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Adieu jardins luxuriants - français / anglais

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ADIEU JARDINS LUXURIANTS


I.

 

Ô cœur, prince des miracles, toi qui tires ta grâce du vide

Quand le taureau du vent fait frémir la terre et les fleuves !

Moment de joie secrète, sourires à la dérobée,

Mots dessinés avec un pinceau de cristal,

Prunelles pleine de prévenance pour ceux que je chéris

Et cette lumière vêtue d’indicible douceur

Qui rend encore plus profonde et plus pure la poésie !

 

II.

 

Mais qu’est-il arrivé à Nadia Anjuman,

Les palpitations de son âme dans la faste nuit afghane,

De la suavité de ses rêves éveillés,

Du délicieux tremblement de sa frêle poitrine.

 

Ô grande, ô libre solitude, solitude au goût de roses !

Elle n’a pas connu l’abîme de la tremblante vieillesse,

Elle qui a embelli la laideur dans ses mélodies

Faites de cette  transparente tendresse

Que seuls les anges connaissent !

 

Landais, seuls parfum d’aube !

 

III.


Ô éblouissante beauté, toi qui émerveille le cœur à tout âge,

J’aime mirer mon visage dans tes prunelles

Et pâlis quand ton éloignement

Commence à tisser ses voiles de haute nostalgie !

 

Enlace-moi, air, de tes bras généreux,

Sauve-moi de cette douleur qui est partout,

Dans les regards vagues, dans les sourires fanés,

Dans la chair palpable des mots !

 

Cette douleur de l’âme qui nous fait pleurer intérieurement !

Ô  grâce qui nous enveloppe et nous préserve des flèches du destin !

IV.

Vie navrante des poètes,

Vie qui s’en va calmement, vide et inaperçue

Sans se retourner, sans essayer de laver les larmes de nos faces.

Nous lassant nous abîmer dans le linceul du silence,

Fatalité et trahison de la lumière de l’univers !

Souffrance qui a forgé le diamant des vers !

 

V.

 

Viens, ô probe nuit, couvre de ton superbe entendement

L’empire triomphant de l’apparence !

Apporte-moi, dans le voile étoilé de ta voix de cristal

L’amour et l’adieu des jardins luxuriants !

 

Tant de vent entre moi et le monde,

Tant d’existences de rien pour rien !

 

Et les cicades qui parlent si haut ce matin !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 28 avril 2017

 

Glose :

 

Nadia Anjuman poétesse et journaliste afghane, née en 1980 et morte le 5 novembre 2005.

Entre 1996 et 2001, sous le régime des Talibans, elle fait partie d'un cercle clandestin de femmes étudiant la littérature sous la direction du professeur Nasser Rahiyab.

Par la suite elle s'inscrit à l'université et publie en 2004 un recueil de poèmes, Gul-e-dodi (Fleur rouge sombre) vendu à près de 3000 exemplaires, un best-seller dans ce pays.

Mariée, elle écrit dans un poème : « Je suis acculée derrière ces barreaux, pleine de douleur et de mélancolie » et « je suis une femme afghane et je dois gémir ».

Elle meurt le 5 novembre 2005 à l'hôpital d'Herat après avoir été battue par son mari. Ce dernier attendra quatre heures avant d'emmener sa femme à l'hôpital. La famille accepte de retirer sa plainte à condition que le mari purge une peine de 5 ans de prison. L'affaire est alors classée avec la mention "suicide". Le mari - qui a reconnu l'avoir battu sa femme mais non l'avoir tuée - fera un mois de prison. Il élève librement leur petite fille.

Sur les six femmes membres du cercle clandestin où étudiait Nadia Anjuman, quatre seraient encore en vie (juillet 2010).

Landais (n.m.) : petit poème afghan essentiellement œuvre des femmes.

 

 

 

Farewell Luxuriant Gardens

 

1.

O heart, prince of miracles, you who draw your grace from the void

when like a bull the wind makes earth and rivers quake!

Moment of secret joy, smiles by stealth,

words traced with a crystal brush,

eyes full of kind attention to those whom I hold dear

and this light clad in unutterable sweetness

making poetry even deeper and more pure!

 

2.

But what happened to Nadia Anjuman,

to the palpitations of her soul in the fortunate Afghan night,

the sweetness of her waking dreams,

the delicious trembling of her frail breast?

 

O great, O liberating solitude, solitude with the taste of roses!

She did not live to know the abyss of trembling old age,

she who made ugliness beautiful in her melodies

created from that transparent tenderness

which only the angels know!

 

Women’s poems, sole perfume of the dawn!

 

3.

O dazzling beauty, you who astound the heart at every age,

I like to see my face reflected in your eyes

and I grow pale when your absence

begins to weave veils of intense nostalgia!

 

Take me, air, into your generous arms,

save me from this sorrow that I find everywhere,

in vague glances, faded smiles,

in the palpable flesh of words!

 

This sorrow of the soul which makes us cry inside!

O grace which envelops us and preserves us from the arrows of fate!

 

4.

The heartbreaking lives of poets,

lives that progress calmly, empty and unnoticed,

without a backward glance, without stopping to wipe the tears from our faces,

leaving us to perish in the shroud of silence,

fatedness and the treachery of the light of the universe!

Suffering which forges the diamonds of poetry!

 

5.

Come, o honest night, cover with your splendid wisdom

the triumphant empire of appearances!

Bring me, in the starry veil of your crystal voice,

love and farewell from the luxuriant gardens!

 

So much wind between me and the world,

so many existences that come from nothing and have no purpose!

 

And the cicadas chattering so loudly this morning!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Samedi, 29 Avril 2017 16:36 )