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GHASSAN TUENI (français)

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GHASSAN TUÉNI

« L’amour n'est pas fait pour nous rendre heureux.
Je crois qu'il est fait pour nous révéler dans quelle mesure
nous avons la force de souffrir et de supporter ».

 

Hermann Hesse

Non, tu n’es pas parti,
Ami de la l’immense lumière,
Les artères du ciel, ointes de la rosée du matin,
Ont accueilli le sang pur de ton cœur magnanime,
Et ton âme où ne brille
Que la liberté d’une pensée vive,
S’est confondue avec la chair légère de l’azur
Et la couleur ocre de l’air.

Semis, labours, moissons,
Indices, preuves, symptômes,
Lecture oraculaire des signes,
Ah, comme j’aime cette céleste
Chaîne de solidarité essentielle !

Ici, les arbres que tu chérissais tant,
Berceaux parfumés des brises, tendent leurs bras
Aux joyeux oiseaux de toujours
Et les galaxies des herbes
Se parent des diamants de myriades d’astres !

Ô jour, ta bouche est une flamme parlante
Qui embrasse la nacre de la fenêtre où vibre encore
Toute vêtue de paix, la voix évangélique
De l’Homme qui vient de nous quitter !

Qui pourrait oublier tes gestes aériens,
Ta divine sagesse qui avançait,
Sous le murmure matinal des roses trémières,
Dans le cœur même des mots !

Fatigué de mourir, tu te lèves soudain et chantes,
Toi qui connaissais les rites antiques des scarabées
Et l’écriture des dieux sur les contreforts de l’émotion.

Oui, la maison garde encore,
Devenue temple absolue de la Foi,
Tes paroles taillées dans le tissu transparent du ciel,
Tes rires au goût de figue sauvage,
Ta face rayonnante pareille à
Des tournesol au milieux de l’été libanais.

Et la petite musique de la tendresse
Se promène dans les vastes avenues de Beyrouth !
Ami, donne-moi tes mains,
Prends mes paroles,
Réchauffe-les par ta bonté millénaire.

Toi Ghassan, qui avais fait tiens
Les trois critères de la Beauté :

Intégrité,
Proportion,
Lumière,

Tu es devenu
Le solennel gisant au milieu des hautes cathédrales,
Le lys endormi parmi les noms devenus ruissellement de marbre
Et les vertigineuses enluminures rouges d’espoir.

Cette nuit, la lune sur les maisons
Versera ses rêves aux âmes éveillées,
Le vent initial
Appellera les mains à faire des caresses !

Toi, Frère de la mer libre,
Seigneur des matins, maître des syllabes fluides et sonores
Ce soir, moi, poussière heureuse au cœur de la poussière,
Je suis venu juste te dire que je t’aime !

Ô mon Dieu, impérieuse éclosion de la vie,
Axe, essence et avenir du temps sans temps,
Vrai visage de tous les visages !

A tempore a quo non extat memoria,
Depuis des temps immémoriaux !

Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 12 octobre 2012

Ghassan Tuéni (1926-2012) : homme politique et journaliste libanais. Il occupa plusieurs fonctions ministérielles et diplomatiques : il fut notamment ambassadeur du Liban en Grèce et à l’ONU. Il a été diplômé en philosophie de l’Université américaine de Beyrouth en 1945. En 1946, il obtint une maîtrise en sciences politiques de l’Université de Harvard. Il fut aussi longtemps à la tête du journal libanais à grand tirage Al Nahar. Ghassan Tuéni fut élu député de Beyrouth,  proche de l’Alliance du 14 Mars, suite à l'assassinat en décembre 2005 de son fils, le député Gebrane Tuéni.

Hermann Hesse (1877-1962) : romancier, poète, peintre et essayiste allemand, puis suisse.

Il a obtenu le prix Goethe, le prix Bauernfeld en 1905 et le Prix Nobel en 1946.

A tempore a quo non extat memoria : expression latin qui signifie « depuis des temps immémoriaux ».