

En touchant de leurs mains ointes les écrouelles,

Ainsi tes poèmes, Desanka,

Soignaient les blessures de l’esprit de ton peuple

Et le ramenaient, sur la crête de tes mélodies,

Dans les chemins de la joie !

 

Comme les paroles de Sun Tzu, tes strophes suaves

Poussaient l’adversaire à renoncer

De lui-même à la bataille !

 

« Seigneur, Amour au-dessus de toute compréhension, prends pitié de ta  servante
pardonne l’infidélité de son cœur.
»

 

 

VI.

 

Desanka, ma soeur en poésie,

Écoute mon chant inspiré

Qui glorifie les suaves fruits de ton immortelle  mémoire

Et fais de la pulvérulence qui enveloppe à présent ta mort,

Une terre d’azur où bruissent les champs de blé

Et fleurissent, remplies de rosées, les douces clématites odorantes !

 

VII.

 

Ô sang de mon chant,

Nettoie le granit de la sainte croix

Qui veille sur son repos

Comme la vague rapide de la mer

Nettoie la face du littoral !

 

Fais circuler la lumière de sa pure gloire

Comme la clarté de ses mots circule d’une strophe à l’autre,

Comme le soleil, après avoir parcouru la voûte splendide du ciel

Se couche dans les grappes de la vigne !

 

Puisse ton nom, Desanka, prendre racine dans le sol fertile de l’espérance

Avec la candeur d’une certitude absolue !

 

Ô soeur, perpétue-toi à jamais

Dans le parfum printanier

De toutes les fleurs de la terre !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Haskovo, le 18 mai 2017

 

Glose :

Desanka Maksimović (1898-1993) : une des plus grandes poétesses et écrivaines serbes.

Desanka Maksimović a passé son enfance au hameau de Brankovina. Elle a suivi ses études secondaires à Valjevo puis des études supérieures à la faculté de philosophie de l’Université de Belgrade.

 

De 1923 à 1953, elle a enseigné langue serbe dans différents établissements, d’abord en tant que professeur au Lycée d’Obrenovac, puis au Lycée de filles de Belgrade.

Quand elle apprit que les soldats allemands tiraient sur l’école primaire de Kragujevac, elle écrivit le Conte de fée sanglant (Krvava Bajka), dans lequel elle exprima la terreur inspirée par les nazis. Le poème ne fut publié qu’à la fin de la guerre.

 

Sa poésie évoque l’amour et la patrie. Parmi ses meilleurs poèmes, on peut citer Anticipation (Предосећање), Le tremble (Стрепња), le Poème de printemps (Пролећна песма), Avertissement (Опомена), Dans la tempête (На бури), etc.

Elle a été élue citoyenne d’honneur de Valjevo et une statue la représentant a été érigée dans la ville de son vivant.

Le 17 décembre 1959, Desanka Maksimović a été élue comme membre associé de l’Académie serbe des sciences et des arts.

Desanka Maksimović est morte à Belgrade le 11 février 1993 à l’âge de 95 ans. Elle a été enterrée dans le village de Brankovina où elle a grandi.

Holocauste (n.m.) : du bas latin holocaustum, du grec holokaustos, de holos, entier, et kaustos, brûlé). Sacrifice religieux où la victime, un animal, était entièrement consumée par le feu ; la victime ainsi sacrifiée.

Lucernaire (n.m.) : première partie de l’office que les premiers chrétiens célébraient pendant la nuit du samedi au dimanche.

Porteur d’un cierge, d’un flambeau dans une cérémonie religieuse.

Lustral, lustrale, lustraux (adj.) : du latin lustralis. Qui sert à purifier.

Théotokos : le titre de Théotokos (du grec Θεοτόκος, « qui a enfanté Dieu »), ou de Mère de Dieu, attribué à la Vierge Marie, apparaît sous la plume de saint Alexandre d’Alexandrie en 325, l’année du Premier concile de Nicée vant celui, définitif, du concile d’Éphèse (431). Dans l'Église latine, le titre de Mère de Dieu est parfois rendu par déipare (de  Dei, « Dieu » et paro, « enfanter » - celle qui enfante Dieu.

Alléluia est, dans la liturgie juive et chrétienne, un mot exprimant l'allégresse des fidèles. Ce terme est utilisé lors de prières ou à la fin de certains psaumes.

