Statistiques
Blogspot            ancien site - cliquer ici / old website - click here            Poetrypoem

Les larmes mirifiques - français / anglais

PDF
Imprimer
Envoyer

 

 

LES LARMES MIRIFIQUES

" Il faut que la vérité soit dite, le monde dût-il se briser en mille morceaux."

 

Johann Gottlieb Fichte

 

I.

 

D’étranges rangées de visages bien connus,

Disparus dans le silence poignant depuis des années

Viennent la nuit dans ma chambre, les bras levés vers le ciel !

 

La douloureuse effervescence des pensées et des songes

Se rit de moi derrière la tragique file d’attente de strophes non écrites !...

 

Mais j’ai la politesse d’être fidèle à moi-même !

Oui, c’est ainsi et ne peut être nullement autrement !

 

Jours saints de lumière, processions somptueuses,

Mers de lilacs  blancs, regards d’iris, mains cérémonieuses !...

Tout monte vers l’au-delà, tout devient souvenirs poignants !

Tout meurt mais ne meurt pas tout à fait

Mais dans le sang restent les cicatrices du passé

Profondes et béantes comme des abîmes.

 

 

II.

 

La flamme qui éclairait mes insomnies

S’est éteinte, et seules des ombres mauves se couchent sur mes paumes !

Et je vois la fine silhouette d’un haut clocher dans le brouillard du soir

Accompagner la douce lumière venue de ma lointaine enfance.

Là où tout était calme et sonore et Dieu était bonté et amour !

 

Ô paix dans la paix, clarté dans la clarté,

Silence qui tombe des étoiles,

Fleurs qui s’épanouissent en sourires !

 

III.

 

Des parfums d’onyx, de stacte et de galbanum emplissent

L’air que je respire et rappelle à mon âme solitaire la profondeur

De ses origines éthérées.  Alors mon cœur se met à battre très fort,

Et des larmes mirifiques jaillissent de mes prunelles

Et lavent le taciturne visage de ma vieille tristesse.

 

Je veux, Seigneur, je désire ardemment que le léger voile de la placidité

Recouvre mes blessures secrètes de sa suave délicatesse !

Seigneur, j’ai marché à côté de l’éternité

Et je ne l’ai pas aperçue !

Ô rêves terribles, ô choses amèrement insondables !

Lumière que les amants reçoivent en partage !

Privilège aristocratique de la constance pleine de hauteur !

 

 

IV.

Au secours imagination, au secours visions ailées,

Allez, envolez-vous, éloignez moi de moi-même.

Portez-moi d’infini en infini.

Ne me laissez pas regarder en arrière

Les statues de sable !

 

Ô éternité,

Seul support de l’homme !

Ô silence des âmes pures,

Ouvre la brèche dans le cœur du désespoir

Et laisse le passage libre à ceux qui réclament l’élection !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Le 30 mars 2017

 

Glose :

Johann Gottlieb Fichte (1762-1814) : philosophe allemand, théoricien idéaliste, penseur du politique de l’action morale.

Onyx (n.m.) : parfum antique.

 

Stact ou stacté (n. m.) : aromate précieux et très rare.

Galbanum (n.m.) ou férule gommeuse : plante herbacée vivace de la famille des Apiacées, originaire d'Asie centrale et occidentale. Sève résineuse de la férule gommeuse, dont on en faisait de l'encens.

 

Mirifique (adj.) : du latin mirificus, « merveilleux ». Qui fait qu’on s’émerveille.

Placidité (n.f.) : du latin placiditas,placiditatis. Calme, sérénité.

ENGLISH :

Tears of Wonder

‘The truth must be told, even if the world should shatter into a thousand pieces’

Fichte

 

1.

 

Strange rows of familiar faces,

lost for years in a heartbreaking silence

come into my room at night with arms raised to the sky!

Painful seething thoughts and dreams

mock me from behind poems waiting in line but still tragically unwritten!...

 

But I have the courtesy to remain loyal to myself!

Yes, that’s the way it is and there is no way it could be any different!

 

Holy days full of light, rich processions,

seas of white lilacs, iris-blue glances, ceremonious hands!...

Everything is ascending to the beyond, everything is becoming a poignant memory!

Everything dies but doesn’t die completely

for the scars of the past stay in the blood

deep and gaping as an abyss.

 

2.

 

The flame that lit up my sleeplessness

has been extinguished leaving only mauve shadows lying on my hands!

And I can see the delicate silhouette of a tall steeple in the evening fog

accompanying the soft light arising from my distant childhood.

Everything then was calm and sweet-sounding and God was goodness and love!

O peace within peace, light within light,

silence that falls from the stars,

flowers that bloom into smiles!

3.

 

The fragrance of onyx, oil of myrrh and galbanum

fill the air that I breathe and recall to my solitary soul the depth

of its ethereal origins. Then my heart begins to beat fast,

and tears of wonder spring from my eyes

and cleanse the taciturn face of my old sadness.

 

Lord, I wish, I desire ardently that the light veil of serenity

might cover my secret wounds with its delicate softness!

Lord, I walked beside eternity

and I could not see it!

Terrible dreams, things bitterly unfathomable!!

Light lovers are given to share!

Aristocratic privilege of a noble constancy!

4.

 

Imagination, please help me, help me winged visions,

go, take flight, distance me from myself.

Carry me from infinity to infinity.

Don’t let me look back to see

statues made of sand!

 

O eternity,

our only support!

O silence of pure souls,

open the breach in the heart of despair

and leave the way free for those who demand to be among the elect!

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges