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Aimé Césaire (français / anglais)

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Aimé Césaire

I.

Tu nous es venu de la mer millénaire des Kali’nas,

Toi, Aimé de nos cœurs, enfant de la clarté vierge du ciel,

Toi qui nous as donné des songes

Qui nous rendent égaux aux dieux !

Toi, deux yeux de feu

Qui emplissent de leur flammes immortelles

L’espace de ce jour heureux,

D’indéchiffrables joies, la rive percluse,

De confusion et de tendresse, ma mémoire filiale !

Toi, l’apocrisiaire des vagues joueuses

Qui livre ton âme à nos âmes éblouies

Avec la neuve élégance délibérée de tes mots

Et le courage souriant et allègre

De cette île bienheureuse !

II.

Une âme complice aux fastes mélodieux des eaux impériales,

Douée de cette gaîté verte, légère et facile

Que portent en elles les âmes généreuses

Des peuples fascinants des Caraïbes !

Mer sublime, émail rayonnant sur fond bleu,

Mer hymnique, objet de tant de dévotion fervente,

Emblème éternelle de la liberté pure,

Ornée de guirlandes fleuries de bateaux et de voiles !

III.

Dans ta maison lettrée, les ruisseaux du haut savoir

Rehaussaient la fraîche beauté de la pénombre

Et le mauve silence qui vibrait d’une présence amoureuse !

Dans les rues pudiques,

Le chant moelleux et poivré de l’air s’assortissait

Aux mélopées insouciantes de la brise.

Ainsi du fin fond de l’anxiété amicale de ta vie

Ont surgi la radieuse espérance

Et les rêves ourlés de lumière !

Toi, l’enfant curieux à cerceau et filet à papillons

Qui se livrait avec passion, pudeur et délicatesse

Aux jeux de ta terre marine !

Autour de toi pâlissaient, s’émouvaient, s’attendrissaient

Les arbres malicieux des forêts

Et les sentiers d’or dans les vallées !

Et tes soirs, vases de cristal grenat, tissaient en toi

Les bandelettes bleues,

Les oriflammes rouges de tes pensées généreuses !

IV.

Ô toi île des iguanes, Jouanacaëra,

Matinino, Madinina, île aux fleurs, ô Matinite des fées,

Martinique - Matinik des âmes pures,

Martinique – Matinik du peuple à la beauté de guépard

Quand il s’élance comme un éclair à travers la savane !

Toi Aimée Césaire

Qui as uni en un bouquet de poèmes odorants

Tous les moments héroïques d’une vie majestueuse !

Toi, île à la face rayonnante, dont la virtuose fugacité

Abolit sur tes lèvres, foyer de chaleur, les vertiges du temps !

Toi, gaîté incomparable,

Sœur hâlée de la consonance limpide

Entre les hommes !

Notre amour, Aimé,

Si grand pour nos cœurs,

Nous dépasse !

Aussi, restons-nous dans la pénombre mate

De la chaude tendresse de nos ancêtres !

Tu vis, tu respires, tu danses, Martinique,

Tu bats, tu vibres, tu chantes dans notre chair,

Resplendissante Martinique, toi,

Terre des hautes montagnes,

Montagne émeraude dans la mer d’ambre !

Toi, perle rêveuse des grandes Antilles,

Terre moelleuse d’un peuple d’aigles

À la fierté indomptable !

Toi, île, caillot de sang et de songe !

Que dire de plus ? Je ne sais !

Vient la tempête qui s’institue

Vengeur au nom du silence !

Va, pars, ne regarde pas en arrière,

N’écoute pas les effroyables oracles,

Ah, je désire si ardemment ce soir

La chaude présence des miens !

V.

Aimé, ami du soleil, toi qui chérissais tant

Cette Créolie tienne, toi qui l’aimais jusqu’aux larmes,

Tu as fait fondre le chagrin gelé dans ses veines,

Tu as ramené l’aube dans ses prunelles,

Son sourire tour à tour violent et hospitalier,

Sa force sacrée et victorieuse !

Tu as ressuscité la grâce et la miséricorde créoles,

Sa puissante ferveur, sa bonté et sa confiance !

