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JEAN-MARC PAMBRUN (français)

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JEAN-MARC PAMBRUN

 

A l’Ami Poète

 

I.

 

Ô, mon Ami, Fils des nénuphars roses,

Le cœur seul sait où il va !

 

On me dit que tu es mort !

Mort, toi, l’homme gai, hardi, pétillant,

L’homme à la tête d’aigle blanc !

 

Toi, l’adolescent impénitent

A la luxueuse allure de panthère,

Le Poète cher à mon cœur, à l’âme tissée

Des plus purs rayons du soleil,

Des plus claires eaux des océans !

 

 

II.

 

De tes doigts de mer bleue à ta bouche écarlate,

Cette magnificence de l’amour

Et ce paisible endormissement des larmes

Entre l’or des constellations de tes cils

Et le candide engouffrement du matin.

 

Toi, mon Ami, empli de la vitesse des vents de Polynésie !

Toi, la générosité parfaite,

La simplicité des âmes attentives

Aux sanglots des êtres candides !

 

J’aimais tant les silencieux rituels de tes gestes,

La clarté apaisée de ton beau regard,

L’intelligence sensible de ta mélancolie !

 

J’aimais, mon Ami,

Les inflexions chaudes de ta voix nombreuse,

Les étincellements farouches de tes regards,,

Les coulées volcaniques de ta brûlante passion !

 

III.

 

Dors à présent, Fils des terres somptueuses,

Dors dans les îles innombrables

De notre amour avec le chant sublime des abeilles

Déversé dans les calices solaires des fleurs exubérantes

De Tahiti !

 

Toi, orchidée éclose entre mes mains !

 

Dors dans les veines chaudes de notre tendresse,

Emporté vers l’éternité

Par les barques joyeuses des nuages !

 

Ô, mon Ami, Fils des nénuphars roses,

Le cœur seul sait où il va !

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 21 février 2011

 

Glose :

 

« Né le 22 décembre 1953 à Paris d'un père originaire de l'île de Ra'iatea et d'une mère d'ascendance ariégeoise et bretonne, Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun est un homme de culture bien connu des Polynésiens et un personnage singulier.

Anthropologue de formation, il a passé l'essentiel de son activité professionnelle dans le secteur de la culture polynésienne où il a occupé des fonctions importantes : directeur du département des traditions du Centre Polynésien des sciences humaines, chef de service de la culture de la mairie de Faa'a, directeur de la maison de la culture de Papeete, conseiller auprès du gouvernement local à deux reprises.

Pourtant, contre toutes les apparences, son parcours institutionnel fut loin d'être tranquille puisqu'il a été limogé à deux reprises par deux ministres de la culture du gouvernement Flosse pour son indocilité. Car, ce qui caractérise ce contestataire invétéré c'est son franc-parler et son refus de se plier à ce qu'il appelle « tout ce qui insulte l'intelligence humaine ». Rebelle à toute forme d'autoritarisme, profondément attaché à la liberté d'expression, il ne fait aucune concession à ceux qui menacent de l'entraver.

Personnalité dérangeante autant par ses actes que par ses écrits, parallèlement ou alternativement à ses fonctions publiques, il a porté la contestation dans de nombreux domaines de l'activité polynésienne : culture, recherche, enseignement, environnement, syndicalisme, journalisme... Autant de facettes qui font de cet humaniste et intellectuel engagé, un auteur à part et créatif qui écrit dans les genres les plus divers : pamphlétaire, conteur, poète, essayiste, dramaturge, auteur de nouvelles. Par son éclectisme déroutant, il reste pour le moment un auteur inclassable.

Depuis 2000, il se consacre entièrement à l'écriture pour, dit-il « servir de porte-parole au peuple polynésien ». Un engagement pour lequel il s'est vu récompensé par le Salon insulaire du livre d'Ouessant qui lui a décerné le Prix fiction 2004 pour sa pièce Les parfums du silence. Avec cette distinction, le milieu littéraire des îles lui a donné une véritable dimension culturelle et intellectuelle en Polynésie. Depuis août 2005, il occupe également les fonctions de Directeur du Musée de Tahiti et des Îles, Te Fare Manaha. »

                                                                               Vaite Urarii

 

Je viens d'apprendre la mort de Jean-Marc Pambrun, le 12 février 2011 à Paris, des suites d'un cancer. Un portrait de cet homme de culture – savant, engagé et artiste – est promis pour l'édition du 14 février des Nouvelles de Tahiti, avec les hommages qui ne manqueront pas de suivre pour cet ami regretté d'Île en île.