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MEVLANA (français)

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MEVLANA 

« Ô Sham Tabrîzî ! Tu es le soleil caché dans les nuages des lettres.
Quand ton soleil s'est levé, se sont effacées les paroles.

Je suis devenu comme une prière par tant de prières que j'ai faites ;
Quiconque voit mon visage me demande de prier pour lui. »

            Mevlana,

            Ode mystiques

 

Amour, Amour, Amour ! Ô Maître de l’Amour,

L’extase dedans l’extase, l’esprit dedans l’esprit,

La bouche remplie de transe, le cœur évanoui

Parmi les mots sublimes ornant le flot des jours !

 

La souveraine Beauté et la Splendeur qui meut

Le cercle des planètes autour du vrai Soleil,

Musique des sphères cachées dans les prunelles qui veillent

Sur l’univers touché par toi, ô Grâce des Cieux !

 

Îsâ, Dhû-l-nûn, Adham, Muhammad, Ghazâli,

Muhâsibi, Hallâj, al-Bistâmi, Mûsâ

Et toi, Ami des âmes, ô tendre Mâwlânâ,

 

Ta langue suave plantée au cœur du Paradis !  

La chair brisée, je bois le fleuve de tes poèmes

Et de nouveau je vis, respire, souris et aime !

                    

            Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce dimanche 22 juillet 2007

Glose :

Jalâl al-dîn Rumi ibn Bahâ al-dîn Sultân ‘ulamâ’ Walad ibn al-Husayn, connu sous l’appellatif Mâwlânâ, « notre maître », en turc Mevlana (1207-1273) : soufi, fondateur de la confrérie, toujours célèbre, des Mavlevis et auteur de poèmes mystiques en persan, qui devint le saint patron de la ville de Konya où se trouve son mausolée.

Né à Balkh au Khorostan (auj. province de l’Iran) dans une famille de prédicateurs, Jalâl al-dîn avait quitté l’Iran tout jeune, à la suite de différents que son père aurait eus avec un Khwarezmchah protecteur du fameux théologien et exégète Fakhr al-dîn al-Râzi, Abû ‘Abd Allâh Muhammad ibn ‘Umar ibn al-Husayn (1149-1209), défenseur du sunnisme. Il suivit les siens dans le territoire des Seldjukides de Roum, d’abord à Akşehir, Erzincan, Larende et enfin Konya où son père, appelé par le souverain turc Kaykobab Ier, mourut en 1231 ou1932. Lui-même continua de résider dans cette ville, faisant quelques d’études en Syrie.  Après avoir parachevé sa formation auprès de divers soufis, il eut, à partir de sa rencontre capitale avec le mystérieux soufi errant, Shams al-dîn Tabrîzî en 1244, des expériences d’extase qu’il exprima sous une forme poétique dans des pièces amoureuses, notamment les ghazals de son dîwân (recueil de poésies), dédié à son maître spirituel Shams al-dîn Tabrîzî. Outre les mystères que ce personnage énigmatique lui révéla, il lui enseigna également la danse mystique. Mevlana exposa sa doctrine dans son œuvre didactique adressé à ses disciples et désigné sous le nom de Mathnawi  (25 000 vers). Il faisait connaître ce qu’il estimait être le sens caché du Coran tout en s’appliquant à traduire par la danse les élans de sa piété mystique et de son émotivité amoureuse. En 1247, Shams, son maître bien-aimé, disparut. D’aucuns affirment qu’il fut assassiné par des gens qui le jalousaient.

La mort du Maître inspira à Mevlana le sema, ou la danse des derviches tourneurs, une sorte de manifestation spontanée d’émotion et de douleur. Mevlana mourut le 17 décembre 1273.  Aujourd’hui le sema est exécuté lors de fêtes commémorant la mort du Maître le 17 décembre de chaque année à titre de spectacle et non de cérémonie religieuse. Mevlana eut pour successeurs un de ses disciples, puis son fils, Sultan Walad, qui donna à la confrérie son organisation définitive et en souligna l’originalité en insistant sur l’aspect émotionnel et esthétique qu’y recevait la recherche de l’extase, par audition de musique et surtout par le recours à des cérémonies de danse, régulières et solennelles.

Les oeuvres de Jalâl al-dîn n’ont pas été étudiées de façon approfondie. Il ressort cependant de leur lecture rapide que Jalâl al-dîn n’adhère pas au monisme adopté par certains mystiques de son temps. Il affirme en effet la transcendance de Dieu par rapport à la réalité qui s’ordonne de façon progressive et l’homme comprend non seulement un corps et une âme, mais un esprit et même éventuellement un esprit plus « profond » qui participe à la révélation et qui est le propre de la sainteté du wali et de la prophétie.