La voilà désormais libre, agile, bouillonnante,

Gourmande de tes mots de diamants,

D’algues vertes et de saphirs,

De tes poèmes de silex étincelants et hallucinés,

De la lueur calme de ton antique sagesse.

Ô précoce jubilation de l’été,

Printemps exaltés par le chant de mille milliers d’oiseaux !

Où que tu fusses, tu portais, Aimé, dans tes soupirs

Les montagnes escarpées de ta patrie,

Amène endroits où murmurent, limpides de félicité,

Des sources vigoureuses et des ruisseaux alertes,

Nourriciers de fleurs champêtres et des rameaux vierges,

Eaux vives où, la nuit, sous le jardin fleuri des grandes étoiles,

Courent à travers les bois naïades, nymphes et dryades !

 

VI.

 

Partout te suivaient,

Dans tes adolescentes insomnies, les cantiques

Des plaines rieuses de la joyeuse Martinique

Et les hymnes solennels des fleuves

Aux eaux d’ambre vive et d’améthyste.

 

Et ta gorge se serrait de noueuse tristesse

Dans les rues populeuses de Paris

Quand tu entendais, dans ton âme adolescente,

Les voix frémissantes de ton pays

Au nord :

La haute Montagne Pelée, le Morne Macouba,

Le Piton du Carbet,

Le Morne Piquet, le Piton Marcel

Au sud :

La Montagne du Vauclin, le Morne Larcher,

Le Morne Bigot,

Le Morne Gardier…

 

VII.

 

Ô sentiers détrempés par la pluie,

Voix exaltées dans la grande nuit,

Rêves immobiles, rêves inassouvis,

Rêves accrochés aux modestes fenêtres des humbles maisons,

Coquillages luxuriants de la mer profonde,

Grand-mères lumineuses, accablées par trop de chagrin,

Elles, dont la vie est passée comme une barque

Qui volent des clairs de lunes

Pour inonder de tendresse les petits lits des enfants

Recouverts de couverture en coton ajouré,

Elles qui connaissaient les nœuds des astres

Sur la corde de l’Axe céleste !

 

Grands-pères qui gardaient le sommeil des petits

Comme un phare veille et préserve les bateaux

De la dévorante obscurité des mers !

 

Ô fleurs, ô herbes, ô villes pleines de nocturne chaleur !

 

Mères, protégez vos enfants

En les gardant dans le timbre rose de vos voix,

Emportez leurs douleurs

Dans vos sanglots.

VIII.

 

Tu entends la fureur des pluies apportées par les alizés,

La douceur des plaines au centre de l’île et en bordure côtière,

Et cette côte au vent caressée par l’océan Atlantique,

La presqu’île de la Caravelle,

Le chant des pêcheurs sur leurs embarcations de fortune,

Les hymnes des cayes, ces loups bordelais, loups ministres,

Les murmures accorts de la côte caraïbe,

Les chuchotis de la plage de sable noir de l’anse Céron !

 

Mer des Caraïbes, mer cérémonieuse, mer incantatoire,

Comme le Poète aimait la clameur soyeuse de tes eaux,

Comme il adorait errer dans les denses bosquets des astres

Qui veillaient sur les innombrables tribus des poissons !

 

Toi Aimé, qui connaissais l’universalité du vrai,

La souple prolixité des langues dans leur juste mouvance,

Toi qui délivrais les mots de la poussière du temps

Et des laves encore brûlantes de l’histoire !

Toi, le cœur attentif aux filiations des hommes

Et aux transfigurations des êtres.

 

IX.

 

Et comme Aristote, tu te plaisais à dire que

« Le commencement de toutes les sciences,

C’est l’étonnement

De ce que les choses sont ce qu’elles sont ».

Je suis fier de toi, peuple ouvrier,

Peuple qui a su bâtir, au milieu

Des plus cruelles adversités,

Des empires de joie et d’amour !

Comme j’aime le parfum

Du jour nouveau qui s’annonce.

Ô temps, nos morts sont partout

Où nous les aimons !

Femmes aux prunelles toujours ardentes,

Cœurs qui battent sans déchirure,

Pagnes de l’aurore sur vos flancs fertiles,

Vos rires et la pluie seuls ensemencent de vie la terre !

