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HENG-NGO (français)

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HENG-NGO, DESSE CHINOISE DE LA LUNE

A Jüri Talvet

 

“But here I pray that none whom once I loved
Is dying to-night…”
 

("Mais ici, je prie qu’aucune personne qu’une fois j’ai aimée, 
Ne meure cette nuit…”)

            Edward Thomas
            Rain / Pluie

 

Déesse-Mère, toi qui laves tes douze filles

Dans l’immense lac d’eau vive de l’éther

Avant de les envoyer, chacune à son tour,

Briller tout un mois dans le ciel nocturne,

C’est à toi, déesse de tous les sortilèges,

C’est à ton cœur attentif que je présente

Mon pantelant chant d’amour.

 

Toi qui habites avec le Lièvre céleste,

Le Mage divin qui fabrique la liqueur d’immortalité,

Prête ton oreille délicate

A la vibrante mélodie

Jaillie des sources brûlantes de ma poitrine.

 

Comme toi, déesse de la Paix orange, qui as fui

Ton époux, tueur des neuf des dix soleils

Qui enflammaient l’univers,

Yi, l’archer hardi,

Après avoir bu en cachette de la liqueur

Que le Lièvre lui avait offerte

Pour le remercier de ses bons services,

Comme toi je fuis la tristesse insidieuse des mots,

Je combats la peur pesante de la vie qui coule en moi

Comme du miel.

 

Comme toi, déesse des oiseaux impériaux des ténèbres,

Je me refugie sur la lune

Pour vivre auprès de la fluviale quiétude des saisons.

 

Je vis dans les clairières des rêves

Qui fleurissent à l’intérieur de mon sommeil.

Je parcours les autels bleus du ciel

Rehaussés de souriants nuages roses

Et les cités de jade des étoiles exemptes de mort.

 

J’ai oublié les violettes douceurs des jours,

L’opiniâtre beauté des montagnes,

La fervente austérité du soleil à midi.

 

Silencieuse sont les nervures de mon silence,

Rouges comme le cinabre les voiles gonflées

De mes pensées.

 

Donne, ô déesse, de la cohérence à mes chants,

De l’harmonie à mes contradictions tortueuses.

 

Je sais, déesse, les morts ne reviendront pas

Dans nos maisons,

Mais ils sont à jamais

Parmi nous ! 

            Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 5 janvier 2010  

Glose :

Heng-Ngo et les douze lunes (mythe chinois)

Au début de chaque mois, Heng-Ngo, la mère des douze lunes, lavait ses jeunes filles dans un lac. Puis chacune à son tour, les lunes partaient pour un séjour d'un mois dans le ciel.

La quête de l'immortalité : dans la lune chinoise, vivait le Lièvre qui fabriquait la liqueur d’immortalité. Un jour, l'archer Yi obtint un peu de cette liqueur en récompense de ses services. Il venait d'abattre neuf des dix soleils qui menaçaient de brûler la terre. Heng-Ngo, son épouse, désireuse de goûter à l'immortalité, en but secrètement en son absence. Découverte par son mari, Heng-Ngo se réfugia dans la lune pour échapper à sa terrible colère. Comme son époux continuait à la poursuivre, elle demanda de l'aide au Lièvre qui combattit Yi et le fit renoncer à ses poursuites. Depuis Heng-Ngo habite la lune.

Edward Thomas (1878-1917) : poète et essayiste anglais. Né dans le quartier de Lambeth à Londres, de parents gallois, Edward Thomas a la sensibilité mélancolique de sa mère, peut-être par réaction à la raideur d'un père adepte du positivisme. La dure rançon de son indépendance fut une carrière chaotique ; ses études, à l'université d'Oxford (1897-1900), coïncidèrent avec les responsabilités prématurées d'un mariage qui fut une union passionnée et orageuse, comme il apparaît dans la double biographie, World Without End et As It Was, que sa femme, Hélène, écrivit en 1921, chefs-d'œuvre d'analyse, cœur et corps mis à nu, et dans les lettres, récemment publiées, que Thomas adressa à Gordon Bottomley et à Eleanor Farjean. Instable, rongé par une inquiétude morbide, congénitale mais accentuée par les soucis matériels, il monnaya assez mal un grand talent d'essayiste et de critique. Des livres comme Oxford (1903), The Heart of England (1906), The South Country (1909) recueillent les observations merveilleusement précises de ses randonnées à pied.