La pensée de Mevlana exerça une très grande influence sur la littérature, la musique et l’art. Pour lui, le but essentiel d’une vie est de rejoindre  l’existence divine. La recherche de Dieu, ou recherche de l’unité, est d’ailleurs au centre de l’Islam. On peut y accéder  par la mort ou par l’amour de tout ce qui existe, puisque tout le monde est reflet de Dieu. Aimer l’humanité, c’est aimer Dieu. Par l’amour on atteint l’être absolu. C’est ce que tous les mystiques, musulmans ou chrétiens, appellent l’« anéantissement en Dieu ». 

Peu importe le chemin suivi pour rejoindre Dieu : chrétiens, bouddhistes, musulmans, juifs ont le même Dieu.  Mevlana et plusieurs sultans seldjoukides avaient épousé des femmes d’origine chrétienne qui restaient libres de conserver leur religion. L’appel de Mevlana s’adresse à tous : « Viens, qui que  tu sois, croyant ou incroyant, viens, c’est ici la demeure de l’espoir. » Cette attitude œcuménique trouve sa place dans le monde turc qui a toujours fait preuve d’une extrême tolérance dans le domaine religieux. 

Le sema, la danse sacrée des derviches tourneurs, s’exécute dans le  Semahane (salle de danse). Le derviche est vêtu d’une longue tunique blanche, couleur du deuil pour la mort, et d’une toque cylindrique en poil de chameau, symbole de la pierre tombale. La main droite levée vers le ciel, il recueille la grâce divine qu’il transmet à la terre par la main gauche tournée vers le sol. Il pivote sur le pied gauche en traçant un cercle au tour de la piste   pour parvenir à l’extase qui lui permettra de s’unir à Dieu. La danse est une prière, un dépassement de soi qui mène à l’union suprême avec Dieu. Elle reproduit la rotation des planètes au tour de soleil. Le cercle est également le symbole de la Loi religieuse qui embrasse la communauté musulmane toute entière et ses rayons symbolisent  les chemins menant au centre où se trouve la Vérité Suprême, le Dieu unique qui est l’essence même de l’Islam.

Monisme (n.m.) : doctrine adoptée par certains représentants de la  falsafa et du soufisme, qui consiste à affirmer l’unité de l’existence ou wahdat al-wujûd, tout en niant l’existence d’êtres distincts de Dieu seul Existant.

Il résulte de cette doctrine que tous les êtres participent à l’Existence de Dieu et n’ont d’existence que par lui. Illustrée par une école de soufis parmi lesquels le plus célèbre est Ibn al-‘Arabi, elle fut néanmoins considérée comme contraire à l’unicité et à la transcendance divine. Parmi les docteurs musulmans qui la critiquèrent violemment au XIVe siècle, figure le hanbalite Ibn Taymiya qui affirma son hostilité aux thèses d’Ibn al-‘Arabi.

Falsafia : nom arabe de la philosophie pratiquée, dans le monde arabo-islamique du Moyen Âge, par des personnages qui étaient considérées le plus souvent avec méfiance par les milieux religieux et que désignait le terme faylasûf (pl. falâsifa) transcrivant le mot grec philosophos.

Îsâ : le nom de Jésus dans le Coran.

Jonas ou Yûnus ibn Muttay ou encore Dhû l-nûn : personnage biblique mentionné dans le Coran comme un prophète ou nabi précurseur de Muhammad. Objet d’une sourate tout entière consacrée à son histoire, la Xe ou sourate de Yûnus, mentionné ailleurs dans le Livre à quatre reprises dont deux fois sous d’autres noms tels Sâhib al-hût « l’homme au poisson » et Dhû l-nûn, le Jonas biblique tient une place particulièrement importante de messager de Dieu.

Ibrâhîm ibn Adham, Abû Ishâq al-‘Ijli, connu aussi sous l’appellation d’Ibn Adham (vers 737-777 ap. J.-C.) : ascète et soufi célèbre d’origine arabe, dont la vie errante, enrichie de nombreux traits légendaires, se termina sans doute en Syrie. Cette personnalité généreuse avait marqué, pour toute la tradition ultérieure, la première étape des courants mystiques apparus au début de l’époque abbasside : on attribue à son exemple, et non à un enseignement dont aucun écrit ne subsiste, le rôle essentiel qu’il aurait alors joué. Des anecdotes et des récits biographiques tardifs, aujourd’hui largement répandus en persan et ourdou par exemple aussi bien  qu’en arabe, ont contribué à divulguer la réputation d’Ibrâhîm ibn Adham et façonnèrent son image pour l’édification des membres des confréries du bas Moyen Âge.

