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ARMENIE (EXALTATION DE LA SAINTE CROIX) - (français)

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ARMENIE

EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

I.

Seigneur, je veux chanter la divine Arménie,

Mélanger, unir, imbriquer la parole

À son angélique iconographie,

Glorifier

L’imminence perpétuelle de Dieu

Dans les méandres chargés d’éloquence

De son immense histoire.

 

Je veux voir mon nom inscrit, ô Seigneur,

Parmi les noms des tornores logi :

Lumen orationis,

Claritas sanguinis,

Generis nobilitas !

II.

Vint saint Grégoire l’Illuminateur

Et enfin fut la vraie lumière

Dans l’immaculé ciel

De la patrie arménienne !

 

Et le Christ a donné

À la chérubinique Arménie

Aristakès, Vertanès, Houssik,

Grigoris et l’immortelle clarté du pays,

Le catholicos saint Nersès.

 

Et l’air du pays se mit à l’écoute

De la cithare mansuète de l’air des montagnes,

Et des trompettes des torrentiels ruisseaux !

 

III.

 

Élevées par l’inspiration intime

Dans les cieux de l’éternelle harmonie,

Les âmes pures perdent conscience

De tous ce qu’elles disent et écrivent.

 

Et les bouches des hommes frôlés

Par la grâce de leurs dits

Rendent pertinente la beauté de leurs paroles

Et de leurs noms !

 

Hommes de Dieu,

Torches de foi enflammées,

Arbre de vie

Et sources fulgurantes des jours sans repos !

IV.

 

Or, ayant entrevu d’un coin d’œil la splendeur

Du savoir divin,

Le cœur s’élance irrésistiblement

Vers la Beauté continuelle,

Toujours transparente

Et à jamais sans mélange !

 

Ô homme de feu,

Votre légèreté a tant de poids !

Faites-moi fête,

Entrez en mon âme

Devenue palais de rêve !

Donnez-moi quelques miettes

De votre infigurable amour

Pour ce pays,

Le premier, le plus vénéré

Dans le rang des royaumes chrétiens !

V.

 

Et cette musique des mots arméniens,

Cette musique au-delà de l’empire de l’oreille

Relicto aurium iudicio !

La Foi, la grande chaîne de l’être

Où rien ne peut être ni défini ni classé !

 

Le cœur amoureux de Dieu est comme un épervier

Qui vole mieux que le faucon, la colombe et la perdrix !

 

Âme, que d’imbroglio dynastique !

Des annales couchées sous les dalles mortuaires,

Des blessures d’innocence perdue,

Des fêlures de promesses non tenues,

Des corps éviscérés,

Tant de siècles quittes de la vie,

Des inscriptions à demi effacées

Qui donnent à la rude réalité un tour d’écrou !

 

VI.

Et cette rafale de poèmes

D’une grâce fabuleuse,

Des livres aux enluminures plus que splendides

Où chaque lettrine est un chiffre précis !

Des discours hautement exhortatoires

Et des exégèses

D’une exhaustivité herméneutique !

 

VII.

 

Hommes qui aimiez la patrie arménienne,

Hommes qui teniez entre vos mains

La pureté du soleil, la clarté de l’eau

Et la neigeuse hauteur des montagnes

Entre vos mains et dans les prunelles

De vos yeux extasiés !

 

Architecture, sculpture,

Peinture, musique, poésie, danse,

Tu es tout cela dans mon amour perpétuel,

Ô Arménie,

Moi qui découvre, au crépuscule de mon temps,

Que tu es seule à être toi

Dans l’infini !

 

VIII.

 

Pensées ailées, passion délicate, sentiments déliés !

Brumeuses, fugaces, volatiles visions sans âge

Des lacs, des prairies, des sentiers ornés de fleurs,

Des maisons ouvertes à l’âpre amour

De ses enfants éparpillés comme des grains d’or

Sur le changeant visage de la Terre !

 

C’est ici, devant une simple hutte

Et des visages rudes illuminés par la bonté

Que je conjure,

À travers les calices des fleurs et les gouttes du matin

La juste leçon du Bien,

La blanche Chrétienté de toujours !

 

IX.

 

Ô authenticité des êtres,

Originalité historique,

Pureté autoriale,

Autodestin des écrits !

 

X.

 

J’aimerais te chanter encore,

Et que plus de sang coule dans ma voix !

J’aimerais faire grandir le cœur de mes mots dans mon poème

Comme, en été, sur les cimes blanches et roses, grandit l’aube !

 

Amis arméniens,

Je veux que les jours de beauté

Ne meurent jamais en moi

Et que, debout, mon être se tienne toujours

Au seuil de l’immatérielle confiance !

 

Arménie, toi sœur de l’espace,

Toi, généreuse poignée d’éternité !

 

Je t’aime, Arménie à la tête

Au sourire resplendissant,

Arménie

Couronnée de petites fleurs de perce-neige !

