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TROP VISIBLE FACE DE L'ESPERANCE (français / anglais)

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TROP VISIBLE FACE DE L’ESPÉRANCE

 

« Personne… rien…
Ferme le rideau ! »

Saif Alrahbi

I.

Minuit.

Pourquoi restons-nous debout,

Solitude contre solitude,

Dans cette chambre

Si muette et si frêle ?

 

Regard dans le regard,

Draps blancs étendus sur le lit,

Tulipes rouges dans le vase,

Nappe étincelante sur la table !

 

Que veulent de nous,

Soupir après soupir,

L’air,

Les murs,

L’autrefois des armoires ?

 

Dehors, ah, dehors,

Cette pureté des glycines,

Cette clarté sublime de la mer !

 

II.

 

Transis, nous nous demandons

Si le dieu de l’amour,

Captif des parfums sauvages

Des achillées du jardin maritime,

Peut encore trouver le sentier

Vers nos âmes dévastées,

Veut encore restaurer

En profondeur les liens perdus

De nos vies mortes ?

 

Ô, fenêtre ouverte,

Ô, nuit palpitante,

Ombres riches de soi !

 

III.

 

Oui,

Pourquoi sommes-nous là ?

Qui sommes-nous pour les arbres,

Les routes, les puits ?

 

Comment pouvons-nous voir

Dans notre tragique cécité

La trop visible, la trop transparente face

De l’espérance ?

Comment saisir le cœur des êtres

Que nous sommes vous et moi ?

 

Oui !

Pourquoi restons-nous debout,

Solitude contre solitude,

Dans cette chambre

Si muette et si frêle,

Nous, corps qui se précipitent

Dans l’abîme des sanglots,

Frissons qui cherchent à saisir en vain

Les grappes de la tendresse mûre ?

 

Alors que, derrière
La porte fermée,
Suspendu à la voûte étincelante de l'éther,
L'été exalté
Boit avidement
L'eau des étoiles blanches !

Paris, le 13 juillet 2006

Glose :

Saif Alrahbi (sultanat d’Oman 1956 - ) : un des plus grands poètes contemporains omanais. Alrahbi est l’auteur de nombreux recueils de poésies traduits en plusieurs langues.

Achillée (n.f.) : d’après le nom du héros grec Achille (’Αχιλλεύς), qui aurait découvert ses propriétés cicatrisantes en soignant une blessure de flèche empoisonnée. Plante (composées) à tige cannelée et velue, aromatique (odeur camphrée), à inflorescence dense de petits capitules de 3 à 5 mm de diamètre, de couleur blanche ou légèrement rosée. Son fruit est un akène. L’espèce la plus commune est l’achillée millefeuille. Propriétés médicinales : elle combat les spasmes des intestins. Propriétés cicatrisantes, d'où son nom d'herbe aux coupures ou herbe au soldat. Propriétés hémostatiques : les fleurs et les feuilles broyées sont appliquées en emplâtre. La plante peut être utilisée contre les saignements du nez. La tisane de fleurs séchées mélangées à des feuilles de sauge est un bon stimulant. Akène ou achaine ou encore achène (n.m) : du grec khainein (χαίνω), « s’ouvir ». Fruit sec, indéhiscent (qui ne s’ouvre pas spontanément à l’époque de la maturité), dont la graine unique  n’est pas soudée au péricarpe (partie du fruit qui enveloppe la graine). L’akène du pissenlit, du noisetier. L’akène de la fraise.

ENGLISH :


The All Too Visible Face Of Hope

‘No one...nothing here...
Close the curtain!’

Saif Alrahbi

 

I.

Midnight.

Why are we still standing here

Conflicting  solitudes,

In this room

So silent and frail?

 

Our eyes locked,

White sheets on the bed,

Red tulips in the vase,

The dazzling tablecloth!

Sigh upon sigh,

What do they expect of us

 

The air,

The walls,

These wardrobes from another place and time?

Outside, ah, outside,

The purity of wisterias,

The sublime light of the sea!

 

II.

Numbly, we wonder

If the God of Love,

Prisoner of the wild scents

Of yarrow in the seaside garden,

Can find the path

That leads back to our devastated souls,

And whether he might still want to restore

The deep bonds lost

By our dead lives?

O, open windows,

O, exciting night,

Shadows rich in their own substance!

 

III.

Yes,

Why are we here?

 

Who are we to trees,

Roads, wells?

How can we see

In our tragic blindness

the too visible, the all too transparent face

Of hope?

 

How can we seize the hearts of the beings

Whom we are, you and I?

 

Yes!

 

Why are we still standing here

Two solitudes,

In this room

So silent and frail?

We whose bodies rush

Into the abyss of sobs,

Shudders that try to grasp in vain

The clusters of ripe tenderness?

 

While, behind

The closed door,

Hanging from the sparkling vault of the sky,

Hot summer

Greedily drinks

The water of the white stars!

 

Translated from the French of Athanase Vantchev de Thracy by Norton Hodges

Mis à jour ( Mercredi, 26 Décembre 2012 21:09 )