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AINSI LE POTIER

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AINSI LE POTIER

A Vladimir Naoumov

Ainsi le potier, mon cher Volodia,
En projetant ses mains vers l’infini,
Transforme la glaise rebelle
En vases splendides qui disent
Le tendre édifice et l’ample ravissement
De son âme fervente.

Ainsi, rangeant
Les grêles semences des mots,
L’un tendrement couché à côté de l’autre,
Fuyant l’exil des formes et
Leur substance rigide,
Brodant d’enthousiasme
Ses contes hallucinés,
Le scribe atteint l’essentiel
En toute humilité.

L’essentiel ! Voici le mot, Volodia,
Ce mot qui, par glissement subtil,
Déchire de son stylet d’azur,
Les vagues perceptions hardies
Et solipsistes du notre monde.

L’innocent caillou qu’une main distraite
Projette dans l’eau dormante,
Trouble sa surface et ride sa solitude
De milliers de cercles
Fuyant vers l’herbe des rives.
Comme lui, Volodia,
L’amour profond,
Lancé d’un cœur dans un autre cœur,
Gagne lentement, obstinément, doucement
Toute la surface du lac du sang.

Alors que tout ceci se fait et s’accomplit,
Les rêves discrets transforment nos plaies
En rossignols, en merles,
En chœurs de bleues cigales
Qui rendent aux arbres
La sève de leur naissance divine.

Et soudainement, c’est le soir !
La calme pureté d’une vie !
Et le refus de tout néant,
Refus, Ami, qui ennoblit nos bouches !

 Athanase Vantchev de Thracy

Paris, ce jeudi 29 juin, Anno Domini  MMVI

Je dédie ce poème à l’immense poète russe Vladimir Naoumov. Sa poésie est un ardent chapelet de déchirements du cœur, de cris de l’âme, de hurlements de l’être. Les cicatrices existentielles de ses poèmes donnent des vertiges. La beauté de sa langue appelle des jubilations extatiques.

Glose :

Solipsisme (n.m.) : de l’ancien adjectif solipse, lui-même du latin solus, « seul » et ipse, « même ». Doctrine selon laquelle le moi individuel dont on a conscience est toute la réalité, et que les autres moi n’ont pas plus d’existence indépendante que les personnages des rêves. Cette doctrine est fréquemment citée par les écrivains du XVIIIe siècle sous le nom d’égoïsme. Son initiateur est le docteur Claude Brunet. Brunet expose ses réflexions philosophiques dans son Journal de médecine (1686).

« Un quart de siècle avant Berkeley, un siècle avant les philosophes idéalistes allemands, Brunet – écrit L. Robinson dans son article Un solipsiste au XVIIe siècle (Année philosophique, XX, 1913) – tout en enseignant les principes de l’idéalisme moderne avec une netteté parfaite, se rapproche en même temps du solipsisme. Car notre auteur, basant tout sur le moi, paraît n’avoir pas encore suffisamment reconnu la différence entre le moi personnel empirique et le moi transcendantal ; et c’est précisément là, faut-il croire, ce qui l’a conduit au solipsisme ». Le solipsiste considère qu’il est le seul être réel au monde. Selon lui, toute l’existence est une expérience et il n’existe qu’un seul expérimentateur. 

Mis à jour ( Lundi, 25 Janvier 2010 21:32 )