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Abdellatif Laâbi (français / anglais)

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ABDELLATIF LAÂBI

« Quel est le feu qui donne à boire au feu »

Léo Norge

 

Il y a un sentier, Abdellatif, qui mène

De notre cœur en larmes

Aux hésitantes couleurs

D’un paysage intimement nôtre !

 

Là, sous les regards émus

Des frênes amoureux,

Le soir passe près de nous et nous abandonne

Aux antiques magies de la nuit pure.

 

Par ce sentier, Abdellatif,

Par ses petites fleurs champêtres

Nous vivons, nous respirons,

Nous sommes définitifs !

 

Là, soudain, une élyséenne clarté

De tropes se rue

Sur la bleue quiétude de nos corps hallucinés.

 

Et nous savons brusquement

Que rien ne finit jamais,

Que rien n’est mensonge ou songe éphémère,

Que tout apporte à l’essence du monde

Son essence !

 

Alors, nous voulons pour épitaphes

Sur nos tombes,

Le doux poème d’un brin de muguet,

La fascinante calligraphie

Des voix transparentes des mésanges

Et la musique vibrante

Des noms de nos aimées de toujours !

 

Ah, quand vous viendrez dans votre règne, Seigneur,

Pensez à nous, vos modestes amis et glorificateurs !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 1er novembre 2013

 

Glose :

Abdellatif Laâbi (né à Fès en 1942) : écrivain, poète et traducteur marocain. Il fonde en 1966 la revue Souffles qui joue un rôle considérable dans le renouvellement culturel au Maghreb. Son combat lui vaut d'être emprisonné de 1972 à 1980. Il s'exile en France en 1985. Il reçoit le Prix Goncourt de la Poésie en 2009 et le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française en 2011.

Léo Norge (né le le 2 juin 1898 à Molenbeek-Saint-Jean (Bruxelles) – mort le 25 octobre 1990 à Mougins (France) - pseudonyme de Georges Mogin) : un des plus importants poètes belges francophones.

ENGLISH :


Abdellatif Laâbi

 

‘What is the fire that feeds the fire’s thirst?’

 

Léo Norge

 

There is a path, Abellatif, that leads

From our tearful hearts

To the shimmering colours

Of a landscape intimately ours!

 

There, beneath the feeling eyes,

Of amorous ash trees,

Evening passes close to us and abandons us

To the ancient black arts of pure night.

 

By this path, Abdellatif,

By these small country flowers,

We live, we breathe,

We are made definitively ourselves!

 

There, suddenly, tropes of an

Elysian clarity fling themselves

Upon the blue quiet of our hallucinated bodies.

 

And suddenly we know

That nothing is ever finished,

That nothing is a lie or a fleeting dream,

That everything brings its essence

To the essence of the world!

 

And that is why  we want as epitaphs

Upon our gravestones,

The sweet poem of a sprig of lily of the valley,

The charming calligraphy

Of the transparent voices of blue tits

And the resonant music

Of the names of our for ever beloveds!

 

Ah, when you come into your reign, Lord,

Think of us, your modest friends and glorifiers!

 

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges