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LUNDI (français / anglais)

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LUNDI

A Luis Arias Manzo

« Sur la table on avait posé

une tête en argile

aux murs on avait mis

des fleurs… »

 

   Miltos Sakhtoûris, La scène

 

Eloge à Mog Ruith,

Le Serviteur à la Roue,

Le vainqueur de Comac Mac Airt,

Le mélode magicien,

Le druide du soleil intérieur,

Le maître sublime de la harpe !

 

Gloire à Dagda, son suprême protecteur,

Le dieu des éclairs,

Le seigneur des mers

Et de tout l’univers obscur de l’au-delà, 

Le souverain possesseur,

Le roi bienveillant

A l’hospitalité digne d’un Alcinoos !

 

Ô Musicien de l’âme qui sait,

Unité amoureuse de la Beauté,

En mon sein étincelle une vive lumière,

Sur ma main d’humble aède gaulois

Sont peints les yeux du ciel immortel !

 

Mais, ô mon guide de clarté,

Je sacrifie aussi aux déesses grecques,

A la belle Elpis et à la grande Némésis,

Au pied de leurs statues

Qui se dressent côte à côte

Dans le temple ionique de mon cœur,

Je prie, noyé de larmes voluptueuses,

Saisi de ferveur extatique,

Chaque jour !

 

Chaque jour

Je me prosterne devant les déesses,

Pour que le chantre modeste que je suis,

N’espère plus qu’il ne lui soit permis !

 

Voici pourquoi,

Ô mes Amis qui vous riez

De mes sacrifices,

Tous les soirs,

Le toit de ma modeste demeure

Tremble et s’illumine
Et doucement s’élance vers

La rose, vers la chantante clarté

Des astres aux maisons innombrables !

   Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 23 juin 2008

Glose :

Luis Arias Manzo : un des plus grands poètes et écrivains contemporains chiliens, fondateur et secrétaire général du Movimento Poetas del Mundo, organisation qui regroupe plus de 2 000 poètes du monde entier.

Miltos Sakhtoûris (né en 1919) : poète grec. « Son œuvre, – écrit Michel Volkovich, l’excellent traducteur des poètes helléniques – l’une des plus admirée de ses cadets, est un cauchemar où la noirceur, la rudesse, le dépouillement des images finit par agir, étrangement, comme un exorcisme ».

Mog Ruith : dans la mythologie celtique irlandaise, Mog Ruith est un druide mythique. Il est surnommé le « Serviteur à la Roue » car, en tant que représentation du dieu Dagda, son attribut est la roue cosmique. Cette roue rend sourd quiconque l'entend, entraîne la cécité de celui qui la voit et tue ceux sur qui elle s'abat. Il a une fille, elle même « druidesse », Tlachtga. 

Mog Ruith apparaît principalement dans un texte intitulé Forbuis Droma Damhghaire (Le Siège de Druim Damhghaire). Ce texte raconte une expédition guerrière du Ard ri Erenn (Roi suprême d'Irlande) Comac Mac Airt contre la province de Munster qui ne paie pas le « Boroma ». Il s'agit d’un tribut en bétail que les rois de provinces doivent au Ard-ri. Les gens de Munster font appel au druide Mog Ruith, dont la puissante magie leur apporte la victoire. C'est l'un des druides les plus puissants de la mythologie, c'est aussi un guerrier qui a la particularité d'être « aveugle » ; la cécité est une qualité pour certains druides puisqu'elle leur confère le don de voyance. Sa résidence se nomme « Darbre » (ou « Dairbre »), ce qui signifie forêt de chênes.

Les premiers chrétiens irlandais en firent l'instigateur de l'exécution de saint Jean-Baptiste, afin de détruire sa réputation, preuve que le mythe était important.

Alcinoos : dans la mythologie grecque, Alcinoos (Ἀλκίνοος / Alkínoos) est le fils de Nausithoos et le roi des mythiques Phéaciens. Il accueille les Argonautes qui fuient de Colchide. À leur arrivée, il ordonne que si Médée est encore vierge, elle doit retourner vers son père. Jason et Médée consommeront rapidement leur mariage. Il accueille aussi Ulysse naufragé qui lui contera ses aventures et, malgré les menaces de Poséidon, Alcinoos l'aidera à repartir. Poséidon transformera le nouveau navire d'Ulysse en roc et bouchera ainsi le port des Phéaciens d'une montagne.

Elpis /ἐλπίς : dans la mythologie grecque Elpis était la personnification de l’espérance, fille de Nyx (la Nuit) et Pheme, la déesse de la rumeur. Elle était représentée en belle jeune fille, tenant des fleurs ou une corne d’abondance. A Rome, elle portait le nom de Spes.

Némésis : dans la mythologie grecque, Némésis (Νέμεσις / Némesis) est la déesse de la Vengeance. Le nom de Némésis dérive du terme grec νείμειν, signifiant « le don de ce qui est dû ». La mythologie romaine en reprend un aspect sous la forme de Invidia, soit « l'indignation devant un avantage injuste »

Le substantif « némésis » est employé en français par  antonomase pour désigner la colère ou la vengeance  divine.  En anglais, il désigne un châtiment mérité et inéluctable, voire un fléau ou une malédiction. Il peut également s'appliquer à une personne : un punisseur de torts ou un vengeur, ou bien un ennemi, un rival personnel.  Antonomase (n.f.) : en rhétorique, une antonomase est la figure de style par laquelle un nom propre (ou une périphrase énonçant sa qualité essentielle), est utilisé comme nom commun, ou inversement.

 

ENGLISH :

 

Monday

for Luis Arias Manzo

'On the table they had placed
a clay head
and there were flowers
on the walls'

Miltos Sachtouris,
The Scene

Praise to Mug Ruith,
the Slave of the Wheel,
conqueror of Cormac mac Airt,
Melode magician,
Druid of the Inner Sun,
sublime master of the harp!

Glory to The Dagda, his supreme protector,
god of lightning,
lord of the seas
and of all the dark universe of the beyond,
sovereign and all-powerful,
king so kind
his hospitality is worthy of an Alcinous.

O Musician of the knowing soul,
in whom beauty is united in love,
in my breast there sparkles a bright light,
on the hands of this humble Gallic minstrel
are painted the eyes of immortal heaven!

But O my luminous guide,
I also sacrifice to the Greek goddesses,
to Elpis and to the great Nemesis,
at the feet of their statues
which stand side by side
in the Ionic temple of my heart,
every day, drowning in voluptuous tears,
seized by an ecstatic fervour.

I pray!
Every day
I bow low before the goddesses,
so that I, modest bard that I am,
should not hope for more than is permitted!

That is why,
O friends who laugh
at my sacrifices,
every evening,
the roof of my modest dwelling
trembles and grows bright
and gently casts off towards
the rose, towards the lilting light
of the stars in their innumerable houses!

translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

June 2008