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©Samuel Laundon

English Version
Version danoise

« Comme elle est belle la jeunesse – qui s’en va si vite »

 

            Laurent de Médicis (1449-1492).

 

Comme l’ambassadeur Ono no Imoko
Qui devint le prêtre Senmu, je compose pour toi
Cette offrande florale, ô dieu délicat du silence !

 

Prends de ma main  ces trois fleurs,
Signe trinitaire d’une émotion véridique :
Une plus haute et les deux autres plus basses !

 

Accepte ce modeste bouquet vertical,
Dieu léger du silence.

 

Je sais qu’à l’exubérance confucéenne,
Tu préfères, ô mon dieu des larmes taciturnes,
Les douces, les discrètes fleurs rustiques
Que mon âme, amoureuse de la sincérité,
Vient déposer à tes pieds.

 

Ô mon dieu, arrache-moi
Des mensonges et des ruptures,
Des meurtrissures, des déchéances, des inepties,
Des anémies et des reniements qui guettent
Ma marche vers le soir !

 

Non, ô mon dieu virginal,
Je ne veux pas être atteint de la démence
Comme le seigneur Hideyoshi
Devenu le Fou des fleurs !
Sauve-moi de ses fantaisies excessives,
De ses codifications grandiloquentes !

 

Comme toi, dieu des eaux mûres,
J’aime le raffinement dans
Son extrême transparence,
L’élégance pastorale des champs,
La noblesse délicate,
La beauté dans sa plus pure
Expression essentielle!

 

Car à toi, dieu pondéré,
Appartient la félicité éternelle
Et le temps suspendu,
Le temps qui ne finit jamais !

 

 

A Paris, ce dimanche 26 septembre, Anno Christi 2004-09-26

 

Glose :

 

Kuge : c’est la coutume d’offrande florale aux autels bouddhiques et stupa. La tradition de l’art floral, likebana (de Ike-no-bô, littéralement : « la hutte près de l’étang ») remonte à plus de treize siècles. Le Japon l’a reçue de la Chine au début du VIIe siècle. Ce fut au temps de la dynastie chinoise Tang (618-907 ap. J.-C.), fondée par Li Yuan (566-635) et son fils Li Shimin. La Chine connut sous les Tang son âge d’or. L’art  sous le règne des 21 empereurs que donna cette dynastie atteignit des sommets jamais égalés depuis.

 

A travers les techniques florales, un esprit s’exprima. Il pouvait être shin : strict, imposant, traditionnel, symétrique, so : léger, spontané, asymétrique, imprévu, ou gyô : entre shin et so.

 

Le bouquet vertical, le tetebana, était composé de trois fleurs, signe de la sobriété bouddhique et de la rigueur classique.

 

Le tetebana donna plus tard le rikka (bouquet raffiné et aristocratique) et le shôka (bouquet plus populaire).

 

Le moribana : c’est l’art des fleurs disposées  en les amoncelant dans un plat ou un panier.

 

Ono no Imoko : cet ambassadeur, devenu plus tard prêtre bouddhiste sous le nom de Senmu, fut le premier au Japon à codifier l’art floral. La codification se poursuivit et s’élabora. Le plus ancien texte à cet égard – le Sendenshô – rassembla des règles d’origines multiples. Il prévoyait cinquante-trois arrangements pour toutes les circonstances de la vie : mariage, majorité d’un garçon, départ d’un guerrier, etc. Ce manuel fut suivi par plusieurs autres :

 

  1. Le Mon’ami Densho : explique comment disposer bouquets et objets dans l’alcôve.

  2. Le Senno Kuden : premier ouvrage de paysages donnant toutes les variantes possibles d’un unique paysage : celui du légendaire mont Meru dont parlent les textes bouddhiques et qui symbolise l’univers entier.

  3. En 1673, furent publiés les Arrangements Rikka de l’Ecole Ikenobô de Rokkaku-dô et de ses élèves.

  4. En 1683 parut l’Encyclopédie du Rikka.

  5. En 1688 on publia les Styles admis du Rikka.

  6. Les Images de Cent Arrangements dans des vases, pour les Quatre Saisons.

 

Hideyoshi : à la fin du XVIe siècle, ce seigneur, mécène et artiste paranoïaque donna aux maîtres floraux à son service des moyens grandioses et grandiloquents de s’exprimer. Le maître Sen no Rikyû, intime d’Hideyoshi, créa, en réaction aux folies du seigneur, le chabana (littéralement « fleur de thé »), arrangement simple, animé d’un esprit pour lequel les Japonais emploient un nom très particulier : le wabi. Le wabi, c’est le raffinement dans la simplicité. A Sen no Rikyû on attribue aussi l’origine de nageire. Un jour où lui et Hideyoshi reposaient au jardin, ce dernier lui demanda de composer un bouquet. Sen no Rikyû coupa alors quelques iris avec son poignard, attacha les fleurs à l’arme et envoya le tout dans un seau. Les assistants, nous dit l’anecdote, s’extasièrent devant le chef-d’œuvre. Le nageire (littéralement « jeté » ou « lancé ») était né.