Né à Balkh au Khorossan, dans un milieu princier, il en aurait abandonné les avantages pour gagner pauvrement sa subsistance par le travail de ses mains et pour prendre part à des expéditions guerrières de jihad sur la frontière arabo-byzantine, mettant en pratique toutes les formes de renoncement et de bonté envers autrui. L’étendue de la vénération qui entoura bientôt son souvenir apparaît dans les tombes diverses qu’on lui attribua ; parmi elles, celle de Jéblé, au nord de la côte syrienne, reste marquée par un sanctuaire, enrichi sous les Mamlouks, qui fut objets de visites pieuses ou ziyâra au moment de l’essor du « culte des saints et mentionné dès le XIIe siècle dans le Guide d’al-Harawi.

 

Muhammad (570-632 ap. J.-C.) : le Prophète fondateur de l’Islam.

Al-Ghazâli, Abû Hâmid ibn Muhammad al-Tûsi (1058-1111 ap. J.-C.) connu en Occident sous le nom d’Algazel : mystique, théologien et juriste qui fut l’un des penseurs les plus remarquable de l’islam médiéval et à qui on doit en particulier d’avoir réconcilié soufisme et orthodoxie après les soubresauts qu’avait provoqué l’exécution d’al-Hallâj en 922.

Né à Tûs au Khorossan, non loin de l’actuelle Mechhed, al-Ghazâli avait étudié le fiqh (droit musulman) dans cette ville, où il fut l’élève d’al-Juwayni appelé l’imâm al-Haramayn, ainsi qu’à Jurjân et à Nichapour avant de se rendre, en 1091, à Bagdad où il tint bientôt un rôle de professeur. De là, il se décida brusquement à partir pour la Syrie et la Palestine, séjournant principalement à Damas, accomplissant aussi le pèlerinage à la Mecque et visitant Médine avant de grouper autour de lui un nouveau cercle d’enseignement à Nichapour et de se retirer finalement dans sa ville natale de Tûs où il mourut dans le « couvent » ou khânqâh qu’il avait dirigé.

Personnage emblématique dans la culture musulmane, il évoque le mysticisme le plus soutenu. Al-Ghazâli eut une formation philosophique très poussée; il écrivit un essai tentant de résumer la pensée des grands philosophes musulmans : Al-Kindi (vers 800 – vers 870), Rhazès ou al-Râzi (865 – 925),  Al-Fârâbi (872 – 950), Ibn Sînâ (Avicenne) – (980 – 1037), etc. Déçu dans sa recherche d'une vérité philosophique finale, il s'orienta vers un mysticisme profond refusant toute vérité aux philosophes et les accusant d'infidélité. Dans son ouvrage Tahafut al-Falasifa (L’Incohérence des philosophes), il montre, par la méthode même des philosophes, qu'il maîtrise extrêmement bien du fait de ses études, que les philosophes n'aboutissent qu'à des erreurs, condamnables car contredisant la Révélation. La critique vise principalement l'aristotélisme d'Avicenne. Il sera un siècle plus tard encore critiqué par Averroès (Ibn Rushd – 1126 – 1198).

L’œuvre principale d’Al-Ghazâli demeure son traité Ihyâ’ ‘ulum al-dîn (Revivification des sciences religieuses). Divisée en quatre parties, consacrées respectivement aux pratiques du culte, aux coutumes sociales, aux vices, causes de perdition et aux vertus conduisant au salut, cette œuvre n'apporte rien de fondamentalement nouveau, mais on trouve dans ses quatre volumes et ses quelque 1500 pages l'essentiel de la pensée islamique religieuse du Moyen Âge, sous une forme à la fois exhaustive, claire et simple qui explique la place unique qu'elle occupe dans l'histoire de la pensée islamique.

Muhâsibi, Abû ‘Abd ‘Allaâh al-Hârith ibn Asad (vers 781-857 ap. J.-C.) :  mystique irakien de la première époque des Abbassides, dont la tombe est vénérée à Bagdad et qui laissa plusieurs écrits lui ayant assuré un rôle de premier plan dans la naissance du soufisme. Né à Basra (Bassorah), ce pieux personnage dut son surnom à l’importance qu’il donnait à la pratique de l’ « examen de conscience » ou muhâsaba. Il était venu très tôt dans la capitale irakienne et il y passa la majeure partie de sa vie, dont on ne sait rien.  Son enseignement suscita une certaine opposition de la part des théologiens et homme de religion sunnites tels que le célèbre Ahmad Ibn Hanbal (780 855).

Les positions d’al-Muhâsabi ont permis de le compter au nombre des soufis « raisonnables ». Pour lui, la première étape de la vie religieuse reste le combat mené contre les passions et les vices tels que le plaisir, l’hypocrisie, l’orgueil et la négligence, combat conduit par la raison qui agirait comme une sorte d’organe inné permettant la connaissance. La deuxième étape est l’acquisition des vertus et la préparation de soi-même à la résurrection, par le moyen d’une réflexion que complètent les pratiques de la Prière et du dhikr dans l’invocation des noms divins. La troisième enfin de ces étapes est celle de l’amour pour Dieu, qui permet à la créature de devenir « amie » de Dieu, à l’image d’Abraham/Ibrâhim l’Ami.

Dhikr ou « remémoration » : terme arabe désignant une forme de prière individuelle ou collective caractéristique des pratiques cultuelles des soufis et ayant entraîné l’utilisation, fréquente dans la société musulmane, d’une sorte de chapelet, le tasbîh.

Al-Hallâj, Abû l-Mughîth al-Husayn ibn Mansûr ibn Muhammad al-Baydâwi (858-922) : le plus subtil des mystiques du soufisme, auteur d'une œuvre abondante tendant à renouer avec la pure origine du Coran et son essence verbale.

Sa poésie est considérée, encore aujourd'hui, comme une hérésie par de nombreux islamistes, alors qu’il s'agit en fait d'une recherche de l'Absolu. Son approche du texte coranique est liée à l'essence des lettres dont il préconise qu'elles sont l'expression même de la pensée divine. C'est à Louis Massignon que l'on doit la redécouverte, en Islam, des textes oubliés d'al-Hallâj, dont il fut le premier traducteur.

Né vers 857 près de Tur, petite ville de l’Iran du Sud, son grand-père, selon la tradition, était un zoroastrien et descendait d’Abû Ayyûb al-Ansâri ( ?-672), un des Compagnons du Prophète. Son père vint travailler dans la ville de Wasit en Irak et se lança dans le commerce de la laine. Al-Hallâj signifie : le cardeur de laine. C’est à Wasit que le jeune poète fit ses études. Pour le peuple, al-Hallâj signifia bientôt « cardeur des cœurs ».

Mécontent de l'enseignement traditionnel du Coran, et attiré par une vie ascétique, al-Hallâj fréquenta des maîtres du soufisme comme Sahl at-Tustari qui vivait seul à Tustar dans le Kazakhstan, 'Amr ibn ‘Uthmân al-Makki et al-Junayd, Abû l-Qâsim ibn Muhammad al-Nihâwandial.

Al-Hallâj épousa la fille du maître soufi Abû Ya’qûb al-Aqtâ’. Il devint prédicateur en Iran, puis en Inde et jusqu’aux frontières de la Chine. Rentré à Bagdad, il fut suspecté aussi bien par les sunnites que par les chiites pour ses idées mystiques (recherche de l’amour divin et de l’union de l’âme et de Dieu) et son influence sur les foules. Il fut faussement accusé d'avoir participé à la révolte des Zanj, mais sa condamnation proprement dite résulta principalement d'une accusation d'apostasie. Il fut condamné à mort et supplicié (crucifié) à Bagdad le 27 mars 922.

Oeuvres : Diwan, poèmes traduits et présentés par Louis Massignon, éd. du Seuil, 1955 ; Poèmes mystiques traduits et présentés par Sami-Ali, éd. Albin Michel, 1998.

Al-Bistâmi, Abû Yazîd Tayfûr ibn ‘Isâ’ (? – 877 ap. J.-C.) : Mystique iranien de la première période des Abbassides, qui vécut à Bistam où sa tombe est toujours vénérée et qui cristallisa, dans certains de ses propos, une tendance du soufisme considérée comme la plus dangereuse aux yeux des juristes musulmans.

A ce futur saint (wali) du Khorossan, que la piété des Ilkhanides (dynastie mongole – 1260-1353) révéra plusieurs siècles après sa mort en enrichissant son mausolée de nombreuse constructions annexes, sont attribuées diverses maximes, touchant l’union mystique, que ses disciples recueillirent, transmirent, commentèrent et qu’un autre célèbre soufi, le bagdadien al-Junayd, traduisit du persan en arabe. Ces formules hardies, qu’al-Bistâmi devait peut-être lui-même à l’initiation de son maître iranien Abû ‘Ali al-Sindi consacrent la majestueuse grandeur de la créature totalement identifiée à Dieu par dépouillement de son moi, atteignant de ce fait même une fusion avec l’unicité et l’ipséité divines que l’on peut comparer à l’interprétation mystique de l’incursion de Muhammad dans le monde suprasensible au moment de son ascension nocturne ou Mi’râj.

Mûsâ (Moïse ou Mosché), plus précisément Mûsâ ibn ‘Imrân qualifié de Kalîm Alla^h ou « celui qui parle à Dieu » (XIIIe siècle av. J.-C.) : personnage biblique souvent mentionné dans le Coran comme un prophète ou nabi et un envoyé de Dieu, précurseur de Muhammad.