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STATUE D'ANTINOÜS (français)

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STATUE D’ANTINOÜS

A Antoine Beck

« Le Bien est ce qu’on désire, le Beau est ce qu’on goûte »

            Denys le Chartreux

Heureuse la Bithynie où naquit le dieu
De l’infinie Beauté, suave comme l’âme des roses,
L’enfant de lumière qui rend sublimes les choses
Qu’il touche de son regard  profond et lumineux.

Heureux l’empereur divin, le maître absolu
Du monde capricieux que Rome pacifia
Qui adora l’éphèbe et tendrement pleura
Sa mort terrifiante, son corps d’eau jaune vêtu.

Dis, dis-moi, ô âme, pourquoi ce suicide
Sous les candides cieux de l’immortelle Egypte,
Pourquoi ce dur silence, sombre comme une crypte

Où seul mon cœur vient verser des larmes limpides ?
En vain mes doigts caressent les traits délicieux
Figés dans le silence du marbre somptueux !

            Athanase Vantchev de Thracy

A Paris, ce dimanche 25 mars, Anno Domini MMVII

Glose :

Antinoüs naquit en Bithynie (province d'Asie mineure), à Bithynium-Claudiopolis, vers 110 ap. J.-C. L’empereur Hadrien, le plus cultivé de tous les empereurs romains, le rencontra lors de l'un de ses nombreux voyages en Asie, probablement en 123. Le jeune éphèbe devint rapidement un favori du maître du monde antique. Le 30 septembre 130, il trouva la mort noyé dans le Nil de la région d'Hermopolis. Les circonstances de sa disparition sont restées mystérieuses. Plusieurs hypothèses ont été avancées :

  • simple accident : version officielle rapportée par Ælius Spartianus dans sa Vita Hadriani (Histoire Auguste). Ælius Spartianus est, selon la tradition, l'un des six écrivains de l'Histoire Auguste, auteur de la vie de nombreux empereurs, dont Hadrien et Caracalla. D'après ses écrits il aurait vécu sous Dioclétien et Constantin Ier.
  • assassinat politique : hypothèse peu probable dans la mesure où le jeune homme avait peu d'influence politique ;
  • suicide rituel, dans l'espoir de prolonger la vie d'Hadrien.

Hadrien fut très affecté par la mort de son favori. De leur côté, les Égyptiens divinisèrent le jeune homme  car ils voyaient dans les noyés du Nil les serviteurs d'Osiris. Une ville fut même fondée sur le fleuve du nom d’Antinoupolis. Hadrien lui éleva un temple somptueux à Rome et encouragea le développement de la nouvelle religion en multipliant les œuvres d'art à l'effigie du jeune homme. Les Grecs reconnurent également en Antinoüs un avatar d'Hermès. En 131–132 furent fondés les Antinoeia, jeux réservés aux éphèbes mêlant épreuves gymniques et concours musicaux. On distinguait les Antinoeia « de la ville », c'est-à-dire Athènes, et ceux d'Éleusis. À Rome, le culte fut reçu plus froidement, mais finit par s'implanter. Ce fut le dernier grand culte introduit avant l'arrivée du christianisme.

Antinoüs nous est surtout connu aujourd'hui par les nombreuses sculptures à son image, sorte de personnification de la Beauté idéale. On peut citer :

  • la statue colossale d'Antinoüs avec les attributs de Dionysos-Osiris au Vatican
  • le buste en marbre du musée de l'Hermitage à Saint-Pétersbourg
  • le bas-relief d'Antinoüs avec les attributs de Dionysos au palais Massimo dalle Terme à Rome
  • l'Antinoüs Albani des musées capitolins à Rome
  • l'Antinoüs avec les attributs d'Aristée au musée du Louvre à Paris.
  • l'Antinoüs égyptien portant un nemes surmonté de l'uræus, au musée du Louvre
  • statue de culte d'Antinoüs, œuvre de l'époque d'Hadrien (117-138 ap. J.-C.) au musée de Delphes

La vie d’Antinoüs avec Hadrien est racontée dans le roman de Marguerite Yourcenar, Les mémoires d'Hadrien. La vie du jeune homme a également inspiré le recueil de poèmes Antinoüs à Fernando Pessoa. L'œuvre du Louvre, aux paupières vides, est au centre du roman de Jean Lorrain, Monsieur de Phocas.

Denys le Chartreux (vers 1402-12 mars 1471) : religieux rhénan de l’ordre de saint Bruno, faisant partie des moines de la Chartreuse de Bethlehem Mariae à Ruremonde (Allemagne), une des plus lumineuses figures du XVe siècle. Il n’est pas un historien qui puisse sérieusement aborder la question de la pensée catholique sans évoquer ce grand mystique et théologien qu’on a souvent appelé le dernier des scolastiques. Son œuvre est colossale. Christophe Bagonneau, enseignant de l’Université de Lyon II, a réuni dans un recueil des textes choisis, traduits et publiés par le très discret Dom Jacques Morice de la Chartreuse de Paris à la fin du XVIe siècle.