Accueil
Biographie
Bibliographie

Evénements
Invités
Correspondance
Photos
Contact

OEUVRES

Voluptés inassouvies
Sainte Anne
Haiku
Soupir
Tendresse

Instant
Ad Limina Apostolorum
Noël
La Création

La mort du Prophète
Le visage de l'ami
La Vie s'avance
Chants monodiques
Emotion

Mitis ut colomba
Toi, Vierge de feu
Instants de pure éternité
Etait-ce moi, ô âme

Pâques

Tu frappes à la porte
Trois s
oupirs
Palmyre
Innocence
Des saintes et des roses
Nuit profonde de l'été
J'ai de la mort
Calme tragique et nostalgie
Des paroles anciennes
Frisson

Tu dis approche

Les mots
Eponymie
Sandro Botticelli
La chapelle funéraire
Rencontre
Synaxaire
Kontakion
Les cieux des cieux
Divagation
Offrande florale
Forêt de lumière
Aime-moi, Ô mon amour
Er le pamphylien
Tu entres, tu allumes la lumière
Elévation sur la beauté

La poésie russe
Hortus delicarium
Scintillement
Deux saisissements de l'âme
Ô temps sublime, Ô Pâques divine

Prosopopée
Douleur
La rue que j'habite
Accalmie

Ô Âme, Combien les paroles
Des Vers par d'autres aimé
Allophtoneonta

Seneca
Tu es, ami splendide
Catulle

Carthage
Berceuse
Au-delà de la surface
Transcendance
Et cette lumière insaisissable
Revelator Occulti
Rêve

Funérailles grecques

Souris mon bel enfant
Musique de la mémoire
Haibun pour un prince endormi
Haibun pour un prince amoureux
Aube
Ecoute, mon tendre prince
Je regarde par la fenêtre
Sublime perfection
Anaglyphes
Lampadophores
Modestie
Non mon frère je ne suis pas triste
Immersion
Khosrow Anushirvan
Mots d'azur
Andronikos
La Stèle obsidienne

Postludium

 

NON, JE NE SUIS PAS TRISTE, MON FRÈRE

 

©CET

Version Anglaise

         A mon frère Michel

 

« Τω̃ν καρπω̃ν ὴ μέρα θὰ’ρθεϊ »


(« Il viendra le jour des fruits »)

 

         Olga Votsi

 

Une voix chante, debout, dans la nuit,
Ardente, légère, pénétrante !
Les feuilles rouges, remplies de soleil,
Se détachent des arbres,
Scintillent, tournoient, nagent
Dans l’aquarelle taciturne de l’air.

 

Non, je ne suis pas triste,
Mon frère !

 

Légère comme un duvet de pâquerette est l’ombre
Et  pleine de petites graines d’amour,
Grenade mystique, s’offre aux lèvres,
Comme un don céleste, la mémoire !

 

Non, je ne suis pas triste,
Mon frère !

 

J’ai laissé grande ouverte la maison :
Astres et murmures,
Capucines et lauriers-roses
Tombent dans cette infinie quiétude !
Elle attend ta venue, la calme harmonie
De ton âme couleur de miel et de chaleur,
Ton haleine d’enfant, la clarté verte de tes yeux
Qui ne veut pas cesser de descendre
Sur mes tempes !

 

Non, je ne suis pas triste,
Mon frère !

 

Notre ample maison, notre royaume ancestral,
A l’odeur incantatoire des vieilles armoires
Parfumées aux herbes odorantes, à l’ambre
Et aux voluptueux coings jaunes !

 

Non, je ne suis pas triste,
Mon frère !

 

Viens cette nuit à moi, escalade
Le silence arachnéen de l’antique escalier,
Fais battre contre l’or de mes veines,
Vagues lumineuses, embruns exaltés,
Les rires immarcescibles, les cris candides
De notre divine adolescence !

 

Non, je ne suis pas triste,
Mon frère !

 

Est-il vrai, comme le dit notre Orphée,
Que tu goûtes à présent aux délices
Du monde des ombres bienheureuses ?
Bois-tu la lumière sidérale d’Empédocle,
La lumière incorporelle
Des révolutions intelligibles des astres ?
Ecoutes-tu, voguant parmi les étoiles rutilantes,
La mélodie éternelle du fuseau des Moires
Qui traverse l’Univers de part en part !

 

Non, je ne suis pas triste,
Mon frère,

 

Laisse seulement un bref  instant
Mes larmes laver la poussière des années
Sur mon visage !
Laisse les vents étésiens
Peigner la neige de mes cheveux
Et faire venir, avant leur départ vers
Le cœur de l’Afrique,
Les dernières envolées des hirondelles
Protectrices des âmes pures !

 

Non, je ne suis pas triste,
Mon frère !

 

A Paris, ce lundi 18 septembre, jour anniversaire de la mort de mon frère bien-aimé
Michel.

 

J’avais totalement oublié ce jour tragique. Mais la nuit du 17 au 18, j’ai rêvé de toi, mon frère ! Tu m’es apparu dans mon sommeil, vêtu d’une tunique blanche.
T’approchant de mon visage, tu m’as dit : « N’oublie pas d’arroser les fleurs » ! Et tu as disparu ! Je me suis levé tout frissonnant ! Ta chaude voix résonnait encore en moi ! Ma toilette terminée, j’ai ouvert l’ordinateur. J’ai regardé, comme j’ai l’habitude de le faire, l’heure. Et soudain, au lieu de l’heure, j’ai vu la date : nous étions le lundi 18 septembre 2006 !

 

« Seigneur, m’écriai-je, doux Seigneur, Sainte Vierge, Mère de Dieu ! Mais c’est le jour de la mort de mon frère ! » Et je fondis en larmes !

 

« Non, non, mon frère, répétai-je en sanglotant, je n’oublierai pas d’arroser les fleurs » ! Mais quelles fleurs ? Quelles fleurs! Non, je ne suis pas triste à cette heure où j’écris ce poème pour toi, ô mon frère !

 

Glose :

 

Olga Votsi (Le Pirée 1922) : poétesse grecque. Olga Votsi fait toutes ses études secondaires à l’Ecole franco-hellénique « Sainte Jeanne d’Arc » du Pirée. Après son baccalauréat, elle poursuit des études de lettres à l’Université d’Athènes et à l’Institut français. Elle commence à écrire des vers dès l’âge de 18 ans. Mariée au professeur Eleutéros Platis, elle prend le nom de plume de Votsi. Son mari, philosophe, ayant obtenu une bourse de l’Université de Bonn, elle l’accompagne en Allemagne (1959 1962) où elle obtient un diplôme de littérature allemande. Revenue en Grèce, elle obtient un poste d’enseignante à Chypre. Passionnée de musique, elle écoute Bach, Brahms, Chopin, César Franck et Debussy. Voltsi aime et pratique la peinture. Sa
poésie est profondément mystique. Elle obtient plusieurs grands prix : Prix d’Etat de Poésie (1971), Prix Lambros Porphyra (1987), Grand Prix d’Etat de littérature (1990).

 

Immarcescible (adj.) : du bas latin immarcescibilis, du verbe marcescere, « se flétrir ». Qui ne peut se flétrir. Gloire immarcescible. L’antonyme en est : marcescible.

 

Orphée (’́Ορφειος) : poète légendaire grec originaire de Thrace. Fils d’Oeagre, roi de cette contrée, et de la Muse Calliope, Orphée est le plus grand poète de l’Antiquité. Comblé de dons multiples par Apollon, il reçut en cadeau du dieu de la
musique et de la poésie une lyre à sept cordes à laquelle il ajouta, dit-on, deux autres cordes en souvenir des neufs Muses, les soeurs de sa mère. Il tirait de cet instrument des accents si émouvants et si mélodieux que les fleuves s'arrêtaient, les
roches le suivaient, les arbres cessaient de bruire. Il avait aussi la faculté d'apprivoiser les bêtes féroces.


Les Argonautes se servirent de ses talents dans leur expédition. Par la douceur et la beauté de sa voix, il sut calmer les flots agités, surpasser la séduction des Sirènes et endormir le dragon de Colchide. Il voyagea en Egypte et s'initia aux mystères d'Osiris, dont il devait s'inspirer en fondant les mystères orphiques d'Eleusis. Au retour de l'expédition des Argonautes, il s'établit en Thrace où il épousa la nymphe Eurydice. Un jour, le jeune femme, voulant échapper aux avances du berger Aristée,
s'enfuit et, piquée par un serpent, mourut aussitôt.