 

Primatial, primatiale, primatoaux (aj.) : qui appartient au primat. Primat (n.m.) : titre attribué à certains prélats en vertu d'un privilège ou d'une primauté de juridiction pouvant s'exercer sur d'autres évêques ou archevêques et qui est de nos jours un titre purement honorifique attaché par tradition à un siège épiscopal.

Cardinal, cardinale, cardinaux (adj.) : du latin cardinalis, de cardo, -inis, « pivot ». Qui est fondamental, essentiel. En astrologie, se dit de chacun des signes équinoxiaux (Bélier, Balance) ou solsticiaux (Cancer, Capricorne).

Blandices (n.f.pl.) : du latin blanditiae. Charmes trompeurs.

Peccamineux, peccamineuse (adj.) : du latin peccatum, « péché ». Relatif au péché ; enclin au péché.

Pulvérulance (n.f.) : du latin pulverulentus, « couvert de poussière, poudreux »), lui-même de pulvis, pulveris, «  poussière ».

Clématite – Clematis (n.f.) : du grec klematisplante de la famille des Renonculacées qui comprend environ 30 espèces. Le nom « Clématite » provient du grec klématis, qui signifie « sarment » ou « branche ».

 

ENGLISH :

Desanka Maksimović

‘O Christ! You are the Celestial Kingdom, you are the land of the humble, you are the dwelling place of those who place their hope in you, you are the cup that is always renewed, you are the raiment and the crown of the blessed, you are the resting place of the saints! To you is all Glory: Alleluia!’

Orthodox Prayer for the Dead

 

1.

Desanka, torchbearer of the Word,

you who offered yourself as a sacrifice to divine poetry,

may white flowers grace your eternal rest!

May the people whom you loved so much breathe the fragrance of your tears

and, on the day of great desolation. drink the purifying waters of your verse!

 

2.

Just as the weary bark of a tree finally falls at a breath of wind,

so your body of lilies fell away

at the fragrant breath of the angels

to free the shining beauty of your soul made of morning light.

 

3.

O moon, bird of the night sky with wings covered in stars,

pour your liquid light on the tomb of the one

who sang the mysteries of life’s magnificence.

 

No, on a November night, you won’t flee your house

or your bloody homeland clinging to its iron crosses

and the burning lamps of its churches.

You will never drink the eternal sadness of the exile!

 

Sitting by springs,

you will speak the sibilant language of insects

and the magical dialect of the ordinary birds in your street.

 

‘Master of all Goodness may the sunlit doors of Paradise open to the deceased, may the congregations of the just and the saints, the crowd of her family and friends and those who love her come to meet her with joy, may all the angels, bearers of light, rejoice for her, may she see the Mother of God, in that place where can be heard a victorious “Alleluia!”’

 

4.

Now, the night is your celestial truth, your loftiest cathedral

which the roving wind, the celestial face of movement,

protects as the faithful and benign companion of your seraphic solitude.

The well where your tongue

comes to drink, thirsty for kisses,

will water your pure spirit, the vast gardens of the most vital words.

 

O vertebrae of the roads,

do not tear asunder, on this solitary day,

the mortuary shroud of the servant of the Muses there where her heart lies!

 

5.

No more honeyed words, no more sinful thoughts!

Just as the kings of France cured

the scrofulous by touching them with their anointed hands,

so your poems, Desanka,

tended the wounds of your people’s spirit

and returned it, on the crest of your melodies,

to the paths of joy!

 

Like the words of Sun Tzu, your sweet stanzas

made the adversary give up

the battle of his own accord!

 

‘Lord, Love beyond all understanding, have mercy on your servant, forgive the unbelief in her heart.’

 

6.

Desanka, my sister in poetry,

listen to this inspired song

that glorifies the sweet fruits of your immortal memory

and makes the haze of dust which now surrounds your death

into a land of azure where the fields of corn rustle in the wind

and where, heavy with dew, the sweet fragrant clematis grow!

 

7.

O blood of my song,

wash clean the granite of the holy cross

that watches over her rest

just as the swift waves of the sea

cleanse the face of the shore!

 

Make the light of her pure glory flow

just as the light of her words flows on from one stanza to the next,

just as the sun, after having crossed the wondrous vault of the sky

lies down among the ripening grapes!

 

May your name, Desanka, take root in the fertile soil of hope

with the innocence of absolute certainity!

 

O sister, may you live forever

in the spring fragrance

of all the flowers of the earth!

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges