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Photo © Antoine de Laubespin

English version
Glose

"Alleluia, alleluia. Justus ut palma florebit ;
sicut cedrus Libani multiplicabitur ; Alleluia.
Justus germinabit sicut liliam, et florebit
In aeternum ante Dominum. Aleluia."

"Alleluia, alleluia. Le juste fleurira comme le palmier :
il croîtra comme le cèdre du Liban. Alleluia.
Le juste germera comme le lis : il fleurira
éternellement devant le Seigneur.Alléluia."


Messe pour un confesseur non pontife, pendant le Temps Pascal.

 

"Il viendra de nuit quand tout dormira,
iI viendra de nuit quand l’âme malade
se camouflera en vie,
il viendra de nuit de son pas tranquille,

il viendra de nuit et pesera son doigt
sur la blessure(…)
Viendra-t-il une nuit vaste et recueillie ?
Viendra-t-il une nuit chaste et maternelle
de pleine lune ?"

             Miguel de Unamuno*, Il viendra de nuit

 


Ad Limina Apostolorum*

1.

Que mon cœur franc, ingénu, rustique, que mon corps,
Citadelle bâtie sur le roc, tant fois perdue et reprise, se rendent,
En ce jour souverain, admirable présent du ciel,
Ad limina  Apostolorum !
Que, tremblant de pure piété, telle une lampe
Sous les fervents baisers de la brise, mon âme s’arrête
Au seuil absolu, à l’entrée définitive
De notre vénérable foi !
 
Que mon esprit, à l’unisson de la respiration des jardins,
Couvre de jeunes primevères, de fleurs d’endymions bleues
Et de violettes des bois fraîchement cueillies
Le limen mystique de la suprême connaissance,
La ligne de l’horizon iconique!
 
Qui suis-je ? Source furtive ou parole immobile,
Un doux secret qui dort dans les feuilles des merisiers?
Le sais-je moi-même ? Tant de voix, tant de marées,
Tant de regards et de souffles respirent
Dans les paumes de mes mains !
 
2.
 
Hé ! Qui le sait à cette heure où les arbres se figent,
Qui le saura demain à l’aube ? Ah, charnelle certitude,
Savoir arraché aux entrailles, pourquoi ce silence ?
Qui suis-je ? Est-ce ce moi ou ce que je vénère
Comme étant mon moi,
Un infime marguillier de mon sort,
Un adolescent juveigneur de mouvances
Où croissent, avec une précautionneuse timidité,
Les buissons ardents de mille songes,

Rêves, figures verbales et visions ! 
Oui ! Que j’avance jusqu’au seuil
(Ô marbre, temple de toute mémoire,
Livre arraché au cœur de la Terre
Où dort, couronné de pervenches,
Le temps des blessures amoureuses !),
Corps debout dans le soleil
Et ce besoin furieux de mots sonores dans le sang !
 
Que je témoigne de mon Dieu !
Aurais-je honte de mon ardeur juvénile?
Que je dise, tendre comme la respiration des herbes
Qui poussent le long des chemins oubliés,
Mon errante reconnaissance,
Ma ruisselante gratitude,
Moi, pèlerin de toutes les terres intérieures,
Oiseleur égaré dans l’azur,
Berger déférent des sources chantantes du désert !

Tu me demandes, vent du matin, à quoi j’aspire ?
A quoi, vent de l’aube, rêve le pommier orné de fleurs ?
(Ô cette invitation à l’itinérance,
Ces visages éparpillés dans la poussière libre des routes !)
 
Vivre, vivre encore, respirer,
Être l’emblème, la preuve, la marque, le sceau
D’un ciel solennel sans tâche ni déchirure,
Devenir un éclair haletant dans la fugacité de la haute lumière,
Quand, soucieux de la marche des horloges,
L’Ange du Destin,
Se repose sous les racines trilitères
Des cantiques d’Orient !
 
Evoquer les Justes de toutes les Nations de la Terre,
Les Craignants-Dieu !
Sauvegarder immaculée la loi de l’amour,
Sauver les étoiles finissantes,
 
3.
 
Pour être l’invité d’honneur
Au dévoilement du cœur touché par la grâce !
Ainsi dans la Nuit de l’Ascension Nocturne,
Montant du premier au septième ciel,
L’âme de l’Envoyé de Dieu,
Se dévêtit de ses sept enveloppes spirituelles !
 
Oui, c’est cela, mon Ami :
Veiller sur la graine nuptiale,
Tomber à genoux dans l’herbe drue,
Qui attend la rosée de tes sanglots,
Certes, tomber sans hésiter,
L’âme inclinée sur la page la plus blanche
De l’humilité !

Qui pourrait, sans brûler du feu divin,
Eveiller l’esprit des choses oubliées et
Anciennement endormies !
Sentir, embrasser, rendre vivantes
Les saisons de la Grande Année,
Ressusciter l’heure docile et la seconde extensible,
Matière vivante, vase intarissable de notre
Immortalité fluviale !
 
Fermer les yeux, voguer avec les navires,
Flotter sur les eaux des prières
Tissées de mort et de gloire,
De sel et de larmes incorruptibles,
D’algues, de rayons et d’embruns,
Théologie douce et amère, simple et véridique
Comme les pâquerettes des prairies,
Transparence à la fois divine et humaine !
(Ah, cette liberté, nœud et racine de la personne humaine,
Elle, l’invincible preuve de la divinité de l’homme !
Unité, dualité du mystère théandrique !)
Pour cela,
Fuir la nuit
Pleine de prévarication et d’égarement,
En tenant dans sa main illuminée
L’abacus du grand Maître,
Une branche de cyprès
Et l’étoile polaire !
 
Oui, c’est cela, mon Ami :
Alors que les champs se couvrent de lis
 
4.
 
Et les glycines de grappes de soleil,
Venir déposer les ultimes fruits
De mon Verbe diurne, de mon sang auroral
Ad divina limina Apostolorum !
 
Oui, c’est exactement cela, mon Ami,
Car toute la clarté,
Tout, tout est dans ces paroles de Jésus
A la Samaritaine du puits : 

« Crois-moi, femme, l’heure vient où
ce n’est ni sur le mont Garizim
ni à Jérusalem que vous adorerez le Père(...)
L’heure vient, – et maintenant elle est là –
où les vrais adorateurs adoreront le Père
en esprit et en vérité ».
 
Oui, certes, mon Ami,
C’est là la vie qui ne meurt point, qui demeure
A jamais dans la lumière de la prunelle
Qui aime donc et qui sait !           

                        Athanase Vantchev de Thracy
                        A Paris, février 2004

 

Glose :

Ad limina apostolorum : cette expression latine signifie, mot à mot, « au seuil des apôtres » et désigne le siège de la chrétienté, c’est-à-dire Rome. Limina est le pluriel neutre de limen, liminis, « seuil d’une porte, entrée ». Apostolorum est le génitif pluriel de apostolus, « apôtre ».  Faire un pèlerinage ad limina apostolorum, se rendre à Rome. retour au texte

Miguel de Unamuno (Bilbao 1864 - Salamanque 1936) : philosophe, poète et auteur dramatique espagnol. Déporté aux Canaris, puis exilé à Paris en raison de ses posyions politiques (1924), il fut, à son retour en Espagne (1930), l’un es inspirateurs spirituels du régime républicain dont il devait dénoncer les erreurs avant de mourir. Il est, avec José Ortega y Gasset, le plus grand penseur ibérique du XXe siècle. Essais philosophiques : Vie de Don Quichotte et Sancho Pança (1905) ; Le Sentiment tragique de la vie (1912) ; L’Agonie du christianisme (1925). Romans et contes : Paix dans la guerre (1897) ; Brume (1914) ; Trois Nouvelles exemplaires (1920). Théâtre : Phèdre (1920). Poèmes : Le Christ de Vélasquez (1920). Il exerça une profonde influence sur les milieux intellectuels espagnols. retour au texte

Endymion (n.m.) : du nom d’un personnage appartenant à la mythologie grecque, Endymion. Jacinthe des bois. Endymion était un berger grec, jeune et de grande beauté. Il avait inspiré un violent amour à la Lune (Séléné) qui s’unit à luit. A la demande de Séléné,  Zeus ayant promis à Endymion de lui accorder la réalisation d’un vœu, Endymion choisit de dormir d’un sommeil éternel, et il s’endormit, restant éternellement jeune.

Marguillier (n.m.) : du latin matricularius, « teneur de registre ». 1. Chacun des membres composant le bureau du conseil de fabrique d’une paroisse. 2. Laïc chargé de la garde et de l’entretien d’une église : bedeau, sacristain, suisse. Fabrique (n.f.) : corps des marguilliers chargés de l’administration des biens et revenues d’une église.