 

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

 

Paris, décembre 2011

 

Glose :

L' exaltation de la Sainte-Croix, ou Fête de la Croix Glorieuse, est une fête chrétienne qui honore, le 14 septembre, la Croix du Christ. Cette fête existe chez les catholiques, les orthodoxes et certains groupes protestants, en particulier ceux issus de l’anglicanisme. Cette fête liturgique a lieu le jour anniversaire de la consécration de la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Aux siècles suivants, on y ajoute la libération de la Vraie Croix des mains des Perses en 628. Cette fête a lieu en Gaule le 3 mai. Lorsque les usages gaulois et romains se fondent, le 14 septembre est fixé par le calendrier liturgique comme fête du Triomphe de la Croix et, le 3 mai, comme Recouvrement de la Croix. Celle-ci est maintenue par la forme extraordinaire du rite romain.

Les orthodoxes fêtent ensemble ces deux événements. L'Exaltation de la Sainte-Croix est l'une des douze grandes fêtes du calendrier liturgique de l'Église d'Orient. Le 1er août est celle de la Procession du Bois vénérable de la Croix, jour où les reliques de la Croix furent portées en procession à Constantinople pour bénir la cité.

L'Église reconnaît aussi d'autres fêtes mobiles qui ont la Croix de la Crucifixion de Jésus comme thème de commémoration, ainsi l'Adoration de la Croix le Vendredi Saint et, pour les orthodoxes, le troisième dimanche du Grand Carême pour la Vénération de la Croix. Une grande croix est portée en procession le Jeudi Saint chez les chrétiens orientaux.

Nersès Ier le Grand ou Nersès Ier Medz ou saint Nersès est Catholicos d’Arménie de 353 à 373. Il est l'arrière-arrière-petit-fils de Grégoire Ier l’Illuminateur. Nersès est considéré comme un saint dès sa mort ; son tombeau, situé près d’Erzurum, est un lieu de pèlerinage jusqu'aux invasions arabes du VIIe siècle.

Tornores logi : expression latine qui signifie « polisseurs de mots ».

 

Lumen orationis : expression latine qui signifie « éclat de la parole » ou « lumière du discours. La fin d'une période (longue phrase latine) se terminait souvent par un soudain éclat rhétorique qu’on appelait « lumière du discours ».

 

Claritas sanguinis : expression latine qui signifie « éclat du sang ». Elle signifie une naissance illustre, l’appartenance à une grande famille romaine.

Generis nobilitas : expression latine qui signifie la « noblesse d’une ancienne et illustre famille ».

 

Saint Grégoire l’Illuminateur ou Grégoire Ier l'Illuminateur (né vers 257- mort en 331) est le saint qui a évangélisé l'Arménie et qui en a été le premier catholicos.

 

Tiridate IV devient, en 298, roi d'Arménie. Le souverain désire restaurer les fêtes de la déesse Anahit (Tiridate est païen). Grégoire, qui est chrétien, exprime son mécontentement et n'accepte pas d'y participer. Le roi décide de le jeter dans une fosse à Khor Virap, qui sera appelé « Prison de saint Grégoire », où il reste emprisonné durant treize années. Puis Tiridate tombe malade et décide de le libérer pour qu'il vienne le soigner. Grégoire le guérit miraculeusement et devient officiellement Catholicos d’Arménie. le premier de l'histoire, faisant du royaume, le plus ancien pays chrétien au monde. Il se fait ordonner évêque de Césarée de Cappadoce, d'où il ramène les reliques de saint Jean-Baptiste et du martyr Athanagène.

L’Eglise d’Arménie existait, certes, plus ou moins superficiellement et de manière presque légendaire[ ]avant Grégoire l'Illuminateur, mais il en est le réel créateur. C’est lui qui fonde les évêchés du pays.

Grégoire meurt vers 331. Ses descendants directs, dont ses deux fils, forment une dynastie, les Grégorides, laquelle contrôle ensuite le catholicosat arménien pendant une centaine d'années et s'oppose parfois à la famille royale arsacide.

L'Église apostolique arménienne, indépendante, est également surnommée grégorienne. Le 30 septembre, on célèbre la Saint-Grégoire. C’est la fête la plus importante en Arménie.

Aristakès,Vertanès, Houssik,

Grigoris et l’immortelle clarté du pays,

Le catholicos Nersès : catholicos issus de la famille de saint Grégoire l’Illuminateur.

 

Mansuète (adj.) : du latin mansuetus, « doux », « bienveillant », lui-même de mansuetudo, mansuetudinis, « douceur », « indulgence », « bienveillance ».

Catholicos : le titre de catholicos est un titre équivalent à celui de patriarche  porté par des dignitaires de plusieurs Eglise orthodoxe orientales, notamment les Eglises de tradition nestorienne et les Eglises monophysites, en particulier l’Eglise apostolique arménienne. Le mot lui-même vient du grec καθολικός, signifiant « universel ».

 

Relicto aurium iudicio : expression qu’on trouve dans l’ouvrage de Boèce De la Musique et qui signifie « abandonner le jugement de l’oreille ». Boèce (Anicius Manlius Torquatus Severinus) : philosophe et homme politique latin, né vers 470 à Rome, mis à mort en 525 à Pavie par Théodoric le Grand. Il a commenté Aristote, publié des traités de mathématique, logique, théologie, musique. Il a notamment contribué à organiser les disciplines scientifiques comme Trivium Quadrivium. Trivium ; « art de la parole » qui se compose de la grammaire, de la rhétorique et de la logique. Quadrivium : désigne l'ensemble des quatre sciences mathématiques dans la théorie antique : arithmétique, musique, géométrie, astronomie.