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Haletante romance (français / anglais)

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HALETANTE ROMANCE

 

«  Nuit sainte, qui fait luire sur les cœurs purifiés

une lumière telle que n’en a jamais répandu

le soleil pendant le jour ! »

Sylésius, Homélie

 

I.

 

Ils descendent, joyeux, les corps souples,

Baignés par la chaude espérance d’un sang adolescent,

Pleins de frissons d’une vague lumière

Et imbibés d’une entêtante odeur de seringas

La rue exaltée recouverte de pavés de granit rose,

Usés par les remous de l’Histoire,

Vers l’ondoyante liberté de la mer.

 

Leurs muscles extasiés par les vibrations du jour

Se tendent, cordes d’arcs, vers des plaisirs

Longtemps caressés le longue des nuits âpres et vides.

 

Leurs cœurs, haletant d’impatience,

Guidés par une obscure et rageuse sensualité,

Conjuguent en chants leur sang, déchirent en avançant l’air altier

Et font crisser d’enthousiasme les pierres lisses sous leurs pas juvéniles !

 

II.

 

Comme j’aurais aimé, enlacé par le vent païen

De ces dionysiaques journées,

Moi, heureux à la fois et triste visage d’une histoire millénaire,

Accompagner leur joie brutale,

La claire et festive naïveté de leur innocent transport,

L’exaltante, la magique étrangeté de leurs rêves,

La sauvage pluralité des désirs puissants en germe de leur chair !

 

Oui, partager, spontanément, en toute innocence,

Cet enjouement puéril,

Cette farouche et toujours printanière

Volonté d’être, cette invincible joie d’exister,

Ce triomphe éclatant de l’insouciante ignorance.

 

Faire partie de ces âmes fraîches,

Obscurément hantées par le pur souffle divin,

Là, dans l’immédiateté de l’instant

Et la viscérale proximité de l’eau !

 

III.

 

Des vieux, assis sur des bancs branlants en bois,

Avec leur lucidité désabusée

Et leur esprit enténébré, regardent, ravis, attentifs, bouleversés

Les vagues déferlantes

De cette virile jeunesse qui passe et rit en frôlant

Leur imagination vacillante.

 

Et ils se rappellent, en tremblant,

Leurs jours de soleils éteints,

Cette même rue diserte et ténébreuse

Au couleur de nuit et d’ébène,

Où, fiévreux, ils croisaient

Leurs mains et leur destin

Avec la fervente et candide pureté

Des jeunes filles des antiques quartiers.

 

Ô amour ! Ô toi force inextinguible

Qui, d’une main distraite et jamais fatiguée,

Tourne les pages cramoisies de l’Histoire !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Marrakech, le 4 février 2017

 

Glose :

Synésios de Cyrène, en grec ancien Συνέσιος, (vers 370 - vers 414 ap. J.-C.), est un évêque de Ptolémaïs (Cyrénaïque), épistolier, philosophe grec de l'école néoplatonicienne d'Alexandrie.

Synésios est né vers 370 à Cyrène dans la Pentapole (dans le nord de la Libye actuelle) de riches parents grecs qui prétendaient être des descendants des rois de Sparte. Il est éduqué à Alexandrie avec son frère Euoptios. Il y suit notamment les enseignements d'Hypatie. Il lui restera attaché jusqu'à la fin de sa vie, entretenant une correspondance assidue avec elle. Il adopte à ce moment la philosophie néoplatonicienne. Par ailleurs, il est l'ami de Théophilepatriarche d'Alexandrie et soutiendra la candidature du neveu de ce dernier, Cyrille d'Alexandrie, au patriarcat.

Il retourne dans la Pentapole où il assurera plusieurs fonctions officielles dont des fonctions militaires. En 399, il est envoyé en ambassade auprès du nouvel empereur de ConstantinopleArcadius. Il est chargé d'obtenir une diminution des charges pour la Pentapole. Son séjour dans la capitale de l'Empire et aux alentours durera trois ou quatre ans.

À son retour, avec la bénédiction du patriarche Théophile, il épouse une chrétienne d'Alexandrie avec qui il a quatre enfants, qui tous mourront avant lui.

De retour en Libye, il est pressenti pour le siège épiscopal de Ptolémaïs alors qu'il n'est (semble-t-il) encore que catéchumène (ce qui fut aussi le cas d'Ambroise de Milan). Malgré ses scrupules, il finit par accepter, sans toutefois renier ses convictions néoplatoniciennes, ni son mode de vie. Ses écrits témoignent de l'évolution de sa pensée.

La date de sa mort reste inconnue, elle est généralement estimée aux alentours de 414 parce qu'il ne semble pas avoir été au courant de la mort d'Hypatie, survenue en 415.

Hypatie d'Alexandrie (en grec ancien Ὑπατία / Hypatia) est une mathématicienne et une philosophe grecque d'Alexandrie.

ENGLISH :

 

Breathless Romance

‘Holy night, shining on purified hearts a light never seen beneath a daytime sun’

Synesius of Cyrene ‘Homily’

 

1.

Blithe and supple-bodied,

bathed in the warm optimism of their adolescent blood,

full of hazy anticipation

and drenched in the heady fragrance of seringas

they’re coming down the jubilant road paved in pink granite

worn down by the currents of History,

heading for the billowing freedom of the sea.

 

Ecstatic from the vibrations of the day, with muscles

tight as bowstrings, they’re ready for pleasures

to be enjoyed through long, raw, empty nights.

 

Breathless with impatience, their hearts,

guided by a dark and raging sensuality,

conjugate their blood in songs, rending the proud air as they walk on

to the enthusiastic shrieks of the smooth stones beneath their juvenile feet!

 

2.

How I would have loved, clasped by the pagan wind

of these Dionysiac days,

I, the face both fortunate and sad face of a thousand year history,

to tag along with their brute joy,

the gay uncomplicated naivety of their innocent rapture,

the exhilarating, magic strangeness of their dreams,

the savage plurality of powerful fleshly desires still in the bud!

 

Yes, to share, spontaneously, in all innocence,

this childish playfulness,

this wild and ever springlike

willingness to simply be, this invincible joy in existing.

this dazzling triumph of carefree ignorance.

 

To be among these youthful souls,

obscurely haunted by the pure breath of the divine,

just to be there, in the immediacy of the moment,

and the visceral proximity of water!

 

3.

Old people, on their rickety wooden benches,

with a lucidity born of disillusion

and a gloomy turn of mind, watch, delighted, attentive, shaken to the core

by the unfurling waves

of this virile procession of the young, laughing, running a tantalising finger over

their unsound imaginations.

 

Now their own sunny days are snuffed out,

trembling, they remember

this same street, dark and deserted,

the colour of night and ebony,

where once they feverishly folded

their hands and sealed their future fates

with the fervent and guileless purity

of girls from suburbs lost in time.

 

O love! Inextinguishable force

turning the crimson pages of History

with a thoughtless but untiring hand!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Dimanche, 05 Février 2017 21:18 )