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QUASI BABUTIENDO (français)

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QUASI BALBUTIENDO

 

A Albert Lázaro-Tinaut

 

I.

 

Ami, nous avons aimé avec tant de passion

Les indicibles merveilles

De la transaltio in divinis, la métaphore qui ouvre

Toute la grâce, toute l’élégance de notre âme

Pour lui permettre de parler des choses divines.

 

Non, nulle couleur rhétorique,

Nulle finesse du raisonnement,

Nulle splendor orationis

Ne peut dépasser par sa vibrante intelligence

Les humbles, les candides tremblements du cœur amoureux.

 

Et toi, Heure souriante,

Tu manges en riant des figues mûres,

Tu plonges tes dents de marguerites blanches

Dans la chair chaude et pulpeuse de l’été

Qui sème du feu

Dans l’air léger de tes cheveux.

 

II.

 

Les ruisseaux des Anges

Coulent,

Frais, calmes, limpides

A travers nos prunelles,

Lavent le temps de sa vélocité

Et remettent

Au doigt qui indique la hauteur du ciel

La bague baptismale de l’Amour.

 

La musique du sang,

Les mélodies planétaires des esprits purs,

Les hymnes stellaires

Pénètrent doucement, à pas feutrés de panthère,

Nos âmes émerveillées et déversent des poèmes aurifères

Sur nos lèvres de fraises passionnées !

 

L’eau ruisselle dans les interstices du granit,

Se hâte, chante et parle au peuple doux des lichens

Sa langue rose et  fluide,

Et des portiques de jade s’ouvrent

Sur d’autres portiques de jade

Vers des jardins où dort

L’alphabet solaire des orangers !

 

III.

 

Ce sont les tristesses, mon Ami,

Ce sont les blessures ouvertes et saignantes

De nos poitrines

Qui guident, d’une main sûre et d’une innocente fermeté,

Nos destins vers leur céleste accomplissement !

 

Ô printemps qu’un autre printemps

Imprègne de sa viticole vigueur !

Et s’en vont, sous les pieds verts des perce-neige

Les neiges pressées de l’hiver.

 

IV.

 

Apaisés,

Nous aimons les toiles rêches

Qui couvrent de leurs caresses

La biblique modestie de nos lits,

Nous aimons les frémissements blancs

De l’humble linge de nos demeures

Etendu dans nos cours à de minces fils de chanvre pur,

Son odeur de bonté évangélique,

Sa fidélité faite de sacrifices et d’abnégations infinies.

 

Traînes d’or du jour sur les prairies,

Fines passementeries des petites fleurs des champs,

Le vin qui sent les lis

Et les buissons enchantés

Qui naissent dans le cœur des jeunes filles !

 

V.

 

Nous voyons, en fermant les yeux sur nos vies si petites et si pauvres,

Les entrailles de la terre pleine de constellations,

Les  arbres de nos artères

Aux racines si profondes,

La lumière calme du jour entrelacée avec la paix inspirée

Des feuilles des cerisiers,

Nous scrutons

Les comètes, les météores,

Les lunaisons… et écoutons,

En retenant notre souffle,

Le chuchotement de la sève qui, par sa force intérieure,

Arrondit les grains parfumés du raisin.

 

Et les mots font des hauts brasiers

Dans nos gorges,

Et nous parlons avec les pierres

Et douce et avenante nous est leur voix

Et fascinantes les légendes qu’elles nous disent

En soupirant !

 

VI.

 

Et, quand l’automne

Vient se coucher sur le linceul de l’hiver,

Nous adorons la svelte agitation

Des petits merles, l’ardeur de leurs élans,

Les jubilantes caresses

Des flocons étincelants

Sur la lourde soie noire de leurs ailes toujours en éveil !

 

Pudiques sont les âmes des morts

Aux yeux grand ouverts sur les iris de la nuit,

Yeux qui admirent la beauté hautaine des pins !

 

Suave nous est le poids des morts

Posé avec une délicatesse bouleversante

Sur le mouvant velours de nos cœurs !

 

VII.

 

Nous tremblons de piété

Devant les fenêtres vivantes des vieilles maisons,

Ecoutant, au cœur des flux et reflux des heures volées au temps,

Debout dans l’air humide et palpitant

Le langage propitiatoire de leurs volets

Et l’exaltation du vent embrassant les vitres usées.

 

Oui, mon Ami,

Il y a une mélancolie joyeuse

Dans les vertus

Des mots aimés

De nos poèmes !

 

Une frêle mésange chante sa joie

Et sa voix émeraude

Retient le visage du moine

Penché sur le précipice du silence.

 

 

            Athanase Vantchev de Thracy

 

Paris, le 19 février 2011

 

Glose :

 

Quasi balbutiendo : expression latine de saint Grégoire le Grand qu’on rencontre dans son ouvrage « Moralia ». Nous nommons Dieu imparfaitement, comme en balbutiant.

 

Translatio in divinis : expression latine qui insiste sur l’usage des métaphores que nous utilisons pour parler des choses de Dieu.