 

X.

 

Mer divine où raisonneront à jamais

Les sublimes héros de la voluptueuse négritude :

Léon Gontran Damas, Guy Tirolien,

Léopold Sédar Senghor et Birago Diop !

Tu sais, ô mer perpétuellement émue,

Que toute poésie commence

Ex abrupto

À la première page !

 

Comme nous aimons ta respiration contre nos joues !

Comme chacun de nous veut dormir et rêver

Dans l’alcôve somptueuse de ton giron, ô mer !

 

Mer, tes murmures

Qui boivent nos yeux avec une joie extrême

Font pousser et se multiplier les mots d’amour

Dans nos corps ardents !

 

Ô voix d’Hésiode, voix des Muses,

Voix qui passeront à un jeune poète de génie

Que nous ne connaîtrons jamais !

Ô soirées dithyrambiques,

Nuits épaisses, saisons et lunes douloureuses !

Arcs-en-ciel des étreintes !

Ô humanité inaliénable au cœur de chaque être !

Mer, comme nous chérissons ta douceur, la plus fine de toutes,

Comme nous aimons tes frissons de velours convulsifs,

Les senteurs de tes courants qui entêtent !

Nous, poètes, perpétuellement furieux,

Nous sommes dévorés par le sel de la tendresse !

 

XI.

 

Ami Poète, Césaire de nos cœurs tourmentés,

Toi qui aimais dormir avec la Voie Lactée dans ton lit blanc

Avec la brise heureuse dans tes articulations limpides

Et ton oreiller plein d’arômes de menthe et de soleil,

Toi qui savais couvrir de baisers lilas

Les seins généreux d’une femme belle comme l’Afrique,

Pendant que la lune jouait dehors

Avec les ancres étincelantes dans les baies radieuses.

 

Oui, tu aimais ces nuits calmes comme le pain frais

Avec des images éblouissantes de Candido Portinari sous tes paupières

Et le bleu azur irréel des songes : vie, distance, jeu perpétuel des sphères,

Toi qui aimais la marche des coccinelles guidée par les constellations,

La tendre et frêle perfection des existences discrètes,

Le translucide et aérien sourire des grands innocents.

 

Toi, Aimé Césaire !

 

XII.

 

Toi, Aimé Césaire des tempêtes,

Toi qui regardais avec une amitié christique

Et avec une reconnaissance dévouée

Chaque chose et chaque être de la Terre !

 

Heureux du crissement des grillons sur les collines

Qui ne quittent jamais notre admiration enfantine

Qu’une fois les convenances funéraires observées.

 

Tu adorais, Aimé, les amitiés vives

Les attachements spontanés,

Tournais le dos aux indiscrétions indélébiles

Et aux futilités pernicieuses !

 

Ô Homme qui dit :

 

« Je suis !

J’attends !

C’est long pour un cœur !... »

Le soleil était à ton doigt un anneau d’amour !

Ô Épiclèse, ô Eucharistie, ô Messe chrismale !

XIII.

Maintenant, partons,

Le sommeil lumineux nous attend,

On y sera bien !

 

Purs, intacts, glorieux,

Nous n’avons pas besoins des rites chamaniques

Pour apaiser nos esprits endormis dans le céleste espoir !

 

C’est dans la paix des âmes aimantes

Que nous saurons ce que l’air et la feuille se disent

Et pourquoi leur chant est exactement vrai !

 

Ami Aimé, dormons sous les saules en fleurs,

Compagnons des êtres morts ou vivants !

 

XIV.

 

Toi, Aimé, trace errante d’un chemin lumineux,

L’inquiétude fébrile ne viendra plus tarauder nos cœurs

Quand la paix descendra sur la riante campagne de Martinique

Et installera sur la douce ondulation de ses herbes

La perpétuation de l’extase.

 

Nous écouterons la fraîche rumeur des eaux nouvelles

Gambadant sous les ronciers taquins

Pour enchanter les mielleuses nuances de nos peaux brunes !

 

Ô toi, Ami des humbles, qui pardonnais aisément

La légèreté faite d’ignorance

Et haïssais les lâches tolérances !

