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TROIS MUSICIENS (français)

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TROIS MUSICIENS

A Valeriy Sokolov, violoniste de génie

« Deus nobis haec otia fecit »

(« C'est à un dieu que je dois cette tranquillité. »)

Virgile

1.

HENRY PURCELL

Ami des Anges, Seigneur des seringas,

Toi qui reposes près des orgues

De Westminster,

Toi dont la musique astrale

A su défaire les nœuds solennels de l’oubli.

 

La nuit, émerveillé,

Je bois le chuchotis de tes notes,

Moi, l’anonyme poète

Aux 41 recueils de poésies,

Moi, l’exilé des saisons

A la trempe coriace des désespérés !

 

Mon cœur imprégné

Du parfum sacré de tes mélodies,

Se meut comme une étoile dans l’obscurité,

Vêtu de la clarté des mots purs

Comme Shiva dansait

Dans les flammes

Qui détruisent et recréent le monde.

 

Attentif à l’éternité, je veille tard, très tard,

Attendant le chant du vent frais

Qui m’apporte des collines

De l’huile pour ma lampe,,

 

Et un peu de la beauté de ton âme divine

Changée en harmonie délicieuse !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 30 novembre 2011

Glose :

Henry Purcell (1659-1695) : musicien et compositeur de musique baroque, né et mort à Westminster (quartier de Londres). On admet généralement que Purcell a été le plus grand compositeur anglais de naissance (Haendel ayant été britannique par naturalisation). Purcell a incorporé à sa musique des éléments des styles français et italien, mais a développé un style anglais particulier.

 

Shiva, transcrit parfois par Siva ou Çiva, « le bon, le gentil, qui porte bonheur », est un dieu hindou, un des membres de la Trimoûrti avec Brahmâ et Vishnou.

 

2.

CAMILLE SAINT-SAËNS

Un rayon irisé

Sur l’aile d’une libellule,

Splendor orationis,

La sémiose métaphysique

De Jan Scot Érigène,

Non, aucun sens secret n’échappe,

Féerique Saint-Saëns,

A ton âme de musique !

 

Bien, Beauté, Être

Délectables propriétés séraphiques

De ton être !

Toi, qui traduis en musique

Les amples sinuosités,

Les suaves frissons du ciel

Et les mouvements extrêmes

Des rêves

Sur fond d’azur !

Ô genèse du matin

Dans cette sensualité languissante du cœur,

Une note, une larme

Enferment toute l’apesanteur

De ce jour d’été !

 

Et cet anéantissement dans la chair

Pour n’être plus

Que soupir,

Gémissement

Et extase !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 2 décembre 2011

Glose :

Camille Saint-Saëns (1835-1921) : pianiste, organiste et compositeur français. Il a écrit douze opéras, dont le plus connu est Samson et Dalila (1877), de nombreux oratorios, cinq symphonies, cinq concertos pour piano, trois pour violon et deux pour violoncelle, des compositions chorales, de la musique de chambre et des pièces pittoresques, dont Le Carnaval des animaux (1886).


Il occupe une place particulière dans l'histoire du septième art, puisqu'il est, en 1908, le tout premier compositeur de renom à composer une musique spécialement pour un film, L’Assassinat du duc de Guise.

Splendor orationis : expression latine qui signifie « splendeur de la parole »

Sémiose (n.f.) : désigne la signification d’un mot ou d’un signe en fonction du contexte où il se trouve. C'est une notion de sémiologie.

Exemple : le signe « lever le doigt » peut signifier :

  1. « Je voudrais la parole » s'il est employé dans une salle de classe
  2. « Arrêtez-vous » s'il est utilisé à un arrêt de bus

Jan Scot Érigène - Iohannes Scottus (né entre les années 800 et 815 – mort en 876) : moine, théologien et philosophe irlandais, il était laïc, quoique clerc. Il possédait une immense culture. Il a voyagé en Grèce et en Orient. Il traduit les Pères de l’Eglise et annote les œuvres de Maxime le Confesseur et Sur les images de Grégoire de Nysse. Il étudie Origène et saint Augustin. Il annote et commente Martianus Capella et Boèce. Il reste, encore aujourd'hui, reconnu pour avoir été traducteur et commentateur brillant du Pseudo-Denys l’Aréopagite.

3.

GABRIEL FAURÉ

Fleurissent les deux pommiers de mon petit jardin,

Mon cœur aimant revit avec le printemps.

J’écoute Fauré, lui qui a su charger sa musique

De moments du monde.

 

Fenouils, coquelicots, sauges et prêles

Toutes les plantes

Chaleureuses,

Confiantes,

Lucides

Tendent leurs âmes champêtres vers

Les notes de ces mélodies tissées de délicatesse.

 

Ô matin dilué dans la sonore clarté

De la musique ! Quelle grâce légère,

Quelle éblouissante subtilité.

Perles remplies de soleil et d’eau amoureuse !

 

Et toi, Mère de Dieu,

Oratrix pacis,

Qui veille sur le cœur des êtres pudiques !

 

Jour d’ambre,

Jour fait des larmes

Que versèrent les filles du soleil

Changées en peupliers !

 

Ô harmonie, entre les élégantes collines s’épure

Un paysage d’une tendre clarté !

 

Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 4 décembre 2011

Glose :

Gabriel Fauré (1845-1924) : pianiste, organiste et compositeur français.

Élève de Saint-Saëns et Gustave Lefèvre à l’Ecole Niedermeyer de Paris, il est d’abord organiste à l’église de la Madeleine à Paris. Il est ensuite professeur de composition au Conservatoire de Paris, puis directeur de l'établissement de 1905-1920.

Avec Debussy, Ravel, Satie et Saint-Saëns, il est l'un des grands musiciens français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Oratrix pacis : expression latine qui signifie « celle qui demande la paix ».

Ambre (n.m.) : mythologie grecque : les Héliades, filles d’Hélios et de l’Océanide Clyméné sont les sœurs de Phaéton. Lorsque leur frère fut foudroyé par Zeus et tomba dans le fleuve Eridan, les Héliades le pleurèrent tant qu’elles furent transformées en peupliers. Leurs larmes donnèrent naissance aux gouttes d’ambre.