 

Fou de douleur, Orphée obtint de Zeus la permission d'aller la retrouver aux Enfers et de la ramener sur Terre. Avec sa lyre, il calma le féroce Cerbère, apaisa un moment les Furies et arracha sa femme à la mort, mais il ne devait pas la regarder avant
d'avoir atteint le monde des vivants. Au moment où il parvenait aux portes de l'Enfer, il tourna la tête pour voir si Eurydice le suivait. Alors, elle s'évanouit à ses yeux et
pour toujours. Revenu en Thrace, Orphée voulut demeurer fidèle à son épouse disparue et dédaigna l'amour des femmes de son pays, qui dépitées, mirent le poète en pièces. Sa tête jetée dans le fleuve Hèbre (auj. Maritza en Bulgarie) fut recueillie à Lesbos. Maritza (Hébros) coule à une dizaine de kilomètres de ma ville natale, Haskovo.

Sa lyre fut placée par Zeus parmi les constellations à la demande d'Apollon et des Muses, qui, de leur côté, accordèrent une sépulture à ses membres épars aux pieds de l'Olympe.

Empédocle – ’Εμπεδοκλής (vers 495 - vers 435 av. J.-C.) : célèbre philosophe et poète d'Agrigente qui florissait vers l'an 444 av. J. C. Il reçut les leçons des Pythagoriciens et excella à  la fois dans la philosophie, la poésie, la médecine et la musique. Il avait composé sur la nature et les principes des choses un poème si beau qu'on le lut publiquement aux Jeux Olympiques.

Les Siciliens, ses compatriotes, avaient une si haute idée de son génie qu'ils lui supposaient le pouvoir d'enchaîner les vents et qu'ils l'avaient surnommé le magicien.
C'est ainsi que de nos jours, on s'est obstiné à supposer à plus d'un grand homme le pouvoir de prédire le temps.


Suivant Aristote, Empédocle mourut à  soixante ans. On dit que, voulant cacher sa mort et passer pour un dieu, il se précipita dans le cratère de l'Etna; mais que la montagne, rejetant ses sandales, déjoua son projet en démasquant sa vanité. Il est
plutôt à croire qu'il périt, ainsi que Pline l’Ancien, victime de son zèle pour la science, en observant une éruption du volcan. Selon d'autres, il quitta sa patrie après la prise d'Agrigente par les Carthaginois (403 av. J.-C.), et alla mourir dans le Péloponnèse.


Empédocle ne s'était déclaré ouvertement pour aucune école, bien que par ses doctrines il inclinât vers le pythagorisme. Il croyait à  la transmigration des âmes et voyait des rapports mystérieux entre les corps et les nombres. Il entreprit le premier
d'élever à  la hauteur d'une théorie l'Amour qui unit et la Haine qui sépare en transportant ces sentiments jusque dans la nature inanimée. Ces deux causes primitives étaient pour lui des forces primordiales, lointains analogues de l'attraction et de la répulsion des physiciens modernes. Ces forces agissaient sur la matière, elle même formée selon Empédocle de quatre éléments: le feu ou Zeus, la terre ou Héra, l'air ou Pluton, l'eau ou Nestis (« Et Nestis qui remplit de larmes les yeux des hommes » - vers d’Empédocle). Partant de ce principe, que le semblable ne peut être connu que par le semblable, il composait l'Âme elle-même des 4 éléments. Il admettait, comme Platon, un monde intelligible, type du monde sensible.

 

Moires - Μοϊραι (n.f. pl.) : divinités grecques du Destin identifiées avec les Parques (Parcae) des Romains. A l’origine une abstraction, la moira, (« la part ») de la vie pour chacun, a évolué en une Moira universelle. Plus tard, celle-ci fut supplantée par trois Moires, filles de la Nuit ou de Zeus et de Thémis (selon
Hésiode), de Zeus et de Nécessité (selon Platon), fileuses qui disposent le fil de la vie de chaque humain. Clotho tient la quenouille et file la destinée au moment de la naissance, Lachésis tourne le fuseau et enroule le fil de l’existence,  Atropos coupe le fil et détermine la mort.   

 

Etésien (adj. m.) : du grec etêsioi (de etos,(’έτος) « année ») et, sous-entendu, anemoi, (‘άνεμοι), « (vents) périodiques, annuels ». Vents étésiens, vents du nord qui souffle en Méditerranée orientale, chaque année pendant la canicule. Haskovo (Хасково), notre ville natale, située à la frontière grecque, connaît ces vents.