 

Ami Césaire,

Ton souvenir me revient comme un cadeau précieux de la vie,

Comme une haleine délicieusement émouvante !

Une pensée amène une autre

Comme une ride de l’eau amène une autre ride !

 

Non, ils ne s’en vont jamais tout à fait

Ceux qui s’en vont :

Ils laissent toujours, si misérables, si petits soient-ils,

Une cicatrice profonde

Sur le corps concupiscent du temps !

 

Ô bannières des acacias,

Flottez comme des songes

Sous le souffle vivifiant de la brise,

Que par les baisers de ceux qui s’aiment

Les feuilles des arbres deviennent un avec le soir,

Que l’air heureux entoure son corps gracieux

D’une ceinture de jeunes figuiers !

Ô vie, ô mystérieuse musique

Des sentiers et des routes !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, janvier 2013

Glose :

Aimé Césaire (1913-2008) : poète et homme politique martiniquais. Aimé Césaire faisait partie d'une famille de sept enfants ; son père était administrateur et sa mère couturière. Son grand-père fut le premier instituteur noir en Martinique et sa grand-mère, contrairement à beaucoup de femmes de sa génération, savait lire et écrire, aptitudes qu'elle enseigna très tôt à ses petits-enfants. De 1919 à 1924, Aimé Césaire fréquente l'école primaire de Basse-Pointe, commune dont son père est contrôleur des contributions, puis obtient une bourse pour le lycée Victor-Schoelcher à Saint-Pierre (lycée qui a été déplacé à Fort-de-France après l'éruption de la Montagne Pelée en 1902. En septembre 1931, il arrive à Paris en tant que boursier pour entrer en classe d’hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand, où il rencontre l’écrivain et homme politique sénégalais Osmane Socé Diop et Léopold Sédar Senghor, avec qui il noue une amitié qui durera pendant plusieurs années.

Émergence du concept de négritude

Au contact des jeunes Africains étudiant à Paris, notamment lors des rencontres au salon littéraire de la femme de lettres et journaliste martiniquaise Paulette Nardal, Aimé Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas, qu’il connaît depuis la Martinique, découvrent progressivement une part refoulée de leur identité, la composante africaine, victime de l'aliénation culturelle caractérisant les sociétés coloniales de Martinique et de Guyane.

En septembre 1934, Césaire fonde, avec d’autres étudiants antillo-guyanais et africains (parmi lesquels Léon Gontran Damas, le Guadeloupéen Guy Tirolien, les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop), le journal L’Etudiant noir. C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de « Négritude ».

Ayant réussi en 1935 le concours d'entrée à l'Ecole normale supérieure, Césaire passe l'été en Dalmatie chez son ami, le linguiste croate Petar Guberina, et commence à y écrire le Cahier d’un retour au pays natal,qu'il achèvera en 1938. Il épouse en 1937 une étudiante martiniquaise, Suzanne Roussi. Aimé Césaire rentre en Martinique en 1939 pour enseigner, tout comme son épouse, au lycée Schœlcher.

En 1945, Aimé Césaire, coopté par les élites communistes qui voient en lui le symbole d'un renouveau, est élu maire de Fort-de-France. Dans la foulée, il est également élu député, mandat qu'il conservera sans interruption jusqu'en 1993.

En 1947, Césaire crée avec Alioune Diop la revue Présence africaine. En 1948  paraît l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache, préfacée par Jean-Paul Sartre, qui consacre le mouvement de la « négritude ».

S'opposant au Parti communiste français sur la question de la déstalinisation, Aimé Césaire quitte le PC en 1956 et fonde le Parti progressiste martiniquais, au sein duquel il va revendiquer l'autonomie de la Martinique.

En 1966, Césaire est le vice-président du Festival mondial des Arts nègres à Dakar.

Aimé Césaire s'est retiré de la vie politique (et notamment de la mairie de Fort-de-France) en 2001 au profit de Serge Letchimy, mais reste un personnage incontournable de l'histoire martiniquaise jusqu'à sa mort.

Le 9 avril 2008, il est hospitalisé au CHU Pierre Zobda Quitman de Fort-de-France pour des problèmes cardiaques. Son état de santé s'y aggrave et il décède le 17 avril 2008 au matin.

