Statistiques
Blogspot            ancien site - cliquer ici / old website - click here            Poetrypoem

La femme berbère - français / anglais

PDF
Imprimer
Envoyer

LA FEMME BERBÈRE

Congratulamini mihi omnes qui diligitis Dominum, quia cum essem parvula
placui Altissimo,

(Rendez grâces avec moi, vous tous qui chérissez le Seigneur car,

alors que j'étais toute petite, j'ai plu au Très-Haut)

 

I.

Silencieuse comme les roches

Qui se dressent au-dessus de sa tête,

Elle monte, haletante, essoufflée, la rude pente de la montagne,

Son visage de jasmin printanier,

Ses mains crevassées pleines d’innombrables soleils.

Elle, toute une douce dévotion

Devant sa vie laborieuse qui coule et jamais ne bouge.

 

Le vent froid emplit son cœur léger de cris et de couleurs

Et balance en se jouant de sa splendide chevelure le pesant fagot de bois

Qu’elle, fille du temps sans visage, porte sur son dos.

 

II.

Sinueux et mutique, gonflé d’un vague désir de variations,

Le sentier pierreux et tortueux

Accueille avec une joie secrète le bruit aigu que font ses pas.

 

Ses paupières plus dures que le silex des cimes

Ignorent les saintes luttes du cœur contre la solitude

Et les obscures fureurs des chagrins d’amour !

 

III.

Telle elle avance ! Son corps vigoureux se tord, sans frayeur,

Au bord même de l’abîme.

Le mystère de Dieu est d’une simplicité confondante pour son âme d’azur.

Oui, les esprits naïfs sont aussi vieux que la naissance du monde !

 

IV.

 

Elle vit, elle frissonne, elle vibre d’amour

Pour son magique foyer moiré de mille rêves !

Là, tout près du ciel, des enfants joyeux

Plus beaux que les anges candides de l’Atlas

Lui ouvrent leurs bras célestes et habillent son corps

De leurs soyeux sourires

Et de leur babil aussi sonore que le ruisseau qui coule à côté.

 

Leurs petits cœurs diaphanes,

Leurs têtes qui ont souvent la neige et la pierre pour oreiller

Savent déjà que seul l’espoir sans faille

Peut vaincre les ruses perfides de la misère.

 

V.

 

Elle entre, un nœud de fièvre dans sa poitrine,

Pose le bois par terre et allume le feu.

Les murs chétifs boivent la chaleur des flammes,

Le savoureux pain chaud fume dans ses mains habiles,

Ses mains, amies de la splendeur docile du soir.

 

Et c’est la joie à la pureté intacte qui envahit l’air

Et se confond avec la musique de la brusque nuit.

 

VI.

 

Puis c’est le silence fleuri des étoiles

Qui veillent du haut de la voûte veloutée des cieux

Sur l’innocent sommeil de tous ces corps

Effondrés sur la couche rudimentaire.

 

VII.

 

Ainsi s’effeuille de tristesse secrète et de joie lumineuse,

De deuil profond et de bonheur rapide,

Sa chair qui a porté le jour sur ses épaules

Et la limpide vérité dans ses prunelles.

 

VIII.

 

Un matin, la mort s’ouvre devant elle

Comme un palais de neige et d’azur,

Son corps se raidit et ses doigts effilés se changent en givre

Et c’est la sortie du temps sans sortie !

 

Ô âpre hébétude des âmes simples !

Ô antique sagesse de la désespérance !

 

IX.

 

Elle, la femme berbère, cette vague déferlante

De l’Être suprême dans le sang et la sueur des vies justes !

 

X.

Seigneur des vivants et des morts – murmure son âme –

Obtuli universa ! Obtuli universa !

 

Son âme radieuse, légère comme un songe printanier,

Vêtue d’une robe de lumière pure

Monte vers la transparence de l’éternité

Bercée par la chorale des esprits célestes

Entière et légère et débordante d’une paix absolue !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 17 février 2017

 

Glose :

Obtuli universa : expression latine de piété qui signifie « Je t’ai tout donné ».

 

 

ENGLISH :

The Berber Woman

‘Congratulamini mihi omnes qui diligitis Dominum, quia cum essem parvula placui Altissimo..’

(Rejoice with me, all ye who love the Lord, for when I was small, I pleased the Most-High)

 

1.

 

Silent as the rocks

high above her head,

breathing heavily, she climbs the rough slope of the mountain;

her face is the colour of spring jasmine,

her cracked hands speak of countless days beneath the sun.

She maintains a gentle piety

despite a life of toil that flows on but never changes.

The cold wind fills her light heart with cries and colours,

plays with her fine head of hair as it catches the heavy bundle of wood

she carries on her back, this faceless daughter of time.

 

2.

 

Tortuous and mute, swollen with a vague desire for any change,

the winding stony path

welcomes with secret joy the sharp sound of her footsteps.

Her eyes, harder than the flint of the mountain tops,

know nothing of the sacred struggles of the heart against solitude

and the dark raging sorrows of love!

 

3.

 

And thus she walks on! Her sturdy body passes with some effort but fearlessly

along the very edge of the abyss.

The mystery of God is disconcertingly simple to her azure soul.

Yes, innocent hearts are as old as the birth of the world!

4.

 

She lives, she shudders, she trembles with the love

for her magic home lit by the watered silk of a thousand dreams!

There, up close to the sky, joyful children

more beautiful than the artless angels of the Atlas mountains

open their heavenly arms to her and clothe her body

in their silken smiles

and their prattle like the babbling nearby stream.

Their little diaphanous hearts,

their heads that often have snow or stone for a pillow

already know that only unbroken hope

can outwit the treacherous wiles of misery.

 

5.

 

She enters, a knot of fever in her breast,

puts down the wood and lights the fire.

The thin walls drink the heat of the flames,

the delicious hot bread steams in her skilful hands,

hands that have befriended the mild splendour of the evening.

And joy with untainted purity floods the air

and mingles with the music of the rough night.

 

6.

 

Then the blossoming silence of stars

watches from the velvet arch of the heavens

over the innocent sleep of all the bodies

prostrate on the rudimentary bed.

 

7.

 

And thus secret sadness and luminous joy,

deep mourning and swift happiness,

fall like leaves from this woman of flesh and blood who carried the day on her shoulders

and the limpid truth in her eyes.

 

8.

 

One morning, death will yawn before her

like a palace of snow and azure,

her body will stiffen and her frayed fingers will turn to frost

and she will escape from time which allows no escape!

O the crude torpor of simple souls!

O ancient wisdom of despair!

 

9.

She is the Berber woman, the breaking wave

of the Supreme Being in the blood and sweat of the lives of the just!

 

10.

 

Lord of the living and the dead – murmurs her soul –

Obtuli univesa! Obtuli universa!

Her radiant soul, light as a spring dream,

dressed in a robe of pure white

climbs towards the transparency of eternity

lulled by the choir of heavenly spirits

whole and light and overflowing with absolute peace!

 

translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Note: Obtuli universa! I have given everything

Mis à jour ( Dimanche, 19 Février 2017 16:06 )