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Haibun pour un prince endormi
Haibun pour un prince amoureux
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Ecoute, mon tendre prince
Je regarde par la fenêtre
Sublime perfection
Anaglyphes
Lampadophores
Modestie
Non mon frère je ne suis pas triste
Immersion
Khosrow Anushirvan
Mots d'azur
Andronikos
La Stèle obsidienne

Postludium

 

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Luca della Robia, plafond de la chapelle du cardinal du Portugal

English Version

 

« Déjà chante le héraut du jour, veilleur de la profonde nuit,
Lumière nocturne des voyageurs, séparant la nuit de la nuit…

 

            Saint Ambroise de Milan (vers 330/340 – 397), Hymne I

 

Mort, ma jeune Sœur Mort, toi, amie qui sais
De ta main nuptiale toucher l’immobile éternité
Dans le cœur des choses fuyante,
Toi qui connais toutes les délicatesses de l’Heure au visage laiteux,
A présent que nous sommes seuls, assis face à face,
Dans cette éblouissante de beauté,
Dans cette palpitante de silence chapelle funéraire,
Console d’une parole pleine mon cœur scindé en deux !

 

Pourquoi le jeune Jacopo ? Pourquoi la plus belle fleur
De la marine Lusitanie ? L’aimais-tu comme je l’aimais ?
Partageais-tu avec ses narines sculptées
Dans la nacre vivante les mauves parfums de Toscane ?
Posais-tu, Mort invisible, Mort amoureuse,
Ta bouche assoiffée de baisers
Sur le chaud puits de sa gorge,
Sur ce corps d’une antique royauté ?

 

Parle, console-moi, Mort, soutiens la chute
De mon âme palpitante, retiens-la avant que la lune
Ne soit à son plus haut ! As-tu fait avec son sourire
Un pacte algide de silence ?
T’es-tu repue à foison de la mélancolie de ses doigts ?

 

Comme à l’accoutumée, comme à jamais,
As-tu mis le sceau de tes lèvres sur les siennes ?
Dis un mot, fais frémir à nouveau dans ma chair
L’ordre immémorial de la Beauté,
Le frisson convulsif de la Vie !

 

Mais tu te tais ! Tu laisses les ondulations dures de la douleur
Couvrir le livre fragile de mon sort de ses signes illisibles !
Tu te tais ! Et le temps, perpétuellement furieux,
Eternellement dévoré de tendresse,
Le temps, gnosimaque briseur de vie,
S’écoule distrait sur les dalles
Et détisse les voiles du savoir !

 

Et ma mémoire fendue en deux,
Entend le léger bruissement des génies
Qui ont déversé toute la grâce de leur songe
Dans ce lieu :

 

Antonio Manetti, le disciple fidèle,
Ebloui par la rigueur flamboyante
De son maître qui savait faire tenir
L’éternité dans un seul instant,
Filippo Brunelleschi !
Les vibrantes sculptures d’Antonio Rossellino -
Prodige de la magie !
Ce tableau fascinant des frères Pollaiolo !
Et ces fresques, monologue aussi vaste
Que l’univers entier, d’Alesso Baldovinetti,
Comme ils font mourir l’haleine d’émotion !

 

Mort ? Qu’as-tu fait de l’âme élue,
Des mains stupéfiantes de Luca della Robbia,
Le maître sublime, le maître des maîtres
Dont l’âme orna de sa splendeur le plafond ?

 

Cette vertigineuse géométrie qui accueille
Avec une précision magnifique dans la voûte
Les mystiques motifs jaunes, verts et violets
Et l’impensable grammaire des cinq médaillons ?

 

Luca della Robbia ! Sa force vivifiante
Transformant la terre ténébreuse
En émaux luisant de blancheur,
En Vierges à l’Enfant, en emblèmes
Où, dans une profusion salvatrice,
S’enlacent anges, fleurs et fruits !

 

Mais je m’égare ! Que sais-je de ce que l’air
Et les figures se disent ?

 

Mais, peut-être,
Appuyé sur la bouche de la tristesse
Ma pensée, libre de tout à présent,
Aura-t-elle le pouvoir
De faire venir un Sauveur ?

 

 

A Paris, ce jeudi 7 octobre, Anno Redemptoris MMIV

 

Glose :

 

La chapelle du cardinal Jacopo di Lusitania : la chapelle funéraire du cardinal portugais
Jacopo di Lusitania, neveu du roi Alphonse du Portugal mort à Florence à l’âge de 25 ans, est
le fruit de la collaboration de quelques-uns des plus grands artistes de Toscane à la
Renaissance. Commencée en 1460 par Antonio Manetti, disciple de Filippo Brunelleschi, elle contient des sculptures d’Antonio Rosselino, une copie du tableau des frères Pollaiolo, qui décorait l’autel (l’original se trouve aux Offices), et des fresques exécutées par Alesso
Baldovinetti. Pour la décoration de la voûte, élément qui domine la chapelle, l’on choisit
Luca della Robbia qui réalisa un de ses chefs-d’œuvre en terre cuite vernissée. Sur un fond
avec des motifs géométriques jaunes, verts et violets, cinq médaillons admirablement sculptés
représentent le Saint-Esprit (sous la forme d’une colombe) entouré des quatre élégantes
Vertus Cardinales : Courage, Justice, Prudence, Tempérance.

 

Lusitanie (n.f.) : province romaine d’Espagne correspondant à l’actuel Portugal dont la
capitale était Augusta Emerita (Mérida). D’abord pays des Lusitaniens, elle faisait partie de
l’Espagne Ultérieure (Hispania Ulterior) avant d’être organisée en province impériale par
Auguste en 27 av. J.-C.

 

Lamentatio (n.f.) : mot latin qui signifie cri, doléance, gémissement, lamento, pleur, sanglot,
soupir, douleur, souffrance.

 

Saint Ambroise de Milan (vers 339 – 397 ap. J.-C.) : Né en Gaule, où son père, un notable romain, était préfet prétorien. Très jeune encore, Ambroise devint avocat à Rome. Avant
trente ans, il fut nommé gouverneur de la Ligurie et de l’Emilie, avec Milan comme capitale.
La province entière était perturbée par la controverse arienne. En 374, lors du décès de l’évêque de Milan, Ambroise se rendit à la cathédrale, afin de maintenir l’ordre et la paix pendant l’élection du successeur. Il s’en suivit que lui-même, un catéchumène, fut élu par acclamation, après qu’un enfant eut crié « Ambroise évêque ». Malgré ses objections, il fut
sacré le 7 décembre 374. Il s’avéra être un des plus grands évêques et un des plus aimés de tous les temps. Il excella comme administrateur, écrivain, poète, protecteur des pauvres et comme « assommoir des ariens ». Son opposition à la tyrannie des empereurs fut vive et prononcée. Sa réprobation de Théodose le Grand fut un noble exemple d’héroïsme chrétien. Il mourut le Vendredi Saint, 4 avril 397. Il est un des quatre grands Pères et Docteurs de l’Eglise latine. Ses symboles sont un fouet et une ruche, cette dernière pour exprimer la douceur de son éloquence. Saint Augustin lui doit sa conversion. Fête le 7 décembre.

Arianisme (n.m.) : hérésie chrétienne issue de la doctrine d’Arius (prêtre d’Alexandrie) condamnée au concile de
Nicée (325) par saint Alexandre, saint Athanase le Grand et l’empereur Constantin Ier.
Cette doctrine nie la consubstantialité (homoousia) du Fils avec le Père.
Consubstantialité
(n.f.) :
unité et identité de substance des personne de la Trinité : le Père, le Fils et le Saint
Esprit.

Catéchumène (n.m.) : du grec katêkhoumenos, lui-même de katêkhismos,
« instruction orale ». Personne que l’on est en train d’instruire dans la foi chrétienne, pour la
disposer à recevoir le baptême.

Les principaux Pères de l’Eglise sont : Ambroise, Athanase le Grand, Augustin, Basile le Grand, Cyprien, Cyrille d’Alexandrie, Ephrem, Grégoire Ier, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, Hilaire de Poitiers, Irénée, Isidore de Séville, Jean Cassien, Jean Chrysostome, Jean Damascène, Jérôme.

 

Algide (adj.) : du latin algidus, « froid ».

Gnosimaque (n.m.) : du grec gnôsi-macheô, « combattre sa propre opinion ». Celui qui
revient sur une opinion, change d’avis, se rétracte.