Une plaque en son honneur a été dévoilée au Panthéon le 6 avril 2011.

Kali'nas, anciennement Galibis ou Karib, sont une ethnie amérindienne que l'on retrouve dans plusieurs pays de la côte caraïbe d'Amérique du Sud.

Apocrisiaire (n.m.) : du grec ancien Ἀποκρισιάριος / Apokrisiários, en latin responsalis. L’apocrisiaire est, dans l'Empure byzantin, soit un ambassadeur impérial (on le désigne alors aussi sous le terme de πρέσϐειϛ / présbeis), soit, de façon plus spécifique, un messager ou un représentant ecclésiastique.

Dans cette seconde acception, l'apocrisiaire est le représentant d'une autorité ecclésiastique locale ou régionale, comme les évêques et les higoumènes, au siège du ressort supérieur dont elle dépend, métropole ou patriarcat. Cette institution apparaît dès le Ve siècle avant d'être généralisée par Justinien. Les patriarcats, archevêchés et sièges métropolitains les plus importants envoient à leur tour des apocrisiaires à la cour impériale, à Constantinople. Quelques personnages ecclésiastiques célèbres ont exercé la fonction d'apocrisiaire, tel le pape Grégoire le Grand qui représenta l'Église de Rome à la cour de Constantinople vers 578-586.

Mélopée (n.f.) : du latin melopoeia, « composition musicale », lui-même du grec ancien μελοποία /melopoia, terme composé de μέλος / mélos, « chant, air » et de ποιέο / poëô, « faire ».

Dryade (n.f.) : du grec ancien  δρϋϛ / drus, « chêne ». Nymphes protectrices des forêts dans la mythologie grecque.

Ex abrupto : locution adverbiale latine qui signifie brusquement, sans préparation, sans préambule.

Candido Torquato Portinari (1903-1962) : éminent peintre brésilien. Portinari a peint près de 5000 œuvres, qui vont de petites esquisses à de vastes peintures murales. Il fut l'un des plus importants artistes dans le courant du néo-réalisme. L’œuvre de Candido Portinari est consacrée à la représentation de l’être humain. Peintre d’un profond engagement politique.

Caye (n.f.) : banc de roches ou de sable sous l’eau, à peu de distance des côtes.

Épiclèse (n.f.) : dans la religion chrétienne, l’épiclèse est une invocation au Saint-Esprit sur l’Eucharistie.

Les rites chamaniques : le chamanisme ou shamanisme est une pratique centrée sur la médiation entre les êtres humains et les esprits de la surnature (les âmes du gibier, les morts du clan, les âmes des enfants à naître, les âmes des malades à ramener à la vie, etc.). C'est le chaman qui incarne cette fonction dans le cadre d'une interdépendance étroite avec la communauté qui le reconnaît comme tel.


Le chamanisme, au sens strict (chaman vient étymologiquement de la langue toungouse), prend sa source dans les sociétés traditionnelles sibériennes. Partie de la Sibérie, la pensée chamanique a essaimé de la Baltique à l'Extrême-Orient et a sans doute franchi le détroit de Béring avec les premiers Amérindiens. On observe des pratiques analogues chez de nombreux peuples, à commencer par les Mongols, qui seraient tous originaires de Sibérie, mais aussi au Népal, en Chine, en Corée, au Japon, chez les Amérindiens, en Afrique, en Australie.

 

ENGLISH :

 

Aimé Césaire

 

I.

 

You came to us from the eternal sea of the Kali’nas,

You, Aimé of our hearts, child of the pure clear sky,

You who gave us dreams

That make us equal to the gods!

You, two eyes of fire

Which fill with their immortal flames

The space of this happy day,

And the crippled bank with indecipherable joys

And my filial memory with confusion and tenderness!

You, the apocrisiarius of the playful waves

Which deliver your soul to our dazzled souls

With the new deliberate elegance of your words

And the blithe smiling courage

Of this blessèd isle!

 

II.

 

A soul complicit with the melodious splendour of imperial waters,

Gifted with this green gaiety, light and effortless

Which the generous souls of the captivating

People of the Caribbean carry within!