Juveigneur (n.m.) : du latin juvenis, « jeune homme ».  Un des cadets de l’aîné, sans distinction d’ordre de naissance. Le juveigneur jouissait de la tenue (de terres nobles) ramagère (de « ramage », subdivision en branches de la ligne de parenté) concédée par son frère aîné.

Mouvance (n.f.) : ensemble des terres constituant le fief d’une seigneurie.

Trilitère (adj.) : du latin tri, « trois », et littera, « lettre ». Mot qui comporte trois consonnes servant de support aux voyelles. Langue trilitère : langue à racine refermant trois consonnes.

L’Ascension Nocturne : l’ascension que fit le Prophète Mahomet, l’Envoyé de Dieu, au ciel. « Louange à Celui qui a transporté, pendant la nuit, son serviteur du temple sacré (de la Mecque) au temple éloigné (de Jérusalem), dont nous avons béni l’enceinte pour lui faire voir nos merveilles. Dieu entend et voit tout. » (Coran, sourate XVII, 1). Le chroniqueur de l’hebdomadaire égyptien Al-Qahira, Ahmed Mohammed Arafa écrit un article rejetant la croyance islamique communément admise selon laquelle le Voyage Nocturne de Mahomet aurait conduit ce dernier de la Mecque à Jérusalem. Selon Arafa, le texte coranique se réfère à l’émigration du Prophète de La Mecque à Médine et non à un voyage miraculeux à Jérusalem. Mais alors, où se trouve la mosquée Al-Aqsa dont il est question dans le texte coranique ? Depuis des siècles, les musulmans la situent à Jérusalem. Le Coran ne mentionne ni le nom de La Mecque ni celui de Jérusalem. Outre cela, il faut dire que le vocable « Al-Aqsa » est un superlatif et signifie littéralement « la plus éloignée ». Selon l’auteur de l’article, l’endroit où le Prophète  a été emmené est très certainement une mosquée, et non l’emplacement d’une future mosquée, où le lieu d’une mosquée n’étant plus. Ce lieu est sans doute très éloigné de la mosquée mecquoise Al-Haram. Mais il ne peut se situer en Palestine qui, à l’époque de Mahomet, était chrétienne. L’auteur essaie de démontrer, par des arguments fort convaincants, que la mosquée « la plus éloignée » est celle de Médine. Du coup, la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, construite pendant le règne des Omeyyades à Damas, une cinquantaine d’années après la mort du Prophète, perd un peu de son prestige.

Théandrique (adj.) : du grec theos, « dieu », et andros, « homme ». Le mystère théandrique consiste dans la naissance de Dieu en l’homme et de l’ho  mme en Dieu.

Abacus (n.m.) : l’abaque, le bâton mystique, porté par le grand Maître des Templiers. Il était plat. Sur sa pomme d’argent se trouvait marquée la croix de l’ordre. Templiers : religieux militaires appartenant à l’Ordre du Temple fondé en 1119 par Hugues de Payns et Godefroi de Saint-Amour pour la défense des pèlerins en Terre sainte. Sa règle fur rédigée par saint Bernard de Clairvaux. L’Ordre s’enrichit rapidement, posséda domaines et forteresses, servit de banque aux pèlerins et, plus tard, aux rois. Il acheta même Chypre à Richard Cœur de Lion (1191), mais, la population s’étant révoltée, il la revendit aussitôt à Gui de Lusignan. Après la perte de la Terre sainte, l’ordre se replia sur ses possessions européennes. En but à de nombreuses hostilités (notamment parce qu’il ne relevait que du pape), l’ordre fut persécuté à partir de 1307 par le chancelier (1302) et garde du sceau royal (1307) Guillaume de Nogaret et Philippe IV le Bel : arrêtés, torturés, les Templiers avouèrent des crimes peu  vraisemblables (adoration d’une idole nommée Baphomet, sacrilège, sodomie). Sous la pression royale, les procès aboutirent à la condamnation à mort (1310), à la suppression de l’ordre par Clément V, malgré l’avis des Pères du concile de Vienne (1312), à l’exécution par le feu, à Paris, du grand maître Jacques de Molay (1314), à la confiscation des biens, transmis aux Hospitaliers-de-Saint-Jean-de-Jérusalem ou Chevaliers de Malte (ordre fondé en 1113 en Palestine par Gérard Tenque pour soigner et protéger les pèlerins se rendant en Palestine) après que le roi, sous prétexte de dette, en eut tiré le plus d’argent possible.

« Crois-moi, femme … » : Evangile de saint Jean, IV, 21.