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Miguel Henandez (français)

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Miguel Hernández

« Es sangre, no granizo,
lo que azota mis sienes.
Son dos años de sangre :
son dos inundaciones ».

(« C’est du sang, pas de la grêle,
Ce qui fouette mes tempes.
Ce sont deux années de sang :
ce sont deux inondations ».)

Miguel Hernández

I.

La tristesse a fait sur tes tempes

Son nid mortuaire ! Son nid de deuil violet !

 

Ah ce silence sépulcral saturé de sang

Dans une sombre maison aux rideaux déchirés

Où personne n’arrive à vivre ni à dormir !

II.

Non, Miguel de mes larmes, Ami de mon insomnie,

Non, je ne suis pas dupe,

Je sais que tu ne reviendras jamais,

Je sais que tu es mort !

 

Dans ton cœur, Miguel, ce vieux port fatigué,

Je viens abriter mes embarcations

Taillées dans le bois vivant des montagnes d’Espagne !

Barques légères pleine de promesses lourdes aussitôt oubliées !

III.

Ah, Miguel, toutes ces images des jours heureux

Que je feuillette la nuit,

Moi, consumé de lumière !

 

Ton village noir comme les olives mûres,

La cruauté de ton père où la colère court

Aux quatre coins de son corps  de fer !

IV.

Et toi, le sublime pastoureau,

Toi qui savais qu’il est bon de rire d’un rien

Qu’il est merveilleux de goûter

Au luxe somptuaire des livres

Où fleurissent, le jour de démence, des roses polaires !

 

Toi, Miguel, qui as lié ton destin

À l’arbre noueux de ta patrie,

Toi, le poète sacré,

Qui as sué eau, sang et encre,

Meurtri dans ta chair, écrasé dans ton âme,

Ton âme qui remonte à la surface

Des fleuves qui coulent dans chaque cœur !

 

Ô sanglantes tornades au fond de chaque mémoire,

Ô lumineuse noirceur !

Infinie nudité du visage et de l’être !

V.

Ce soir, Miguel de pleurs,

Je pense à toi, à toi, à toi

Mon frère frappé, subrepticement,

Par la dague aveugle

De la mort absurde

Et enseveli au bord de mes lèvres !

 

Le vent du crépuscule

Se précipite sur mes paupières

Et grave des courbes douloureuses

Sur les congères de mes larmes !

VI.

Ô mon poème,

Couvre la tombe de mon frère aimé de la clarté bleue

Des muscaris sauvages

Et de l’azur féerique des scilles de Sibérie !

Athanase Vantchev de Thracy

Glose :

Miguel Hernández Gilabert (1910-1942) : l'un des plus grands poètes et dramaturges espagnols du XXe siècle.

Membre d'une fratrie de sept enfants, dont trois meurent en bas âge, Miguel Hernández passe son enfance et son adolescence entre l'école et le troupeau de son père. Il lit beaucoup, malgré les persécutions d'un père despotique (qui ne viendra pas le voir sur son lit de mort, une vingtaine d'années plus tard). Durant la courte période où il est scolarisé, il a aussi l'occasion de rencontrer José Marín Gutiérrez, dit Ramon Sijé, qui jouera plus tard dans sa vie un rôle déterminant.

À 14 ans, il doit abandonner l'école pour aider son père. Cependant, son enthousiasme pour la littérature et la poésie l'incite à passer de longs moments à la bibliothèque, absorbé dans la lecture de l'œuvre des grands auteurs du Siècle d’or espagnol comme Cervantes, Lope de Vega, Calderón ou Góngora. Hernández continue à étudier sans maître et publie en 1929 son premier poème dans l'hebdomadaire local d'Orihuela El Pueblo. Un quotidien d'Alicante, El Día, le publie aussi à ses débuts.

En 1932, Hernández se rend pour la première fois à Madrid, sans grand succès. Mais lors de son deuxième séjour dans la capitale, il rencontre Pablo Neruda et Vicente Aleixandre.

En été 1936, quand la Guerre d’Espagne éclate, Miguel Hernández s'engage avec l'armée aux côtés des Républicains, avec le Parti communiste d’Espagne, et participe à la défense de Madrid, de l'Andalousie, de l'Extrémadure et de Teruel.

Le 9 mars 1937, il épouse Josefina Manresa, une femme de son village natal, dont il a un fils ; ce fils meurt prématurément en 1938. Hernández écrira aussi bien pour ce fils, comme dans Hijo de la luz y la sombra, que pour son deuxième, Manuel, né en 1939.

À l'été 1937, il prend part au 2e congrès international des auteurs antifascistes.

Le 1er avril 1939, Franco annonce la fin de la guerre ; Hernández essaie de fuir l'Espagne et de rejoindre le Portugal. Mais il est arrêté à la frontière par la police portugaise et remis à la Garde civile espagnole. Transféré de Huelva à Madrid, il y purge une partie de sa peine. C'est durant cette période qu'il écrit Nanas de la cebolla. (Il séjourne aussi dans une prison de Séville).

En mars 1940, il est condamné à mort, sentence commuée peu après en 30 ans d'emprisonnement. Mais Hernández, atteint de tuberculose, meurt le 28 mars 1942  dans la prison Reformatorio de Alicante.

Muscari (n.m.) : plante printanière de la famille des Liliacées à bulbes, de 10 à 60 cm de haut. Les Muscaris sont facilement reconnaissables à leurs fleurs de  couleur bleue, violette ou noirâtre, parfois blanche, petites clochettes ovoïdes à ouverture étroite, réunies en une grappes très serrée, dans laquelle elles sont presque soudées.

Les feuilles, longues (environ 20 cm) et étroites, un peu charnues, d'un beau vert, sont situées à la base de la plante. Elles apparaissent en général après l'inflorescence.

Scille (n.f.) : on appelle « scille » diverses plantes herbacées de la famille des Hyacinthacées. Ses fleurs sont bleues ou blanches.