Sublime sea, radiant enamel on a blue background,

Hymnal sea, object of so much fervent devotion,

Eternal emblem of pure liberty,

Adorned with flower garlands of ships and sails!

 

III.

 

In your well-read household, the streams of lofty knowledge

Enhanced the fresh beauty of the half-light

And the mauve silence that quivered with a loving presence!

In the modest streets,

The mellow peppery song of the air matched

The carefree threnodies of the breeze.

Thus from your life’s delicate foundation of friendly anxiety

Surged radiant hope

And dreams hemmed with light!

You, the curious child with hoop and butterfly net

Who gave himself up with passion, modesty and delicacy

To the games of your sea –fringed country!

Around you paled, yearned, softened

The mischievous trees of the forests

And the golden paths of the valleys!

And your evenings, vases of garnet crystal, wove in you

The small blue ribbons,

The red banners of your generous thoughts!

 

IV.

 

O you island of iguanas, Jouanacaera,

Matinino, Madinina, island of flowers, O Matinite of the fairies,

Martinique – Matinik of pure souls,

Martinique – Matinik of people with the beauty of the cheetah

When it rushes forward like a streak of lightning through the savannah!

You Aimé Césaire

Who united in a posy of scented verse

All the heroic moments of a majestic life!

You, island with the radiant face, whose masterly fleetingness

Abolishes on your lips, like a warm hearth, the vertigo of passing time!

You, incomparable cheerfulness,

Bronzed sister of the clear consonance

Between men!

Our love. Aimé,

So large for our hearts,

Exceeds us!

So, let us stay in the dark half-shadow

Of the warm tenderness of our ancestors!

You live, you breathe, you dance, Martinique,

You beat, you throb, you sing in our flesh,

Radiant Martinique, you,

Land of high mountains,

Emerald mountain in the amber sea!

You, dreamy pearl of the Greater Antilles,

Pliant earth of a people of eagles

With an indomitable pride!

You, island, clot of blood and dream!

What more can I say? I don’t know!

Comes the storm which establishes itself as

An avenger in the name of silence!

Go, leave, don’t look back,

Don’t listen to the frightful oracles,

Ah, I long so passionately this evening

For the warm presence of my own people!

 

V.

Aimé, friend of the sun, you who cherished so much

This your own Créolie, you who loved it to the brink of tears,

You made the sorrow frozen in your veins melt,

You brought back the dawn into your eyes,

Its smile by turns violent and hospitable,

Its strength sacred and victorious!

You resurrected creole grace and mercy,

Its powerful fervour, its goodness and its confidence!

Thereafter it was free, agile, exuberant,

Greedy for your diamond words,

Words of green algae and sapphires,

For your poems of sparkling hallucinated flint,

For the quiet gleam of your ancient wisdom.

O precocious jubilation of summer,

Spring exalted by the song of thousand upon thousand birds!

Wherever you were, you carried, Aimé, in your sighs,

The steep mountains of your homeland,

Pleasant places where murmur, limpid with happiness,

Vigorous springs and alert streams,

Nourishing the country flowers and the virgin branches,

Living waters where, at night, beneath the flowered garden of the great stars,

Naiads, nymphs and dryads run through the woods!

 

 

VI.

 

Everywhere there followed you,

In your adolescent insomnias, the canticles

Of the cheerful plains of joyful Martinique

And the solemn hymns of the rivers

With waters of bright amber and amethyst.

 

And your throat tightened with gnarled sadness

In the teeming streets of Paris

When you heard, in your adolescent soul,

The trembling voices of your homeland

In the north:

The high Mount Pelée, Morne Macouba,

The Piton du Carbet,

Morne Piquet, Piton Marcel

In the south:

Mount Vauclin, Morne Larcher,

Morne Bigot,

Morne Gardier…

 

VII.

O paths soaked by rain,

Exalted voices in the great night,

Motionless dreams, unfulfilled dreams,

Dreams hanging on the modest windows of the humble dwellings,

Luxuriant seashells from the deep sea,

Radiant grandmothers, overwhelmed by too much sorrow,

Women whose life passed like a ship

Who fly on the moonlight

To flood with tenderness the small beds of the children

Covered with an openwork cotton blanket,

Women who knew the knots of the stars

On the rope of the heavenly Axis!

Grandfathers who watched over the sleep of the children

As a lighthouse watches over and protecst boats

From the consuming darkness of the seas!

 

O flowers, O grasses, O towns full of night heat!

 

Mothers, protect your children

Keeping them within the pink timbre of your voices,

Take their sorrows away

With your sobbing.

 

VIII.

 

You hear the fury of the rains brought by the trade winds,

The gentleness of the plains in the centre of the island and on the coastal edge,

And this coast with a wind caressed by the Atlantic ocean,

The Caravelle peninsula,

The song of the fishermen on their small makeshift boats,

The hymns of the cays, the Loups Bordelais, the Loups Ministres,

The pleasant murmurs of the Caribbean coast,

The whispers of the beach of black sand of the Anse Céron!

 

Caribbean sea, ceremonious sea, incantatory sea,

How the Poet loved the silky clamour of your waters,

How he adored wandering in the dense thickets of stars

That watched  over the countless tribes of fish!

 

You Aimé, who knew the universality of the true,

The supple prolixity of languages in their precise movement,

You who delivered the words of time’s dust

And the still burning lava of history!

You, whose heart was attentive to the filiations of men

And the transfigurations of beings.

IX.

And, like Aristotle, you took pleasure in saying that

‘The beginning of all the sciences,

Is astonishment

That things are as they are.’

 

I am proud of you, working people,

People who knew how to build, in the middle of

The cruellest adversities,

Empires of joy and love!

 

How I love the fragrance

Of the new day which announces itself.

O time, our deaths are everywhere

Where we love them!

Women with eyes always blazing

Hearts that beat without being rent apart,

Grass skirts of the dawn on your fertile flanks,

Your laughter and the rain alone sow the earth with life!

X.

Divine sea where there will for ever reason

The sublime heroes of sensuous Négritude:

Léon Gontran Damas, Guy Tirolien,

Léopold Sédar Senghor and Birago Diop!

You know, O sea for ever moved,

That all poetry begins

Ex abrupto

On the first page!

 

How we love your breathing against our cheeks!

How each of us wants to sleep and dream

In the sumptuous alcove of your lap, O sea!

 

Sea, your murmurs

Which drink our eyes with an extreme joy

Make words of love grow and multiply

In our passionate bodies!

 

O voice of Hesiod, voice of the Muses,

Voices which will pass to a young poet of genius

Whom we shall never know!

 

O dithyrambic evenings!

Dense nights, seasons and sorrowful moons!

Rainbows of embraces!

O inalienable humanity at the heart of every being!

 

Sea, how we cherish your gentleness, the most delicate of all,

How we love your shivers of convulsive velvet,

The scents of your currents which persist!

We, the poets, perpetually furious,

We are devoured by the salt of tenderness!

 

XI.

Poet and Friend, Césaire of our tormented hearts,

You who loved to sleep with the Milky Way in your white bed

With the lucky breeze in your limpid utterances

And your pillow full of the fragrances of thyme and sunlight,

You who knew how to cover with lilac kisses

The generous breasts of a woman beautiful as Africa,

While the moon played outside

With the glittering anchors in the bright bays.

 

You, who loved these nights quiet as fresh bread

With the dazzling images of Candido Portinari beneath your eyelids

And the unreal azure blue of dreams: life, distance, perpetual game of the spheres,

You who loved the ladybirds walking guided by the constellations,

The tender and frail perfection of discreet existences,

The translucent airborne smile of great innocents.

 

You, Aimé Césaire!

 

XII.

You, Aimé Césaire of the tempests,

You who watched with a Christ-like friendliness

And with a devoted gratitude

Every thing and every being on Earth!

 

Pleased with the screeching of the crickets on the hills

Which never leave our childhood admiration

Until the funerary proprieties are observed.

 

You adored, Aimé, strong friendships

Spontaneous attachments,

Turned your back on indelible indiscretions

And pernicious trivia!

 

O man who says:

 

‘I am!

I’m waiting!

It’s a long time for one heart…!’

 

The sun was a ring of love on your finger!

 

O Epiclesis, O Eucharist, O Chrism Mass!

 

XIII.

Now, let us leave,

The bright sun is waiting for us,

All will be well there!

 

Pure, intact, glorious,

We have no need of shamanic rites

To placate our spirits sleeping in celestial hope!

 

It is in the peace of loving souls

That we will know what the air and the leaf are saying to each other

And why their song is exactly true!

 

My friend Aimé, let us sleep beneath the flowering willows,

Companions of beings dead or living!

 

XIV.

You, Aimé, wandering trace of a luminous path,

Febrile anxiety will no longer come tapping on our hearts

When peace descends on the laughing countryside of Martinique

And plants on the sweet rippling grasses

The perpetuation of ecstasy.

 

We will listen to the fresh murmur of new waters

Frolicking beneath the teasing brambles

To delight the honeyed tones of our brown skins!

 

O you, Friend of the humble, who pardoned readily

Thoughtlessness stemming from ignorance

And hated cowardly venality!

 

My friend Césaire,

Your memory returns to me like a precious gift from life,

Like a deliciously touching breath!

One thought brings another

Just as one ripple on the water brings another!

 

No, they never go away completely

Those who depart:

They always leave, however paltry, however small it may be,

A deep scar

On the lustful body of time!

 

O banners of acacias,

Float like dreams

Beneath the invigorating breath of the breeze,

So that through the kisses of those who love one another

The leaves of the trees may become one with the evening,

So that the happy air surrounds its gracious body

With a belt of young figs!

 

O life, mysterious music

Of paths and roads!

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy July 2013 by Norton Hodges

 

Notes :

 

Aimé Césaire (1913 –2008): Francophone poet, author and politician from Martinique. He was one of the founders of the négritude movement in Francophone literature.

 

Kali’nas: also known as the Karib, Kaliña, Galibi, Kalina, Karina, Carina, Kalinha, Kariña, Kari’ña, or Karinya people, are an Indigenous ethnic group found in several countries on the Caribbean coast of South America. They speak a Cariban language and are culturally Cariban as well.

 

Apocrisiarius: a high diplomatic representative during Late Antiquity and the early Middle Ages. The closest modern equivalent is a papal nuncio.

 

Jouanacaëra, Matinino, Madinina, Matinite, Matinik: former names of Martinique

 

Créolie: a literary preceding Négritude and asserting a common cultural heritage.

 

Mount Pelée, Morne Macouba, Le Piton du Carbet, Morne Piquet, Piton Marcel, Mount Vauclin, Morne Larcher, Morne Bigot, Morne Gardier: mountain peaks in Martinique

 

Caravelle Peninsula, Loups Bordelais, Loups Ministre, Anse Céron: geographical features of Martinique and its coast

 

Négritude is a literary and ideological movement, developed by francophone black intellectuals, writers, and politicians in France in the 1930s. Its proponents included the future Senegalese President Léopold Sédar Senghor, Guy Trolien, Léon Gontran Damas and Birago Diap.. The Négritude writers found solidarity in a common black identity as a rejection of perceived French colonial racism. They believed that the shared black heritage of members of the African diaspora was the best tool in fighting against French political and intellectual hegemony and domination.

 

Ex abrupto: brusquely, without preparation

 

Dithyrambic A frenzied, impassioned choric hymn and dance of ancient Greece in honour of Dionysus.

 

Cândido Portinari (December 29, 1903 - February 6, 1962) was one of the most important Brazilian painters and also a prominent and influential practitioner of the neo-realism style in painting.

 

Epiclesis: that part of the Anaphora (Eucharistic Prayer) by which the priest invokes theHoly Spirit (or the power of His blessing) upon the Eucharistic bread and wine in some Christian churches.[1]

In most Eastern Christian traditions, the Epiclesis comes after the Anamnesis (remembrance of Jesus' words and deeds); in the Western Rite it usually precedes.

 

Chrism Mass: Chrism is holy anointing oil, or "consecrated oil used in the Catholic ChurchEastern Orthodox ChurchAnglican CommunionOriental Orthodox Church, and by Old Catholics, as well as some other traditions, including the Assyrian Church of the East, and Nordic-style Lutheran churches, in the administration of certain sacraments and ecclesiastical functions.

Mis à jour ( Mercredi, 17 Juillet 2013 10:34 )